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Apprentissage

Avant de conduire un tracteur, cherchez l’erreur / Un cours de bonne conduite rurale

Depuis 45 ans, l’opération de prévention routière « 10 de conduite rurale » forme les jeunes aux règles de sécurité des engins agricoles. Mais les mauvaises habitudes ont la vie dure.
Avant de conduire un tracteur, cherchez l’erreur / Un cours de bonne conduite rurale

« Quelle est la catégorie de ce panneau ? » A première vue, rien ne différencie cette séance de code de la route d'une autre. Pourtant, dans la salle, ce sont des jeunes âgés de 15 à 17 ans, tous issus d'établissements agricoles, qui sont attentifs aux questions. Venus passer la journée à la Maison familiale rurale de Mozas dans le cadre du programme de prévention « 10 de conduite rurale » lancé par Groupama, ils découvrent les règles de sécurité d'utilisation d'engins agricoles sur route mais aussi sur l'exploitation. A la fameuse question « Avez-vous déjà conduit avant ? », les sourires en coin et les regards moqueurs ne manquent pas. « J'ai commencé à conduire le tracteur à 10 ans dans le champs, accompagnée de mon père. Depuis mes 14 ans, je conduis seule », raconte Maëlle Candy, fille d'agriculteur âgée de 15 ans.

Les lycéens passent ensuite deux épreuves pratiques. La première consiste à manœuvrer un tracteur attelé d'une presse à balles rondes entre des cônes de chantier orange. Malgré les rappels de sécurité de la matinée, les mauvaises habitudes reviennent vite. Parmi les plus courantes : « Ils descendent de tracteur en marche avant, ils oublient la ceinture de sécurité, et font peu de contrôles dans les rétroviseurs », raconte Adrien Carrère, formateur et CRS dans la Police nationale. La seconde épreuve, quant à elle, consiste à superposer des bottes de paille en conduisant un tracteur équipé d'un chargeur frontal. Là encore, l'oubli des consignes se font sentir. « Ils oublient parfois les consignes de signalisation, comme d'allumer leurs feux. Du moment que ça roule, c'est bon pour eux », explique Stéphane Bourdier, CRS et formateur. Le fond du problème n'est donc pas la difficulté de la manœuvre, qui pourrait être complexe en raison de la masse du tracteur par exemple, mais bien plus la connaissance des notions de sécurité de base.

L'envie de conduire

Les erreurs ne sont pas forcément dues à de la mauvaise volonté. « Les jeunes répètent souvent : « Il faut faire le travail. » Entre la sécurité et le travail, le choix est vite fait. La sécurité est vue comme une perte de temps », résume Stéphane Bourdier. Ces mauvaises habitudes sont d'ailleurs souvent héritées des parents exploitants. « Le pire, c'est qu'ils ont tous une histoire d'accidents à raconter, en engin agricole ou avec leur mobylette », déplore Jérome Leprince, brigadier. Pourtant, la cause n'est pas perdue. « Ils ont envie de conduire à cet âge, c'est le bon moment pour les sensibiliser. Après c'est trop tard pour intervenir », confirme-t-il. Le programme a été adapté afin de coller aux conditions réelles sur route : « On s'est basé sur la grille d'évaluation du permis poids lourds et celle des moniteurs du Certificat d'aptitude à la conduite en sécurité (CACES)», explique Adrien Carrère. Tout est pris en compte : les contrôles avant et après avoir utilisé l'engin agricole, les papiers et le gilet jaune à avoir dans le véhicule, ainsi que quelques aspects mécaniques comme le contrôle des pneumatiques. Il s'agit aussi de casser quelques idées reçues : « La majorité des accidents arrivent sur l'exploitation et non pas sur la route. Alors pensez toujours à contrôler », rappelle par exemple Jérôme Leprince. L'évolution des tracteurs n'est par ailleurs pas d'une grande aide. De plus en plus gros, avec le toit et les portes fermées, les nouveaux modèles de tracteurs restreignent souvent la visibilité. Pourtant, ce ne sont pas les questions pratiques qui semblent avoir marqué les élèves à la fin de la journée. « C'est intéressant de savoir ce qu'on le droit de faire à 16 ans et que certaines utilisations ou tailles de remorques sont limitées à 18 ans », explique Maëlle Candy. « Si ce qu'on leur a appris leur revient au volant, on aura tout gagné ! » confirme Sylvie Gabriel, agricultrice et élue à la Fédération Départementale de l'Isère de Groupama.

Virginie Montmartin