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Projet

Wargon reçoit une dose d'énergie renouvelable à Morestel

En visite à la maison Cholat le 4 mars, la secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire a rencontré des agriculteurs porteurs de projets de méthanisation du Nord Isère.
Wargon reçoit une dose d'énergie renouvelable à Morestel

En visite officielle en Isère, Emmanuelle Wargon, la secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, s'est rendue le 4 mars à Morestel pour visiter la maison Cholat et prendre la mesure des engagements de l'entreprise pour limiter l'impact de ses activités sur l'environnement. Il a beaucoup été question de méthodes alternatives et de protection des zones de captage d'eau, et notamment du réseau Déphy « grandes cultures » de la plaine de Lyon, constitué de douze agriculteurs. Au-delà de pratiques vertueuses, l'accent a été mis sur la production d'énergie renouvelable. Deux porteurs de projets de méthaniseur ont présenté leurs démarches dans le Nord Isère. Il s'agit de l'unité d'Anthon, projet conduit par le Gaec Saint-Louis, et d'une initiative plus modeste, portée par la SAS Vertenergie, une structure créée en juillet 2018 par deux jeunes agriculteurs, Mael Ray et Arthur Mellet. « Au départ, c'est une idée de Mael pour traiter les effluents de son troupeau, explique Arthur Mollet (EARL des Champagnes), qui produit du maïs semence à Creys-Mépieu. Comme nous sommes tous les deux en agriculture de conservation et que nous travaillons en semis direct sous couvert, nous nous sommes dit que la méthanisation était un bon moyen de valoriser nos couverts plutôt que de les détruire avec du glyphosate. »

Injection au printemps 2020

Lancé l'été dernier sur la commune de Saint-Victor-de-Morestel où est installée l'exploitation de Mael Ray (Gaec du Moulin à vent ; polyculture - élevage), le projet a été rondement mené : les travaux devraient démarrer fin mars ou début avril pour une première injection de biogaz dans le réseau au printemps 2020. Mais tout ne s'est pas fait sur un claquement de doigt. Les deux agriculteurs ont beaucoup appris des péripéties rencontrées par les pionniers de la méthanisation et pu ainsi éviter pas mal de pièges. Après consultation de la chambre d'agriculture de l'Isère, ils se sont faits accompagner par un bureau d'étude spécialisé en méthanisation et  agro-écologie. Objectif : construire une unité d'une capacité de 10 000 tonnes, fournissant, à terme, 100 m3/heure de biogaz. 

Les deux jeunes entrepreneurs ont parallèlement réalisé un patient travail de pédagogie auprès des élus de Saint-Victor-de-Morestel et de la communauté de communes des Balcons du Dauphiné. Ceux-ci, conscients de la valeur ajoutée d'un tel projet en termes d'image (production locale d'énergie verte), leur ont accordé un soutien sans faille. D'autant que le projet a volontairement été implanté loin du village, afin de ne provoquer aucune nuisance. « Nous avons la chance d'être dans l'air du temps, observe Mael Ray. On sent qu'il y a une envie de faire émerger des projets pour être vertueux sur le plan environnemental. »

Interaction bénéfique

Sur le plan technico-économique, l'équation n'est pas encore totalement finalisée, mais les fondamentaux sont là. « La méthanisation constitue le prolongement de notre activité agricole, résume le jeune éleveur à la tête d'un troupeau de 150 limousines. Ça permet de valoriser nos couverts plutôt que de les détruire, mais aussi de développer un nouvel atelier en interaction bénéfique avec notre activité. »

Alimentée par les couverts et les effluents d'élevage des deux exploitations (l'Earl des Champagnes possède un petit troupeau de 15 mères à veau), mais aussi par des déchets verts issus de la fauche des bords de route du secteur (environ 200 tonnes d'ambroisie et de renouée du Japon...), l'unité fournira non seulement du biogaz, donc un complément de revenu, mais aussi du digestat pour fertiliser les cultures. Les deux agriculteurs comptent ainsi conforter le chiffre d'affaire de leurs exploitations, mais aussi « réduire leur dépendance aux cours des engrais » ainsi que leur consommation d'herbicide. Revers de la médaille : il va falloir revoir certains aspects de la mécanisation, les matériels d'épandage ou de récolte n'étant plus adaptés au nouveau système. « On se pose beaucoup de questions, reconnaît Mael Ray. De toute façon, avec un projet comme ça, on réfléchit tous les jours. Mais c'est stimulant ! »

Marianne Boilève