Voir la vie en roses
Gabriella de Monaco est de toute beauté. Une belle couleur rose, des pétales délicats, un classicisme monarchique... la rose créée par François Félix, rosiériste isérois, était faite pour porter le nom de la fille du prince Albert de Monaco. Quant à Jacques de Monaco, le deuxième enfant du couple royal, la fleur arbore une belle couleur pourpre, qui symbolise, pour François Félix, « la force et le pouvoir. C'est une rose masculine ». Le rosiériste a remporté le concours de nom des roses destinées aux jumeaux de la famille royale monégasque, qui s'est déroulé lors des Journées de la rose, en juin dernier, à l'abbaye de Chaalis. « Je n'en reviens pas d'avoir eu les deux roses gagnantes. Je n'avais jamais été retenu avant. Je suis sur un petit nuage », explique-t-il. Lors de sa rencontre avec le prince Albert, à l'abbaye, François Félix a demandé ce qui avait dicté le choix du couple royal. « Il m'a répondu qu'ils avaient senti qu'une rose était féminine, et la seconde masculine. C'était justement ma démarche. »
Les caractéristiques d'une rose
Si la nomination d'une rose fait partie du domaine de l'émotion et du sensible, sa création ne l'est pas. Avant de devenir Gabriella de Monaco, cette fleur a dû subir un processus très sélectif.
Les fleurs sont fécondées durant les mois de juin et de juillet. A l'automne, les fruits sont récoltés. Après avoir enregistré dans une base statistique les noms du père et de la mère, les semis sont réalisés en janvier et la levée en avril. Les rosiers, dans leur première année, sont portés dans la nurserie, soit une seconde serre, et c'est le moment précis où l'observation commence. « On regarde ce qui nous plait. On en sélectionne et en élimine certains », explique François Félix. Les caractéristiques techniques observées sont variées et basées sur l'aspect physique : l'architecture de la plante, son parfum, sa couleur, la taille de la fleur ou encore le nombre de pétales.
Après cette première sélection, le rosiériste les duplique à cinq ou sept exemplaires et les plante en pleine terre. Il va ainsi « fréquenter les roses » durant six à huit ans afin de les connaître et de les découvrir. Il observe notamment la résistance de la plante aux maladies et à la sécheresse et son architecture. « C'est le porte-greffe qui s'adapte au sol et au climat. La fleur, elle, doit montrer sa résistance, en l'absence de traitement chimique ». Chaque année, les meilleures gagnent le droit d'être dupliquées. « Au bout de trois ans, j'en ai entre 15 et 30 spécimens d'un même type. En quatrième année de sélection, j'en ai 50 », explique le rosiériste.
Nommer la fleur
C'est souvent deux ans avant la mise sur le marché que le rosiériste envoie des greffons à ses associés d'Edirose pour juger si la rose est intéressante ou pas. C'est aussi à cette période-là que la recherche du nom peut commencer. « C'est un processus qui est lent et naturel de nommer les roses. A un moment, elles nous parlent. On sent si elles sont plutôt féminines, masculines ou neutres ». Parfois, certaines fleurs sont nommées en hommage à des personnalités comme c'est le cas des jumeaux de Monaco ou encore la fleur que François Félix a choisi pour remercier Aymar de Virieu pour l'organisation de la Fête des Fleurs au château de Pupetières. D'autres noms viennent rapidement en fonction de l'émotion qu'elle procure. Enfin, les associés d'Edirose font aussi un brainstorming régulier pour composer une liste d'attentes de noms. « On se donne des thèmes. On a déjà une liste d'une dizaine de noms pour les années folles par exemple », explique le rosiériste. Gabriella de Monaco n'est d'ailleurs pas encore mise sur le marché. Il faudra attendre encore un ou deux ans avant de pouvoir l'admirer. Quelques dizaines de spécimens devraient s'installer à la roseraie du palais royal de Monaco. Quant à la commercialisation du nom, « je peux l'utiliser sans contrepartie ».
Virginie Montmartin
Economie / François Félix, un rosiériste entrepreneur : Partie d'une roseraie familiale, la roseraie Félix crée, édite et produit des roses pour toute la France.
Chez les Félix, la rose est une affaire de famille. Le grand-père a créé la roseraie, le père l'a développé, et François Félix la diversifie. « On est devenu éditeur de variétés avec Edirose en 1992, je me suis ensuite intéressé à la création variétale de roses en 2006 et mes premières sélections datent de 2014 », raconte le rosiériste. Derrière la passion du métier d'horticulteur, François Félix réfléchit aussi à la pérennisation de l'entreprise. « Mon but est d'assurer l'indépendance de mon exploitation vis-à-vis des semences et des marchés étrangers. J'ai le côté créatif mais avec plusieurs sociétés, je peux aussi contrôler ma production ». Le rosiériste vend ses fleurs dans toute la France, mais 75% de son marché se situe dans le quart Sud-Est. Le but de la création de rose est aussi la transmission future de l'exploitation. « Avec ses sociétés, j'ai accès au marché d'autres producteurs qui cultivent nos variétés. J'ai aussi un catalogue de variétés de roses. C'est plus facile à transmettre ».En mode projetC'est aussi un travail d'équipe. François Félix travaille en Gaec avec un associé et six employés pour répondre aux demandes qui émanent des jardineries et des collectivités. Il est également président de la Fédération nationale des producteurs d'horticulture et des pépinières (FNPHP). Pour lui, les deux ont la même logique. « Que ce soit pour créer des roses qu'on vendra dans huit ans ou pour développer une filière, on doit fonctionner en mode projet. » Pour le président du syndicat, cela passe par la certification de l'origine française des plantes et des fleurs, grâce à une démarche sociétale et environnementale, et par la clientèle, en s'adaptant en permanence à la demande. « Il faut qu'on réfléchisse à ce qu'on peut faire pour faire mieux. SI on veut intéresser, il faut se montrer positif, y compris dans le syndicalisme. »VM
Journées des plantes
Samedi 29 et dimanche 30 septembre au château de Pupetières à Virieu
de 10h à 18h
60 exposants
Remise des prix aux exposants samedi à 14h30
Conférences
Samedi : à 15h, Plantes de grimoire et à 16h, La semence dans tous ses états
Dimanche : à 15h, La rose à la cour de Charles V et à 16h, les orchidées de la vallée de la Haute-Bourbre
Tarif 6 euros