Accès au contenu
Rétro 2019

L'année des calamités agricoles

L'année 2019 restera marquée par les intempéries à répétition qui entre vent, grêle et neige ont ravagé les cultures et plus particulièrement la noyeraie. C'est aussi une année de mobilisation avec plusieurs manifestations d'agriculteurs dans le département et à Lyon.
L'année des calamités agricoles

Janvier

Un premier PAEN en Isère

C'est une première dans le département. Après quatre ans de préparation, le commune du Touvet a validé le premier PAEN du département. Le périmètre de protection des zones agricoles et des espaces naturels compte 537 hectares. Ils sont sanctuarisés pour une période de trente ans afin de sécuriser les exploitations agricoles et leur foncier, mais aussi pour favoriser leur reprise. Ainsi, son plan d'action porte notamment sur la restructuration du parcellaire, la mutualisation des moyens, la conciliation des usages, l'accès à l'eau et la préservation du patrimoine paysager naturel. En 2019, la Communauté d'agglomération Porte de l'Isère (Capi) et Sassenage ont aussi validé leur PAEN.

Le début de l'année a été marqué par le décès brutal de Jean-Jacques Exertier, président de la MSA Alpes du Nord. Le conseil d'administration de la MSA a élu Françoise Thévenas, arboricultrice dans le Pays Roussillonnais, pour lui succéder. Si « rien ne la prédestinait à postuler à la présidence de la caisse de MSA Alpes du Nord », elle a souhaité poursuivre les actions engagées par son prédécesseur jusqu'aux prochaines élections qui se dérouleront en janvier 2020.

Février

Elections à la chambre d'agriculture

Temps fort de l'année 2019, les résultats des élections à la chambre d’agriculture de l’Isère sont tombés le mercredi 6 février. La liste FDSEA-JA 38 s’est imposée avec 51,68% des voix dans le collège principal, le collège 1 des chefs d’exploitation et assimilés. La Coordination rurale affiche un score de 23% et la Confédération paysanne de 25%. La FDSEA gagne 1,41 point comparé à 2013 et remporte 14 sièges sur 18, la CR et la Conf’ se répartissant les quatre restants. Il faut noter que le nouveau règlement consulaire a abaissé de 44 à 33 le nombre d’élus siégeant à la chambre d’agriculture. Le taux de participation s’est avéré en retrait de près de 10 points dans le collège 1, par rapport au précédent scrutin, en 2013. « Ces résultats sont une satisfaction », a indiqué Jérôme Crozat, le président de la FDSEA 38 au soir de l’élection. La FDSEA crée aussi la surprise en remportant le seul siège dédié aux propriétaires (collège 2). Lors de la session d'installation, Jean-Claude Darlet a été réélu président de la chambre d'agriculture de l'Isère.

Le syndicat majoritaire s'est également mobilisé sur le terrain. Pour une augmentation de la part de viandes françaises dans la restauration hors domicile, la FDSEA et JA de l’Isère ont répondu à un appel national et ont manifesté, mardi 19 février, devant le restaurant Buffalo Grill de Bourgoin-Jallieu. Le but est d’inciter la restauration hors domicile à réfléchir sur les objectifs de la loi EGA qui fixe un taux d’approvisionnement minimum de 50% en produits locaux en RHD (dont 20% de bio) d’ici 2022. On en est loin. Aujourd’hui, la part des viandes importées est encore de 70% dans ce secteur.

Mars

Les dossiers calamités portés par la FDSEA

L'ordre du jour était fourni lors du 74e congrès de la FDSEA de l'Isère qui s'est déroulé à La Côte-Saint-André le 18 mars. Les débats ont porté sur renforcement du rôle des OP dans le cadre des négociations commerciales, sur la réforme des Zones défavorisées simples et son impact sur l’agriculture iséroise. En intégrant 225 nouvelles communes iséroises, la révision du zonage des zones défavorisées simples (ZDS) - un dossier porté par la FDSEA - va en effet permettre à 600 exploitations supplémentaires de toucher l'ICHN. L'enveloppe globale s'élève à 2 millions d'euros. Lors de l'assemblée générale, on aussi parlé construction des prix, coûts de production et marges tout en prenant acte des limites de la loi Egalim. Le président de la FDSEA, Jérôme Crozat, se disait par ailleurs « dans les starting block sur le dossier des calamités ». Il n'imaginait pas combien l'agriculture iséroise serait encore plus durement affecté par les intempéries durant le second semestre. 
C’est officiel : le frelon asiatique est présent en Isère depuis 2018. Arrivé en France en 2005, l’insecte s’est propagé rapidement. La région Rhône-Alpes est dans les dernières touchées. L’entrée dans le département s’est faite à la fois par la vallée de l’Isère et par la région lyonnaise. Le frelon asiatique n'est pas seulement dangereux pour les abeilles, mais pour quiconque irait déranger un nid. La plateforme frelonsasiatiques.fr permet de signaler la présence d’individus ou de nids du nuisible.

