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« C’est bien perçu d’être exploitant agricole dans une commune »

Jean-Baptiste Villeton, agriculteur et nouveau maire de Chélieu, commune rurale des Vals du Dauphiné. Il fait partie des quelques exploitants agricoles ayant choisi de s’investir pour leur commune.

Par Propos recueillis par Isabelle Doucet
« C’est bien perçu d’être exploitant agricole dans une commune »
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Jean-Baptiste Villeton, maire de Chélieu.

Chélieu est une commune rurale. Comment la décririez-vous ?
Jean-Baptiste Villeton : « Chélieu compte 653 habitants. C’est une commune très étendue, avec une particularité entre le haut et le bas du village, même si aujourd’hui cela ne pose plus de difficultés. On est clairement dans un territoire rural, avec beaucoup d’espaces agricoles préservés. Le cadre est protégé, notamment par un PLUi assez restrictif. Cela limite l’urbanisation, parfois un peu trop, mais cela participe aussi à préserver notre identité.

Quelle est encore la place de l’agriculture dans la commune ?
Elle reste importante, même si elle a fortement diminué. Il reste quatre exploitations agricoles actives. En revanche, le point positif, c’est l’engagement du monde agricole dans la vie communale : trois exploitants figuraient sur ma liste – c’est exceptionnel – et un sur la liste d’opposition. Cela montre que les agriculteurs restent impliqués dans les territoires.

Qu’est-ce qui vous a motivé à vous présenter comme maire ?
Ce n’est pas une démarche individuelle. Nous avons pris le temps de monter une liste collective avec un adjoint sortant. Lorsque nous avons su que le maire en place depuis 31 ans ne se représenterait pas, nous avons voulu proposer une alternative. L’idée était d’apporter autre chose sachant que ce sont les Chéliaquois qui décideraient. Le résultat montre qu’ils nous ont accordé leur confiance. En revanche, s’il faut consacrer du temps à la commune, je suis bien conscient qu’il ne faudra pas avoir peur de déléguer parce qu’il y a des gens qui ont des compétences que je n’ai pas et sur lesquelles on peut s’appuyer.

Quels étaient les axes forts de votre programme ?
Notre priorité, c’était de recréer du lien dans la commune. Avec le temps, certains habitants ont pu se sentir éloignés des décisions. Nous voulons remettre de l’accessibilité entre élus et administrés et renforcer la cohésion. Le second axe, c’est l’école. C’est le poumon de la commune : il n’y a ni commerce ni industrie ici. L’école, c’est le vivier des habitants de demain et dans nos propositions, nous avons souhaité mettre en place un conseil municipal des jeunes.

Justement, quelle est la situation de l’école aujourd’hui ?
Nous avons une école qui compte trois classes, de la maternelle au CM2, avec 58 élèves. Cette année, les effectifs sont bons avec plusieurs entrées en petite section, ce qui est encourageant. Mais rien n’est acquis. Il faudra se battre pour maintenir cette structure.

Le nouveau mode de scrutin a-t-il compliqué l’élection ?
C’était une inquiétude au départ, notamment avec la fin du panachage. Nous avons beaucoup communiqué pour expliquer les règles. Finalement, les électeurs ont bien compris et ont joué le jeu : il y a eu très peu de votes blancs ou nuls. La participation a été forte, autour de 75 %, ce qui montre un réel intérêt pour la vie locale.

Quelles ont été les réactions après votre élection ?
Elles ont été très positives. La salle du conseil était pleine lors du dépouillement. Le maire sortant a lui-même salué la qualité de notre campagne. Nous avons fait le choix d’une campagne bienveillante, sans nous opposer à qui que ce soit, en mettant en avant nos idées. Le côté fédérateur a beaucoup joué. Et l’organisation d’une réunion publique, ce qui n’avait pas été fait depuis longtemps, a aussi marqué les habitants.

Quels sont vos leviers pour maintenir l’attractivité de la commune ?
Le maintien de l’école est central. Pour cela, il faut accueillir de nouveaux habitants. Or, les possibilités de construction sont limitées. Il y a sans doute un travail à mener sur la rénovation de l’existant. On constate malgré tout quelques arrivées, y compris de familles venant de loin. Il faut encourager cette dynamique. Le point positif est que les finances de la commune sont saines, sans emprunt, avec une capacité d’investissement d’à peu près 150 000 euros pour un « petit budget » d’environ 900 000 euros.

En quoi votre métier d’agriculteur est-il un atout pour un maire ?
Je pense que c’est bien perçu d’être exploitant agricole dans une commune. Le premier avantage, c’est le côté matériel. En cas d’intempéries ou d’incident, on peut intervenir rapidement. Un autre atout est la connaissance de la commune : les agriculteurs connaissent les chemins, les parcelles, les réalités locales. Enfin, il y a la proximité. Les agriculteurs sont souvent accessibles, en lien direct avec les habitants.

Quel regard portez-vous sur l’évolution du monde agricole dans les communes rurales ?
On observe une diminution du nombre d’exploitations et un agrandissement des structures. De plus en plus de terres sont exploitées par des agriculteurs extérieurs à la commune. Cela pose la question du lien au territoire. Dans beaucoup de villages, les agriculteurs restent parmi les derniers acteurs économiques et jouent un rôle de « gardiens » de la vie locale »

Propos recueillis par Isabelle Doucet