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Environnement

Désherber efficacement ses maïs sans S-métolachlore

Il existe différentes stratégies alternatives pour gérer le désherbage des maïs sans recourir au S-métolachlore, un herbicide efficace, mais à éviter en zone de captage.

Désherber efficacement ses maïs sans S-métolachlore

Pour désherber le maïs, le tournesol, le soja ou le sorgho, il existe des substances actives très efficaces, notamment contre les graminées, comme le S-métolachlore. Le problème, c'est que ces produits présentent des risques importants de lessivage vers les eaux souterraines. « Nous avons détecté de fortes valeurs de S-métolachlore dans les captages autour de Faramans, indique Sylvain Granger, de Bièvre Isère communauté. Depuis 2017, le suivi des eaux brutes, ainsi que celui des eaux distribuées, ont révélé des niveaux très élevés, dépassant les taux de distribution. La norme est de 0,1 microgramme par litre, mais à Ornacieux par exemple, les taux sont huit fois supérieurs à la valeur autorisée. »

Stratégies alternatives

Des mesures correctives ont donc été mises en place, afin d'orienter les actions de désherbage vers des stratégies alternatives. S'appuyant sur le programme Terre & Eau, la chambre d'agriculture de l'Isère a proposé à Claude Faivre et à Alexandre Rabatel d'expérimenter différentes techniques. Les résultats ont été partagés lors d'une journée organisée mi-juin à Pommier-de-Beaurepaire, en présence d'une quinzaine d'agriculteurs intéressés par la démarche.
Sur la parcelle de Claude Faivre, de jolis maïs semés le 21 avril à 80 centimètres d'écartement, après une orge elle-même précédée d'un colza et d'un blé. Peu infestée par les graminées, la parcelle est principalement en butte aux dicotylédones (ambroisie, chénopodes, renouées, mercuriales, liserons). Pour les besoins de l'expérimentation, le champ a été divisé en quatre modalités : trois chimiques et une combinant désherbage chimique et mécanique.

Isard/Spectrum + Adengo Xtra /Koloss Xtra

Sur la première a été testé, début mai, un mélange d'Isard/Spectrum (0,8 l/hectare) associé à Adengo Xtra /Koloss Xtra (0,33 l/hectare). Cette solution d'herbicide racinaire appliquée en post-levée précoce est à réserver aux fortes à très fortes infestations de graminées. Elle demande un bon suivi à la levée du maïs, pour intervenir dès le stade deux feuilles du maïs sur des adventices encore jeunes. L'intérêt de décaler le traitement (environ 10 à 15 jours après le semis) est d'allonger la période de rémanence.
La chambre d'agriculture alerte les agriculteurs sur le fait que le diméthénamide-p (dmta-p) contenu dans l'Isard/Spectrum, qui permet de gérer les ray-grass annuels dans les cultures de maïs, présente un risque de transfert vers les eaux souterraines. Il est donc à éviter en zone de captage.
Chez Claude Faivre, cette modalité a donné de bons résultats. « C'est nickel, même s'il reste quelques mercuriales », constate Yves Pousset, d'Arvalis. Normal : sur la parcelle de Claude Faivre, les graminées sont maîtrisées, du fait de rotations longues avec alternance de cultures qui ont pour effet de désynchroniser les vivaces.

Elumis/Choriste + Casper

Destinée à gérer les flores variées et les relevées, cette deuxième modalité a donné de bons résultats. « Le désherbage est parfait », juge Yves Pousset. Constitué d'Elumis/Choriste (0,8 l/hectare au premier passage et 0,5 l au second) combiné à Casper (0,15 kg/hectare au premier passage et 0,1 kg au second), le traitement appliqué en post-levée a été fractionné en deux passages (le 14 et le 24 mai). Une stratégie qui a permis d'adapter le traitement à la flore et les doses au stade des adventices. En l'absence de vivaces, il est recommandé de remplacer Casper par Peak.
La chambre d'agriculture précise que « ces deux passages à doses réduites sont plus efficaces qu'un passage à dose élevée, notamment pour gérer les adventices à levée échelonnée, comme les graminées ou l'ambroisie ». Avec une note d'efficacité de 9/10, cette méthode s'avère très satisfaisante. Mais il faut veiller à ne pas la reproduire plusieurs années de suite : Casper n'est à utiliser qu'un an sur trois maximum ; il y a par ailleurs un risque de résistance à l'Elumis/Choriste.

Monsoon Active/Mondine

Troisième et dernière modalité testée : la post-levée fractionnée avec Monsoon Active/Mondine (1 l/hectare au premier passage le 14 mai et 0,5 l/ha au second, le 25 mai). Là encore le résultat est probant. Cette solution à large spectre, assez longue d'activité, permet aussi bien de lutter contre les graminées que contre les dicotylédones. Attention : son action est peu efficace sur la véronique de Perse ou le chénopode hybride.
Intéressante pour son faible coût (50 euros/hectare) et son faible IFT (1,0), elle permet elle aussi de gérer les levées échelonnées. Il est cependant recommandé d'intervenir tôt sur des adventices jeunes, car le traitement est long à agir. Comme pour la deuxième modalité, il faut également alterner les modes d'action herbicide d'une année sur l'autre pour éviter le développement de résistance.

