Chartreuse : vivre avec la filière bois
Dans la peau d'un charpentier le temps d'une après-midi. De la forêt à la construction d'une charpente, « Vis ma vie d'artisan » permet de découvrir le métier des professionnels de la filière bois. Ces journées de visites et d'échange, en lien avec « Vis ma vie de bûcheron » organisé tout l'été en Chartreuse*, sont destinées au grand public. L'objectif : sensibiliser à la gestion durable des forêts, comprendre les particularités et les contraintes de la filière.
A la rencontre d'un charpentier
« Ce que j'aime, c'est tailler le bois sur plan dans mon atelier, et pas seulement le monter en charpente sur place. » Jean-Louis Fossé est gérant de l'entreprise Char.me.bois, à Chapareillan en Chartreuse. Sur les chantiers, il est à la fois couvreur, zingueur, isoleur... La charpente représente 30% de son activité. Sa dernière réalisation : une maison à Saint-Hilaire-du-Touvet, construite en partie avec 40 mètres cube de bois, dont la moitié en bois de Chartreuse. « C'est un bois massif de structure, c'est-à-dire qu'il est souvent utilisé dans la partie que l'on ne voit pas : murs, charpentes », explique-t-il. « Il ne se met pas en parement extérieur car il ne résiste pas à l'eau. »
Le bois de Chartreuse est néanmoins connu pour sa très forte résistance à la rupture : il pousse lentement, à plus de 600 mètres d'altitude, avec des conditions d'humidité particulières. « Je suis attaché au bois de Chartreuse, pas seulement par philosophie du local, mais aussi pour la qualité du bois et la facilité de mise en œuvre », précise l'artisan. En cas d'incendie d'ailleurs, le matériau noircit mais continue à avoir sa fonctionnalité structurante, il ne s'écroule pas.
Premier bois AOC en France
Le bois de Chartreuse a obtenu le label AOC (appellation d'origine contrôlée) en octobre 2018. Après 10 ans de travail pour la filière, elle devient la première AOC sur le bois en France, suivie par le bois du Jura six mois plus tard. Destiné à la construction, le bois de Chartreuse provient de sapins et d'épicéas. Il se présente sous la forme de sciages et de bois ronds écorcés manuellement.
La filière représente 600 emplois locaux en Chartreuse. « Chaque opérateur, du forestier à l'architecte, est identifié au sein du Comité interprofessionnel bois de Chartreuse (CIBC) et s'est engagé à respecter un cahier des charges précis », détaille Jeanne-Véronique Davesne, coordinatrice du Comité. Le bois est produit et transformé uniquement dans une aire géographique délimitée, regroupant 134 communes iséroises et savoyardes. Cela représente 28 000 hectares de surface forestière potentielle. « La filière est en construction. Pour l'instant, 5 000 hectares sont identifiés pour l'AOC », ajoute-t-elle.
Un savoir-faire local...
« Dans le parc de Chartreuse, les forêts sont denses et peuvent atteindre les 40 mètres de hauteur », décrit Jeanne-Véronique Davesne. « Cela grâce à des facteurs naturels : de fortes pentes, une pluviométrie importante, des sols profonds et un climat montagnard à influence océanique. » Afin de renforcer la stabilité des sols pentus, la forêt est gérée en futaie irrégulière : des arbres de différents stades d'évolution, classes d'âge et diamètres cohabitent.
Le rôle du gestionnaire forestier est de maintenir le couvert forestier. Il intervient environ tous les huit ans, et désigne les arbres à récolter par l'exploitant pour favoriser la lumière pour les plus jeunes. Après le passage du bûcheron, le bois est mesuré et débardé au bord de la route, puis cubé et coupé pour le grumier. Les branches sont laissées dans la forêt pour nourrir les sols. Les bois récoltés à destination de sciages sont écorcés mécaniquement dans les scieries, puis sont encore une fois triés.
... qui participe à promouvoir le territoire
Frédéric Désautel, entrepreneur dans l'écotourisme et guide de montagne, gère un centre écotouristique au col de Marcieu, à Saint-Bernard-du-Touvet. Monté en 2008 entièrement en bois local, « Evasion au naturel » regroupe sept chalets à basse consommation. « L'idée est de sensibiliser les touristes à trois piliers du développement durable : le milieu naturel montagnard, l'habitat durable et l'ethnobotanique », explique Frédéric Désautel. Au cœur du parc de Chartreuse, le « village-vacances » s'étend sur 5 000 mètres carré.
« Trois cents mètres cube de bois ont été utilisés pour la construction, dont deux cents en bois de Chartreuse », compte le gérant. « En plus d'être local, ce bois se prête très bien à la construction de bâtiment à faible consommation énergétique ».

Coline Mollard
* « Vis ma vie de bûcheron », organisé par le parc de Chartreuse et la communauté de communes du Grésivaudan, aura lieu les 13 et 20 août.