Visite de la nébuleuse rurale
Inviter les habitants et les élus des Vals du Dauphiné* pour leur faire découvrir ses activités agricoles et industrielles, pour échanger, et mieux s'approprier son identité. Tel était l'objectif des assises de la ruralité des Vals du Dauphiné, qui visaient ainsi à aborder toutes les questions relatives aux communes rurales, au lien entre l'agriculture et les ruraux, au partage du foncier, au bien vivre-ensemble, au respect des activités de chacun... Une initiative originale, qui s'est déroulé samedi dernier au château de Virieu, sous l'égide de TerraVal'd, le comité de territoire des Vals du Dauphiné.
Chercher des « alliés »
Ce territoire des Vals du Dauphiné se situe entre trois grandes villes qui sont Lyon, Grenoble et Chambéry. Le cadre de vie est agréable et le foncier plus accessible qu'ailleurs. Conséquence : son attractivité s'est accrue de façon exponentielle ces dernières années, et de nombreux néo-ruraux se sont installés. Pour Didier Villard, agriculteur et président de TerraVal'd, il est devenu important de montrer que, « même si les agriculteurs sont de moins en moins nombreux, l'agriculture n'est pas seule dans le territoire. Elle s'intègre parmi d'autres activités. D'où l'organisation de cette journée. Nous voulions créer une opportunité pour communiquer sur l'intérêt que présente l'agriculture pour le territoire et ses habitants, de façon à aller chercher des « alliés » pour la défendre, garder le caractère rural de cet espace très convoité et éviter qu'il ne devienne une zone dortoir ».
Du lien social
Grâce aux visites d'exploitations agricoles et d'entreprises, ainsi qu'aux débats, les échanges sont allés bon train. Il faut dire que les problématiques sont nombreuses, et qu'elles touchent au quotidien des gens. Des initiatives ont été évoquées pour proposer des solutions qui répondent aux besoins des habitants tout en créant du lien social. Comme ces exploitations qui se regroupent, ouvrent leurs portes et vendent leurs produits (lait, yaourts, fromages, viande, légumes) en direct. Frédéric Jacquet de la ferme de la Cassole à Saint-Didier-de-La-Tour, a tenté l'aventure de la vente à la ferme pour améliorer son revenu suite à la crise laitière de 2009. Une expérience qui a enthousiasmé son épouse qui était traductrice et qui apprécie aujourd'hui « d'avoir troqué le contact avec son ordinateur au profit de celui avec ses clients ». Comme également cette expérience d'autostop de proximité pour parcourir de courtes distances dans sa commune, et aux alentours, qui a été mise en place par l'agence de mobilité du nord-Isère en 2014. « Un principe simple : se déclarer dans sa mairie comme auto-stoppeur ou accompagnant. Se faire remettre un macaron pour être identifié comme voyageur ou conducteur. Et s'arrêter dans les stations VAP - Voitures A Partager - quand quelqu'un attend à une station. Ceci sans aucun échange d'argent », explique François Boucly, maire des Abrets.
Un rapprochement formalisé
Les élus des communes et des communautés de communes ont aussi un grand rôle à jouer. Pour préserver le foncier, en veillant à ce que des zones dédiées à l'agriculture soient inscrites dans les plans d'urbanisme locaux ou intercommunaux. Pour attirer des entreprises, en créant des zones industrielles attractives pour les entreprises. Pour que les communes du territoire restent bien desservies aux niveaux routier, autoroutier et ferroviaire en continuant à s'investir pour le maintien de la gare de Panissage-Virieu, qui est utilisée, chaque jour, par de nombreux usagers et sans laquelle le groupe Bigallet ne serait pas venu s'installer. Et pour continuer la structuration du territoire, avec un rapprochement formalisé des quatre communautés de communes qui le compose.
Faire vivre la ruralité
Les associations n'ont pas été oubliées. Leur rôle est essentiel « mais elles sont vieillissantes. Elles ont besoin de renouvellement », rappelle Daniel Rabatel, maire de Panissage. Ce fut ensuite au tour des élus de demander à leurs administrés de s'investir pour la vie des Vals du Dauphiné. En faisant vivre les associations locales, mais aussi en se rappelant que les commerçants n'attendent pas uniquement les clients le dimanche matin pour le pain et le journal... Il y a donc encore beaucoup à faire pour faire vivre la ruralité de ce territoire du nord-Isère, mais le travail est lancé. Et tous ses acteurs s'accordent à dire qu'il faut une suite à cette journée. La rédaction d'un livre blanc sur la ruralité des Vals du Dauphiné pourrait être un nouveau point de départ...
* Les Vals du Dauphiné rassemblent quatre bassins de vie, qui correspondent aux communautés de communes de la vallée de l'Hien, des vallons du Guiers, des vallons de la Tour et de la Bourbre-Tisserands. Pas encore structuré au niveau administratif, il rassemble 38 communes et 60 500 habitants.
Isabelle Brenguier
Visites /Des acteurs du territoire dynamiques
Pour mieux faire connaître les Vals du Dauphiné à ses citoyens et à ses élus, trois visites du territoire ont été organisées dans le cadre des assises de la ruralité qui se sont déroulées le 30 mai, au départ du château de Virieu. Au programme : des visites d'exploitations et d'entreprises qui participent à la vie du territoire.Une entreprise de fabrication de textiles innovants et une exploitation laitière conventionnelle qui commercialise une petite partie de sa production en circuits courts, à Saint-Didier-de-la-Tour. Une société d'importation et de distribution de matériel forestier à Sainte-Blandine. Une exploitation maraichère à Biol. Une brasserie à Saint-Victor de Cessieu. Un ébéniste à Doissin. Une ferme spécialisée dans les élevages bovins et porcins et dans les produits fermiers à Saint-Jean-d'Avelanne. Autant d'exemples qui visaient à illustrer le dynamisme du territoire des Vals du DAuphiné. Selon Didier Villard, président de TerraVal'd, à l'origine des assises, « l'objectif de ces visites était de faire témoigner les personnes qui font partie de notre paysage, qui participent à sa richesse et à sa diversité. Ce ne sont pas forcément des modèles, mais des pistes de réflexion ».Le bon sens paysanPour ces acteurs économiques, le territoire présente de nombreux avantages. Outre ses facilités d'accès, il offre aux entreprises présentes des salariés, formés, compétents, et « débrouillards », sur lesquels elles peuvent compter. En témoigne Jacques Tankéré, directeur général de Texinov, à Saint-Didier-de-La-Tour : « Contrairement à d'autres lieux, nous trouvons encore ici des personnes qui, avant de travailler, bricolaient leur vélo ou leur mobylette. C'est un certain « bon sens paysan » très proche de l'esprit d'entreprise dont nous avons besoin ».I.B.
En chiffres
Le territoire compte 407 exploitations en 2010. La production agricole dominante est l'élevage bovin laitier (2/3 des exploitations). La production laitière (28 297 919 litres de lait par an) est majoritairement destinée à la commercialisation en filières longues, collectée par des entreprises extérieures au territoire. La production céréalière est destinée à l'alimentation du bétail.Les Vals du Dauphiné ont pour principale vocation les textiles techniques et l'industrie agro-alimentaire.Source : TerraVal'd