Emballé par le cheval
Sylvain Piltant n'y est pas tombé dedans tout petit mais c'est tout comme. En tout cas, il a le virus du cheval et une âme d'agriculteur chevillée au corps. « Il y a plusieurs éleveurs de chevaux sur le plateau du Vercors isérois, mais nous devons avant tout être intégrés dans la filière élevage, c'est indispensable », clame-t-il. Et intégré, il l'est. « Je travaille bien avec plusieurs élevages locaux, notamment celui de Claude Gaillard, à Corrençon, éleveur laitier en vente directe. Il faut dire que la complémentarité entre les deux troupeaux est totale. Des chevaux derrière des vaches dans une parcelle, c'est l'idéal pour entretenir un territoire. » Le jeune éleveur de 34 ans sait de quoi il parle. Il possède deux vaches villard-de-lans, espèce en voie de disparition, mais peut-être plus pour très longtemps. « La villarde a souffert de sa trop grande polyvalence, explique Claude Gaillard. Utilisable pour le trait, la viande, le lait, elle a perdu sa première vocation avec l'arrivée des tracteurs et s'est retrouvée en concurrence frontale avec les races spécialisées pour les deux autres objectifs. Donc elle a été abandonnée progressivement. » « Avec seulement 3 000 litres de lait par an, elle a du mal à tenir la comparaison avec les montbéliarde ou autre prim'holstein », reconnaît Sylvain Piltant. Mais la race va peut-être trouver un fort soutien du côté de l'INAO qui « voudrait 5% du troupeau laitier en villarde pour les élevages qui produisent du lait pour l'AOC bleu du Vercors ». « Il va nous falloir trouver 100 vaches laitières dans les cinq ans qui arrivent », chiffre Claude Gaillard. Celui-ci pourrait amener une ou deux vaches au concours départemental d'élevage de Biol si d'autres volontaires ne se désignent pas. « Il faut assumer au milieu de ces bêtes de course génétique », reconnaît Sylvain Piltant qui a participé au concours de Saint-Laurent-du-Pont il y a deux ans ainsi qu'à un salon de l'agriculture à Paris.
Fusion hivernale
Si l'élevage l'emballe, ce n'est rien à côté de sa passion pour les chevaux et pour la cause de la race du Vercors. « Elle a failli disparaître s'il n'y avait pas eu le travail de la famille Barraquand, originaire du Vercors mais qui pratiquait la transhumance vers la Crau et qui s'était épris de cette race. A partir de quelques individus, en sélectionnant leur descendance, il y a toujours eu quelques spécimens de chevaux du Vercors. En 1995, il y a eu création d'une association sur le plateau du Vercors nord pour sauvegarder cette race. Une fusion a eu lieu l'hiver dernier avec les membres du groupement de la Crau. C'est moi aujourd'hui, qui assure la présidence de l'association qui en est issue : l'association du cheval du Vercors de Barraquand », raconte Sylvain Piltant. On compte donc 25 éleveurs regroupés aujourd'hui, décidés à faire reconnaître cette race en tant que race territoriale auprès de l'Institut français du cheval et de l'équitation (IFCE). « Le pari n'est pas mince car il faut un maximum de naissances pour pouvoir réaliser du tri. Il faut sélectionner des caractères de typicité rigoureux. Il faut donc une filière bouchère chevaline. Le discours anti-viande ambiant n'aide pas cette structuration et entraîne l'inexistence d'un marché. » Le pari n'est donc pas gagné.
Pourvoyeur d'emplois
L'éleveur vit donc d'une combinaison d'activités basée sur le tourisme équestre en été qu'il propose à partir de la station de ski de Corrençon, de la reproduction avec le travail de ses étalons (trois en activité) et de pensions équines en plaine. Car son exploitation est éclatée entre le plateau, Engins, Sassenage et des terrains en Drôme du côté de Bourdeaux pour l'hivernage. « Avec mon activité estivale à Corrençon, je fais vivre trois ETP de moniteurs car je propose des promenades d'une heure et demie, à la demi-journée, des mini-stages ou bien des poneys pique-nique, le tout avec 15 chevaux et 10 poneys. »
Au titre de l'association, il prépare une série de tableaux pour retracer la présence du cheval du Vercors de 1900 à nos jours. Un spectacle qu'il présentera lors de la fête de Corrençon, puis pour la fête du bleu et même pourquoi pas au concours départemental d'élevage ?