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Haro sur les centrales d’achat européennes

Industrie laitière / La Fédération nationale de l’industrie laitière (Fnil) s’en est prise très vivement à l’influence néfaste des centrales d’achat européennes sur la valorisation des produits laitiers.

Par Actuagri
Haro sur les centrales d’achat européennes
François-Xavier Huard, PDG de la Fnil (laiteries privées).

La Fédération nationale de l’industrie laitière a fermement dénoncé le 5 février la responsabilité des centrales d’achat européennes dans la dégradation de la valorisation des produits laitiers et, en conséquence, du prix du lait. « Nos entreprises sont confrontées à des acteurs de plus en plus tentaculaires », a souligné François-Xavier Huard, le PDG de la Fnil (laiteries privées). « En 2025, trois centrales d'achat contrôlent 88 % des ventes de la grande distribution en France », a-t-il assuré. Ces centrales négocient directement avec une cinquantaine de multinationales. « En vertu de la sanctuarisation de la matière première agricole majoritairement présente dans nos produits, ils devraient être négociés en France ». François-Xavier Huard a en outre dénoncé des pratiques commerciales relevant du « racket ». « Ce sont ces acteurs qui aujourd'hui détruisent de la valeur dans la filière », a-t-il martelé, déplorant un élément de distorsion de concurrence majeur, les coopératives laitières étant exclues de ces centrales.

Ne pas se tromper de cible

Les conséquences délétères des pratiques commerciales de la distribution en France sur le prix du lait ont été confirmées par une récente étude menée par le Cniel sur les différences de construction du prix du lait entre la France et l’Allemagne. « Elle montre que la première explication du creusement de l’écart de prix du lait entre l’Allemagne et la France en 2025 (520 €/1 000 litres contre 470 € en France) tient à la moindre valorisation de la GMS, supérieure de 15 à 20 € en Allemagne. Les industriels allemands passent plus de hausses quand ils en ont besoin auprès de leurs distributeurs », a expliqué François-Xavier Huard, mettant en avant également une compétitivité structurelle des laiteries allemandes sur les produits industriels.

Selon lui, les éleveurs français ne doivent donc pas se tromper d’adversaire dans leur combat pour la revalorisation des prix du lait. « C'est une erreur économique, politique et morale que de s’en prendre aux industriels privés », a-t-il insisté, appelant à cibler les acteurs qui détruisent de la valeur. « Le duo éleveur-laiterie est un couple interdépendant et on ne s’en sortira pas en affaiblissant ceux qui font le trait d’union avec le marché. » Le résultat net de l’industrie laitière a fondu de 1,8 % en 2020 à 1,1 % en 2024, a-t-il observé, estimant que si la destruction de valeur se poursuivait, l'outil industriel français de l'industrie laitière « s'en trouverait atteint ».

« Nous sommes persuadés qu'il y a une autre voie qui est possible, celle de la création de valeur », a assuré François Xavier Huard, pointant la faculté qu’avait eue l’Italie à augmenter les prix sans freiner la croissance. Pour apporter de la sérénité dans la filière à un moment où la production mondiale est en forte croissance, la Fnil propose « d’exclure des alliances internationales, les produits ayant une composante agricole forte comme les produits laitiers », d’imposer une négociation locale « pour les biens produits localement afin de protéger les revenus de l’ensemble de la chaine » ou encore de renforcer le cadre des pratiques commerciales déloyales (UTP) « en reconnaissant le lieu de commercialisation comme critère pour la loi applicable ». La Fnil souhaite également supprimer le seuil actuel de chiffre d'affaires annuel de 350 M€ « pour assurer une protection complète pour toutes les entreprises de la chaîne d'approvisionnement » mais aussi d’augmenter les sanctions à l’égard de la grande distribution, « car elles sont actuellement insuffisantes pour dissuader les pratiques déloyales ».

Actuagri