Voiture pour tous
Finie la voiture qui coûte, voici l’auto qui rapporte. C’est le concept malin imaginé par Citelib, le spécialiste de l’autopartage grenoblois. Fidèle à son refrain de « réduire le nombre de voitures en ville » la société coopérative lance le service Ma chère auto.
D’un côté Citélib aide les propriétaires de véhicules à se séparer de leur carrosse pour devenir les rois de l’autopartage. D’un autre, le réseau étoffe son parc de voitures acquises à moindre coût et sans avoir recours à l’emprunt.
La mise à disposition de véhicules se présente sous la forme de trois options : la cession de sa voiture en échange (valeur à l’argus) d’un crédit à la consommation de services Citelib et d’un vélo à assistance électrique ; la location de sa voiture aux adhérents de Citelib sur les créneaux de son choix (50% au moins de temps partagé) ; ou encore le don de sa voiture à un garage solidaire pour qu’elle puisse être reconditionnée. Pour les loueurs, Stéphanie Pesenti, responsable du projet, souligne « le luxe de disposer d’un emplacement réservé dans son quartier », et la perception de 25% des recettes des locations, sans débourser un euro d’entretien.
Les entreprises aussi
L’objectif de Citelib est d’acquérir une cinquantaine de véhicules grâce à ce dispositif, sur un territoire allant de Saint-Etienne à Annemase en passant par Grenoble. « Nous risquons être débordés par le succès. Nous avons des demandes tous les jours », constate Martin Lesage, le directeur général de Citelib. Alors non, il y a 10 ans, quand les cinq premières Citelib ont été installées à Grenoble, il n’imaginait « pas autant d’applications. Ma chère auto est une idée qui est arrivée à force de rencontrer des personnes qui nous faisaient part de leurs difficultés à sauter le pas pour se séparer de leur voiture. Nous n’avions pas non plus pensé par exemple que des gens qui vont travailler à Chambéry en train laissent leur voiture sur le parking d’une gare stationnée de 7 h à 18h30, ce qui offre une plage horaire intéressante. » Il tient à préciser : « Ma chère auto intéresse aussi les entreprises et les collectivités. Nous en avons déjà deux dans les parcs du Pilat et des Bauges, qui appartenaient aux PNR. Ce sont des endroits où il est plus difficile de mettre des voitures à disposition et où il y a moins d’adhérents. » Et comme les prescripteurs sont souvent les jeunes générations, moins attachées à leur « chère auto », Citelib s’est aussi rapprochée des assureurs pour autoriser la conduite accompagnée ou l'emprunt d'un véhicule dès le premier jour de permis. Elle est aussi partenaire d’autoécoles.
Financement participatif
Pour Martin Lesage, cette initiative écocitoyenne revêt un intérêt économique. Citelib investit entre 200 et 300 000 euros pour le renouvellement du parc et l’équipement de stations chaque année. « Le facteur limitant est notre capacité d’investissement », explique-t-il. Or, basée sur le principe de l’échange, de la location ou du don, Ma Chère auto ne réclame aucun débours financier autre que l’installation de boîtiers et l’aménagement de stations dans les quartiers. « Nous allons lancer une campagne de financement participatif le 22 septembre », reprend Stéphanie Pesenti. L’objectif est de récolter 25 000 euros pour l’équipement de chaque nouvelle recrue. « Nous travaillons sur un maillage cohérent qui réponde aux problématiques de déplacement des ménages, mais nous attendons que les communes donnent l’impulsion », précise la responsable. Avis à celles qui n’ont pas encore leur station Citelib.