L'ADI, championne des économies
Le meeting était plutôt réussi. Avec 1300 adhérents, soit 80% des irrigants en Isère, l'ADI38 sait mobiliser ses troupes : ils étaient plus de 200 à l'assemblée générale qui s'est déroulée le 5 février à Brézins. Normal : en Isère, la question de la gestion de l'eau est cruciale, surtout dans un contexte de changement climatique et de sécheresses à répétition.
Enjeu majeur
Dans son mot d'accueil, Gilles Gelas, le maire de la commune, a insisté sur l'impérative nécessité d'administrer finement une ressource précieuse « qui appartient à personne et à tout le monde ». Avocat indéfectible de l'irrigation, le président du Département, qui subventione l'ADI38 à hauteur de 700 000 euros chaque année, a enfoncé le clou en rappelant que « l'eau restera un enjeu majeur pour le développement de nos territoires. C'est essentiel pour l'agriculture : s'il n'y a pas d'eau, il n'y a pas de prairies, et pas d'élevage non plus ». Et Jean-Pierre Barbier de justifier son engagement en expliquant qu'il « préfère manger de la viande de qualité de chez nous que des produits avariés venus de Pologne ».
Forte de ce soutien politique tous azimuts, l'ADI38 n'en mène pas moins sa barque avec habileté. Qu'il s'agisse de la gestion des restrictions d'eau (efficacité des SMS groupés), des dossiers montés dans le cadre du Programme de développement rural Rhône-Alpes (PDR), de l'allègement de la contribution au service public de l'électricité (CSPE) ou du management des appels d'offre sur les marchés d'électricité pour obtenir les meilleurs prix grâce à des commandes groupées, mené par le jeune vice-président Nathan Gomez, les résultats sont là, plébiscités par les adhérents.
Remboursement de taxe
« Entre le CSPE et les achats groupés, notre ASA a bénéficié d'un retour de 208 000 euros. Merci à toute l'équipe de l'ADI », salue Jean-Pierre Martin, irrigant dans le Sud Grésivaudan. Comme lui, dix-huit ASA iséroises ont déposé des dossiers de remboursement, au titre du tarif réduit de taxe sur la consommation finale d'électricité. Cette disposition peut bénéficier à toutes les ASA dans la mesure où elles « exercent, en général, des activités de captage, traitement et distribution d'eau relevant du code APE 36.00Z » et « dès lors qu'elles vérifient, au niveau de l'entreprise ou du site, la condition d'électro-intensité » (1). Les irrigants isérois se sont déjà vu rembourser 700 000 euros pour les années 2016 et 2017 (2). En Rhône-Alpes, trois départements sont inscrits dans la démarche (Isère, Ain et Rhône), pour un montant total de 900 000 euros. « Attention : pour le moment, restons prudents quant à l'utilisation de cet argent, prévient Franck Doucet, le président de l'ADI38. Vous avez signé une modalité comme quoi vous deviez le rembourser à vos adhérents. Mais ce n'est pas si simple : nous devons en étudier les modalité d'utilisation, tout en respectant le droit douanier. »
Aide à la modernisation
Autre gros chantier : le soutien aux investissements individuels et collectifs pour la valorisation agricole de l'eau. L'association s'est fait fort de relayer auprès de ses adhérents les appels à candidature pour moderniser les réseaux ou en développer de nouveaux dans le cadre du Programme de développement rural Rhône-Alpes (PDR). En 2018, 24 dossiers ont ainsi été montés (dont cinq encore en attente en nuciculture), ce qui représente près de 2 800 000 euros d'investissements pour « environ 1 000 000 d'euros de subventions accordées ».
Deux comités de sélection sont programmés en 2019, le premier en avril où une dizaine de dossiers seront examinés (pour environ 500 000 euros d'investissements), et le second à l'automne pour lequel les irrigants intéressés (à titre individuel ou collectif) peuvent déposer des dossiers jusqu'au 31 juillet 2019. « Vu les incertitudes après 2020, nous vous encourageons à prendre le train en marche pour les PDR, sachant qu'en Isère, le matériel est vieillissant, comme le démontre l'étude réalisée sur le parc d'irrigation isérois l'an dernier », conseille Franck Doucet. D'après cette étude conduite auprès des adhérents, il ressort que le parc comprend 957 enrouleurs (majoritaires dans les grandes cultures) contre une centaine de pivots et rampes. Et qu'il aurait 23 projets potentiels à développer.
Marianne Boilève
(1) Question n° 12 701 posée au ministère de l'Economie et des finances, publiée au Journal officiel en octobre 2018.
(2) En 2018, la taxe a été directement déduite de la facture d'énergie.