Viande bio en filière longue : une opportunité à ne pas manquer
Il existe des débouchés pour la viande bovine bio en Isère. Les opérateurs des filières comme Unébio ou Dauphidrom ne cachent pas qu'ils sont en recherche de bêtes en races allaitantes et élevées en agriculture biologique. Avec une seule mise en garde : « ne pas louper le coche », insiste Gaelle Liothin, responsable du centre Dauphidrom à Marcilloles. La technico-commerciale présente une vision positive des perspectives de la filière pour les deux à trois ans à venir, « à condition de trouver des parts de marché ». Gaëlle Liothin invite les éleveurs à mettre en place des stratégies qui dégagent de la valeur pour l'exploitation et satisfont aux exigences du marché. En face les négociants « veulent des animaux finis », déclare-t-elle en recommandant de raisonner en coûts de production.
La question du prix, et plus particulièrement celui de la viande bio, est une préoccupation largement partagée entre les producteurs et les opérateurs. Elle a été récurrente lors de la journée d'échange organisée par la chambre d'agriculture et Adabio fin décembre à Saint-Chef.
Le bio progresse de 15%
La coopérative Dauphidrom, membre du groupe Sicarev, est engagée dans la bio depuis 20 ans. « En 2015, il y avait 100 éleveurs bio, dont 45 à Dauphidrom. 700 bovins bio ont été abattus, soit 238 tonnes, ce qui représente une progression de 15% sur 2016, détaille la responsable. En fin d'année, nous avons été inondés de bêtes bio. » En cause, la réforme des laitières bio arrivées massivement après la prime gouvernementale incitant à la réduction de la production.
« Tous les animaux sont abattus à Saint-Etienne », reprend Gaëlle Liothin. « Nous recherchons des bovins de qualité, c'est-à-dire des animaux finis. Attention aux bêtes maigres, quand il n'y a pas de gras du tout, cela pose un problème de valorisation », explique-t-elle. Dauphidrom encourage les éleveurs à la mise en place de contrats de production. « Depuis quatre mois, nous faisons des contrats d'engraissement pour les veaux bio », détaille la responsable. Les veaux sont menés à 20 ou 30 mois. La démarche concerne principalement les laitiers. Le veau rosé commence à intéresser les collectivités. « En revanche, nous n'avons pas assez d'offre pour le broutard », regrette la responsable.
Contractualisation
Il y a deux niveaux de contractualisaiton dans le groupe Sicarev : l'un pour les signes officiels de qualité, l'autre pour les éleveurs en apport total, avec une planification des dates de sortie (40 jours pour les laitières, 60 pour les allaitants). La plus-value s'élève entre 10 et 40 centimes (20 à 25 centimes en moyenne)
La commercialisation des bêtes bio en direction des collectivités (vaches de réforme) se développe ainsi que la cheville, car les bouchers demandent du bio. D'autres clients apparaissent en fonction des débouchés. « Il n'y a aucune porte fermée », note Gaëlle Liothin, même si la filière export n'est pas à l'ordre du jour.
La grille de prix varie deux fois par an, sachant que le bio n'est pas indexé sur le conventionnel. « Mais attention à la saisonnalité pour que le bio reste à un prix stable », prévient la technico-commerciale de Dauphidrom. La fourchette entre bio et conventionnel varie entre 1 euro à 1,20 euro à certaines périodes et 20 à 25 centimes à d'autres moments de l'année. Pas question pour autant de déconsidérer le conventionnel.
Dauphidrom incite tous les élevages, à l'autonomie alimentaire. « Quand on passe en bio, on regarde sa marge et on s'occupe de sa production. Il y a à gagner, notamment avec les fournisseurs », constate en effet Eric Rodamel, le président du comité de territoire de la Boucle du Rhône. Les coûts de production sont déterminants, surtout en filière longue. « Un éleveur conventionnel qui fait une carcasse moyenne, s'il passe en bio, ce ne sera pas forcément concluant car il entrera en concurrence avec de grosses montbéliardes bio », affirme Gaëlle Liothin.
Partenaires
Unébio, l'union des éleveurs bio, née en 2004 en Normandie, s'intéresse aussi de près à la collecte dans la région Sud-Est. Le siège régional est situé à Montluçon (03). Le fonctionnement de l'association repose sur un maillage de partenaires. Dans la région, les bovins sont abattus à Montluçon (Etablissements Puigrenier) s'il s'agit de bêtes considérées comme bonnes ou moyennes, ou bien à Bonneville (Socopa Bonneville Faucigny Viande), pour les bêtes de qualité moyenne ou les laitières. « Nos débouchés sont à 65% vers la GMS », explique Fanny Savoyat, la référente régionale qui intervient en Isère. Unébio possède un réseau de dix marchands qui travaillent entre Clermont-Ferrand et Marseille. lls se déplacement systématiquement dans les élevages pour évaluer les bêtes qui sont achetées sur pied. « Unébio valorise tout », insiste-t-elle. Les abattages ont lieu trois fois par semaine. Les animaux sont ramassés la veille.
