Ces agriculteurs
« Embaucher une femme ? Bof ! C'est pas costaud. Et puis c'est pas rentable. Est-ce qu'au moins ça sait conduire un engin agricole ? » Raoul Préjugé, éleveur laitier, n'a rien contre le beau sexe, bien au contraire. Mais il n'est pas fou au point d'embaucher une femme sur son exploitation, même en salariat partagé. Pourtant, d'autres ont osé et ne semblent pas le regretter. Martial Durand, éleveur à Montrevel, est de ceux-là. Membre d'un groupement d'employeurs réunissant cinq exploitants, dont un couple d'agriculteurs, il a embauché sa première salariée en 2007. Très motivée, la jeune femme était connue des membres du groupement pour avoir fait son stage chez l'un d'eux. « Le bac en poche, elle nous a proposé de continuer de travailler avec nous », raconte Isabelle Biessy, éleveuse à Flachères. La nouvelle recrue convainc rapidement. Formée au maniement des engins, elle est aussi à l'aise au volant d'une moissonneuse-batteuse qu'au raclage au tracteur. « Pour moi, c'est clair, que ce soit une femme ou un homme, c'est pareil : les deux font aussi bien, assure Martial Durand. Après, on peut aussi adapter certaines tâches au niveau physique. Embaucher une femme, ça peut nous contraindre à certains aménagements... qui profitent aussi aux hommes. Je pense par exemple aux dispositifs de contention. »
L'important, c'est la motivation
Les agriculteurs qui embauchent indifféremment des hommes ou des femmes sont unamines à dire que « l'important, ce n'est pas la force physique, mais la motivation ». Quand Martial Durand recrute quelqu'un, ses critères de sélection sont bien précis : « J'interroge la personne sur ses compétences et surtout sur son envie d'être dans notre équipe. Car les compétences s'acquièrent, mais la motivation, c'est plus dur. »
La salariée est restée cinq ans au sein du groupement, puis elle est partie vers d'autres horizons. Les exloitants ont de nouveau embauché une femme grâce au bouche à oreille. « Elle n'avait pas beaucoup d'expérience au départ, mais comme nous cherchions surtout un soutien pour les animaux au quotidien - le soin aux petits veaux, la traite, l'alimentation -, ça n'a pas posé de problème, affirme Isabelle Biessy. Nous nous sommes adaptés. L'important, c'est la volonté et la conscience du travail. De plus c'est une personne très agréable, très sociable. » Ses collègues ne démentent pas. « Pour éviter les problèmes, il est important d'adapter les tâches, mais il est important que tout le monde fasse le même travail, que ce soit de l'entretien ou de la conduite », estime un éleveur.
Les agriculteurs soulignent également la complémentarité entre les hommes et les femmes. « Moi je préfère tout ce qui est en lien avec les animaux, explique Isabelle Biessy. Je m'occupe aussi des papiers, de la compta, les choses joyeuses, quoi ! Mon mari, lui, il est dans les champs. Tout ce qui est gros matériel, c'est son dada. Quant à la popote, ce n'était pas son truc, mais un jour il s'est cassé le pied et il n'a pas eu le choix : pendant que je faisais tout ce qu'il ne faisait plus, il a fait tout ce que je ne pouvais plus faire. » La complémentarité prend parfois des tours inattendus.