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Prix du lait

Faut-il instaurer un prix du lait dissuasif ?

Certains experts préconisent de mettre en place un prix du lait dissuasif pour mieux maîtriser les volumes et permettre une remontée des cours.
Faut-il instaurer un prix du lait dissuasif ?

En pleine tourmente laitière, nombreux sont les éleveurs qui se demandent si cela vaut la peine de continuer à produire du lait alors que le marché semble durablement orienté à la baisse. Lors d'un débat sur l'avenir de la filière organisé aux Echelles le 9 février, un éleveur de la coopérative de Yenne (Savoie) a fait rêvé ses collègues en expliquant que son lait était valorisé à plus de 500 euros les 1 000 litres. Si ce modèle coopératif n'est pas forcément transposable partout (une telle valorisation n'est pas sans lien avec la notoriété des produits de Savoie), tout le monde se retrouve autour du fait que les éleveurs soient justement rémunérés pour leur production. Jean Guinand, ancien gérant de la ferme du Mornantais (Rhône) et membre de la commission lait de la Confédération paysanne, avance qu'il faut « imaginer des systèmes qui obligent les gens à arrêter de produire. Aujourd'hui, les prix s'écroulent, alors les producteurs produisent pour compenser les pertes, alors qu'il faudrait produire 93% de ce qu'on produit aujourd'hui pour faire remonter les prix ». Et l'éleveur de relayer une proposition qui consiste à garantir un prix du lait sur un important pourcentage de la production (70 à 90%), car « cette partie est valorisée, que ce soit sur la marché national, européen et grand export ».

Une prime pour réduire la production

Concrètement, ce prix se décomposerait ainsi : un volume A, de l'ordre de 77 % de la référence contractuelle, payé à un prix garanti couvrant les coût de production (400 à 450 euros la tonne, précise Jean Guinand), un volume B correspondant à un prix soumis à négociation entre les OP et les entreprises et un « prix C dissuasif en cas de crise ». Le dispositif envisage également la mise en place d'une prime pour ceux qui réduisent effectivement leur production. L'une des plus grosses coopératives mondiales, la néerlandaise FrieslandCampesina, est en passe de mettre en place un tel système : elle vient d'annoncer une prime de deux euros les 1 000 litres pour les éleveurs qui stabilisent ou diminuent leur production. Si ça marche au Pays-Bas, pourquoi ne pas essayer ailleurs, suggère Jean Guinand qui prône l'instauration de « politiques territoriales pour la gestion du lait » : « Chez nous, en Rhône-Alpes on a un bassin de consommation extraordinaire et on n'est pas capable de l'approvisionner. On fait venir du lait de Pologne au prétexte qu'il n'est pas cher. » Les vaches n'ont pas fini d'entendre que quelque chose cloche en Europe...

MB