Etat d'engraissement
L'union propose aussi la plannification des allaitants. Le prix est fixé selon une grille de départ, valorisé entre 25 et 45 centimes. « Nous sommes un peu en manque de charolais R+ de moins de 10 ans, reprend Fanny Savoyat qui insiste sur l'état d'engraissement des bêtes et le poids des carcasses. En revanche, nous avons du mal à valoriser le veau. Le problème c'est qu'il est compliqué de faire du veau bio élevé sous la mère.» Le veau bio rosé attire peu le consommateur de GMS qui lui préfère le veau blanc, « un veau malade », selon la responsable d'Unébio.
En phase de diversification et de recherche de débouchés, l'union vient de se lancer dans la création de boucheries bio. Elle porte aussi un projet de pôle régional de réception de carcasses et de transformation « entre Lyon et Marseille ».
Isabelle Doucet
La filière Isère en viande bovine bio
En 2013, il y avait 46 élevages allaitants en bio, soit environ 1 300 vaches, ce qui place l'Isère au premier rang rhônalpin. Le département compte aussi une trentaine d'élevages laitiers bio avec un millier de vaches. Vercors, Vals du Dauphiné et Sud-Isère sont les principaux bassins d'élevages bio. Trois abattoirs sont certifiés bio : Grenoble La Tour-Du-Pin et La Mure. Il y a également trois collecteurs : Dauphidrom, Unebio et Bovicoop. Les transformateurs agréés sont Carrel (Hières-sur-Amby) et Siccorbiaa (La Mure). Il n'y a que deux bouchers certifiés bio sur les 267 boucheries iséroises (Miege à Echirolles et Malherbe à Grenoble). La restauration hors foyer bio compte un seul opérateur : Mangez bio Alpes d'ici.En 2016, on observait au niveau national une augmentation de 15% des élevages allaitants inscrit dans une démarche de conversion bio.
(Source Adabio)
Vénérieu
Changement des assolements pour le bio
« En 2015, les céréales se vendaient peu. Puis mon père a fait le stage certiphyto. Il a pris peur et nous avons décidé de passer en bio, annonce Guillaume Jordan, éleveur avec son père Michel de blondes d'Aquitaine et de limousines à Vénérieu. La conversion sera totale en mai 2017, bêtes et cultures. » L'exploitation, l'EARL GM Ovareale, enregistre une centaine de vêlages par an et dispose de 280 hectares de SAU. « Nous avons réduit les cultures et semé beaucoup d'herbe, reprend l'éleveur. Il ne reste qu'une centaine d'hectares de cultures pour l'autoconsommation et la vente. Le reste, ce sont des pâturages et de la fauche.» Pour l'alimentaton du troupeau (environ 300 bêtes en tout), l'exploitation dipose de maïs (ensilage et grain), de méteil et de soja qui est cassé et stocké. Le foin est donné à volonté. Les bêtes pâturent de mars à décembre. Les vêlage ont lieu entre septembre et octobre. Depuis deux ans, la ferme s'est équipée d'une caméra, ce qui facilite la surveillance des mères gestantes. Les veaux sont sevrés au mois d'août l'année suivante. Puis engraissés. Ils quittent l'exploitation entre avril et mai.Les circuits de commercialisation des animaux sont divers : les génisses sont engraissées et vendues soit au maquignon, soit au boucher. Idem pour les baby et les broutards.Réduire le maïs« Le diagnostic réalisé pour le passage en bio a relevé peu de changement sur le troupeau. En revanche, nous avons dû revoir nos assolements et réduire la culture du maïs de moitié (de 50/60 ha à 25/30 ha) », détaille Guillaume Jordan qui observe une perte de rendement de 20 à 25 quintaux, pour obtenir au final entre 70 et 75 quintaux. Les exploitants ont semé 12 ha de soja (en triple 0, pour un rendement de 35 quintaux environ), mais aussi du blé et du méteil composé d'un mélange de triticale, d'avoine et de pois fourrager ainsi que de la féverole et du grand épautre, notamment sur les terrains séchants. « La fertilisation des sols est organique, explique encore l'exploitant. Nous avons mis du fumier cette année sur les prairies et nous récupérons également des fientes. Sinon, nous épandons sur les sols des céréales. »
Le troupeau a été agrandi. Les éleveurs comptent sur une petite valorisation des bêtes en deuxième année de conversion. « Mais nous nous attendions à toucher des aides plus rapidement », confie Guillaum Jordan.
Enfin, tous les animaux sont traités en homéopathie et en phytothérapie.