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Des mises à l’herbe et une végétation contrastées en Rhône-Alpes

TOUR DE PLAINE / Les fortes pluies en janvier et février n’ont pas eu les mêmes conséquences sur l’ensemble de Rhône-Alpes. Selon l’altitude, la zone géographique et la nature des sols, les éleveurs doivent composer avec des mises à l’herbe décalées, une pousse d’herbe parfois en avance et des céréales fragilisées par l’excès d’eau.

Par Léa Rochon
Des mises à l’herbe et une végétation contrastées en Rhône-Alpes
Selon les départements, l'altitude et la nature des sols, la mise à l’herbe est parfois décalée, parfois précoce, mais la pousse de l’herbe reste globalement favorable pour les éleveurs rhônalpins.

Au nord de la région, dans l’Ain, la sortie au pâturage a été décalée d’environ quinze jours. « Le problème concerne surtout les zones de plaine, où l’eau retenue a rafraîchi les sols », explique Rémi Berthet, conseiller spécialisé en fourrages et agronomie à Acsel conseil élevage. Résultat : une perte de biomasse et un développement freiné du ray-grass italien. Si l’amélioration récente de la météo a permis de retrouver un peu de portance, l’expert se montre plus inquiet pour les céréales : « S’il manque des pieds à cette époque, il faut s’attendre à ce que les graines aient pourri ». Les blés semés tardivement dans les zones sensibles à l’excès d’eau, comme les bas-fonds où stagnent les flaques, peuvent être particulièrement touchés.

Rhône et Loire : une mise à l’herbe progressive

Le département du Rhône s’en sort globalement mieux. Selon Mickaël Coquard, expert fourrages chez Rhône Conseil Élevage, il est tombé 60 mm de pluie en janvier puis 100 mm en février dans les monts du Lyonnais et autour de Saint-Laurent-de-Chamousset. « Les sols ont bien drainé et les derniers jours sans pluie ont permis de ressuyer », précise-t-il. Les blés ont traversé la période sans difficulté majeure. Seules certaines orges ont souffert d’hydromorphie, mais elles commencent à retrouver des couleurs grâce à la météo récente. La mise à l’herbe démarre progressivement. Beaucoup d’éleveurs n’ayant rentré les animaux qu’en décembre, les stocks sur pied étaient limités, « ce qui nous a laissés du temps avant de lâcher », souligne le conseiller. Dans la Loire, les précipitations ont été plus inégales. « Les monts du Forez ont connu de forts cumuls, contrairement à certaines zones de plaine », indique Stéphane Laurent, conseiller à Loire Conseil Élevage. Certains éleveurs, disposant encore de stocks fourragers, tardent à sortir les animaux malgré l’herbe disponible. « En plaine, les conditions sont réunies pour démarrer un véritable pâturage tournant », confirme Augustin Gravier, conseiller fourrages à la chambre d’agriculture. Dans les monts du Lyonnais et du Forez, le démarrage se fait plutôt sous forme de déprimage, mais devrait rapidement évoluer vers un pâturage plus soutenu.

Deux Savoie, Isère et Drôme : une végétation déjà bien avancée

Dans la Drôme, Jean-Pierre Manteaux, conseiller élevage et adaptation au changement climatique à la chambre d’agriculture, dresse un bilan plutôt positif pour les systèmes très pâturants qu’il suit. « Janvier et février ont été très pluvieux, contrairement à l’automne, mais la pluviométrie reste dans la moyenne des vingt dernières années », précise-t-il. La pousse de l’herbe se situe, quant à elle, au-dessus de la référence 2011-2025 depuis près d’un mois. Certains éleveurs ont continué à pâturer en janvier sur du ray-grass d’Italie, avant de répartir les animaux en petits paddocks en février. Dans les deux Savoie, les pluies tombées entre le 10 et le 20 février ont apporté entre 80 et 200 mm selon les secteurs. « Le beau temps récent a permis de ressuyer progressivement sans provoquer de dégâts sur les prairies », souligne Stéphanie Lachavanne, conseillère fourrages à la chambre d’agriculture Savoie Mont-Blanc. Les premières mises à l’herbe ont débuté en plaine autour de 400 mètres d’altitude. Même constat dans les Terres froides de l’Isère. « Il est tombé 120 mm de pluie en janvier et 120 mm en février, mais cela n’a pas suffi à inonder les parcelles, puisque l’eau s’est écoulée vers les plaines du Rhône », indique Clément Divo, conseiller bovin chez Adice. Les sorties ont commencé il y a une dizaine de jours pour profiter d’une herbe abondante. « La précocité reste inhabituelle, avec une végétation en avance de trois semaines », observe-t-il, évoquant des colzas déjà proches de la floraison en plaine, vers Bourgoin-Jallieu.

Ardèche : une situation plus hétérogène

En Ardèche, la situation diffère selon l’altitude. Sur les plateaux, les sols ont rapidement ressuyé et la végétation démarre seulement. « Les difficultés se situent plutôt sous les 1 000 mètres », note Jérémy Crespy, conseiller bovin chez Adice. Autour d’Aubenas, les sols argileux manquent de portance et nécessitent une mise à l’herbe progressive, en évitant de charger trop d’animaux sur une même surface.

Léa Rochon