Moins de chimie, plus de désherbinage

Sur le reste de la parcelle, Claude Faivre a conjugué binage mécanique et désherbage chimique en post levée, appliqué uniquement sur le rang (sur 20 cm , soit un quart de la parcelle). Il a pour cela utilisé Adengo Xtra (0,4 l/hectare) + Pantani (0,8 L/hectare) + Conquerant (0,2kg/hectare). Une stratégie bien maîtrisée, grâce à une bineuse équipée d'un pulvérisateur : la parcelle est propre, l'agriculteur n'a réalisé qu'un seul passage et l'IFT, en ne traitant que le rang, est descendu à 0,48 (contre 1,93 si le traitement avait été appliqué en plein).
« C'est super efficace sur le rang, mais pas parfait sur l'inter-rang, car j'ai eu un problème de réglage de ma bineuse, argumente Claude Faivre. C'est une technique intéressante, mais qui a ses limites. » Un rattrapage par un nouveau binage de l'inter-rang aurait été possible, pour éviter le grainage des graminées. « Pour moi, c'est un exemple parfait, conclut le céréalier. Avec des rotations longues, on peut avoir de bons résultats en combinant un peu de chimique et un peu de mécanique. Mais surtout pas de S-métolachlore. »

Marianne Boilève

TABLEAU (5 colonnes) consulter doc word  ds commun/Préparation rédaction/Désherbage maïs

Substances actives - Coût indicatif des produits  - IFT -  Notation d'efficacité (8 juin) (1) - ZNT Cours d'eau
Isard/Spectrum

(0,8 l/ha) + Adengo Xtra/Koloss Xtra (0,33 l/ha) - 62 €/hectare - IFT : 1,32 - NOTE : 8/10

Elumis/Choriste

(0,8 l/ha) + Casper (0,15 kg/ha) 75 €/hectare - IFT :1,7- NOTE : 9/10
Monsoon Active/Mondine

(1 l/ha) 50 €/hectare - IFT : 1,0 - NOTE : 8/10 - ZNT : 20 mètres, avec DVP non réductible

(1) Si la note est inférieure à 7, le résultat est non satisfaisant, la stratégie non adaptée.

 

La houe rotative : un outil intéressant sur les cultures de printemps

Céréalier à Penol, Alexandre Rabattel a testé la houe rotative sur une parcelle cultivée en maïs depuis 20 ans. La flore adventice y est diverse et abondante (morelles, renouées, graminées...). Divisée en trois zones (« témoin », « chimique » et une zone « houe » sur une trentaine de rangs), la parcelle a été labourée avant les semis, effectués le 17 avril à 60 centimètres d'écartement.
L'agriculteur est passé une première fois avec la houe sur la zone test, huit jours après les semis (le sol était trop sec avant). Le maïs était alors au stade « pointant » et les adventices au stade « fil blanc ». Le passage, effectué à 8-8,5 km/heure, s'est avéré efficace à 85% (par rapport à la zone « témoin ») contre 95% pour la zone « chimique ». Point intéressant : les comptages n'ont décelé aucune perte de pieds de maïs due au passage de houe.
80% d'efficacité
Une seconde intervention a été réalisée le 7 mai à 12 km/heure, pas aussi tôt que l'agriculteur l'aurait souhaité. Les maïs étaient alors au stade 2 feuilles, donc moins fragiles, mais les graminées plus avancées. Signe d'une forte pression des adventices, la zone « témoin » s'avère très sale. Sur la zone « houe », quelques plantules, trop développées pour succomber à la houe, sont visibles.
Conclusion : les deux passages de houe présentent 80% d'efficacité minimum par rapport à la zone témoin (contre 92% d'efficacité pour le traitement chimique).
Alexandre Rabattel se dit satisfait de cette expérimentation, même s'il reconnaît qu'il n'est « pas évident de tout faire avec la houe ». Pour Ophélie Boulanger, technicienne à la chambre d''agriculture, ça reste un « outil intéressant pour les cultures de printemps ».
MB

 

Retours d'expérience

Désherbage : les essais de la plateforme de Syngenta et de la station d'Arvalis

En lien avec l'animation Terre & Eau, menée par la chambre d'agriculture de l'Isère sur les captages d'eau potable, une visite des plateformes de démonstration de désherbage du maïs sur le site de Syngenta à Villette-d'Anthon et à la station Saint-Ex Innov d'Arvalis à Pusignan a été organisée le 17 juin. De nombreuses stratégies de désherbage chimique et mixtes en un ou plusieurs passages ont été présentées.
Points à retenir :
- Sur pression élevée de graminées (plateforme Syngenta), si l'on souhaite éviter le recours aux produits racinaires, notamment en zone de captages prioritaires, les interventions de désherbage doivent être bien placés pour garantir une bonne efficacité. Il faut intervenir tôt sur adventices jeunes et fractionner l'intervention. Un premier passage est recommandé au stade 2 feuilles maximum des graminées adventices avec les 2/3 de la dose d'herbicide prévue, puis un second passage 10 à 14 jours plus tard avec le 1/3 de dose restante. Les expérimentations montrent que plus les interventions sont effectuées tardivement, plus l'efficacité diminue.
- Sur la plateforme d'Arvalis, avec une faible pression graminées, un désherbage chimique uniquement localisé sur le rang lors du semis (un tiers de la surface traitée) et complété par 2 binages a permis d'atteindre une excellente efficacité tout en réduisant fortement la quantité d'herbicides utilisée.
- L'importance du choix des buses pour limiter les risques de dérive a été rappelée. Pour être efficaces contre la dérive, les buses doivent être utilisées dans la bonne gamme de conditions de pression (en fonction du volume et de la vitesse).
Ophélie Boulanger