Avril

L'Etoile du Vercors aura sa station d'épuration

Fin du feuilleton qui opposait depuis des années la fromagerie l'Etoile du Vercors au maire de Saint-Just-de-Claix où l'entreprise est implantée. Le maire a fini par accepter de signer le permis de construire de la station d'épuration de l'usine agroalimentaire. Les éleveurs sont soulagés, le risque étant de voir l'entreprise se délocaliser. L’Etoile du Vercors produit 2 500 tonnes de fromage par an, dont 600 tonnes de saint-marcellin et 1 200 tonnes de saint-félicien. Elle travaille avec 80 producteurs de lait de vache et huit producteurs de lait de chèvre, emploie 143 salariés et réalise un chiffre d’affaires de 27 millions d’euros en croissance.

Lors de l'assemblée générale de la MSA, le 12 avril à Grenoble, la projection du film « La montagne en sursis » a créé l'émotion tant il décrit avec justesse la détresse des éleveurs face à la prédation. « La montagne sent la mort » témoigne un éleveur. Ce document a pour vocation à susciter débats et prise de conscience. Il a été présenté à l'Assemblée nationale fin mai.

Mai

L'Isère manque d'eau

Le département est placé en alerte sécheresse pour les eaux superficielles et les eaux souterraines. « Les précipitations ne bougent pas, mais la hausse des températures augmente l’évapotranspiration. En 10 ans, on a perdu 100 mm d’eau, soit un mois de pluie perdu », explique Serge Taboulot de Météo France. Les agriculteurs du département ont pris la mesure du changement climatique et portent des projets d'irrigation ou d'amélioration de leurs installations, à l'image de celle de la Cuma Irribièvre inaugurée en novembre 2019.

Les ex-contrôles laitiers, conseils élevage de l'Ardèche, de la Drôme et de l'Isère ont officiellement fusionné le 15 mai, après trois années de préparation. Ils forment désormais une seule entité, Adice, présidée par Patrick Ribes, éleveur en Ardèche. La structure compte ainsi 200 troupeaux caprins et 624 troupeaux bovins lait. Sa mission : accompagner les éleveurs dans leurs projets d'exploitation.

Juin

La noyeraie ravagée

Arbres fauchés, couchés, noyeraies anéanties, l'orage de grêle qui s'est abattu sur le Sud-Grésivaudan et les Chambaran le 15 juin a été cataclysmique. Les autres cultures n'ont pas été épargnées : céréales, pépinières, prairies ont essuyé ce déluge ravageant tout sur son passage. Ce premier phénomène météorologique hors norme a mis des milliers d'arbres à terre et provoqué une émotion si grande que le ministre de l'agricuture, Didier Guillaume et le président de la région, Laurent Wauquiez, se sont précipités sur place. Le département de l'Isère a aussitôt mobilisé des moyens pour établir une cartographie par drones des dégâts.

Le renforcement du Plan loup avec le relèvement du plafond de prélèvement de loups (17% de la population de prédateurs, contre 10% auparavant), la création d’un nouveau zonage avec des cercles zéro pour les zones les plus prédatées, les autorisations des tirs de défense, le renforcement des mesures de protection et la revalorisation des animaux tués ne convainc pas la profession agricole. Ces mesures ne suffisent pas à faire cesser le carnage. Le plafond des 100 loups tués était presque atteint fin 2019 alors que fin octobre, le nombre de 11 000 bêtes prédatées avait été comptabilisé, un chiffre bien inférieur à la réalité compte tenu du mouvement de grève à l'ONCFS.

Juillet

Danone se désengage

Bis repetita le 1er juillet avec un nouvel épisode météorologique hors du commun. C'est la partie haute du Grésivaudan qui a été fortement touchée par l'orage qui s'est déchaîné dans la soirée. Maïs couchés, noyers à terre, les cultures sont une nouvelle fois dévastées. Le recensement des premiers dégâts se poursuit et les dispositifs d'aide se mettent en place. A Tullins, le 12 juillet, une réunion rassemble les membres du conseil de l'agriculture de l'Isère (CAD) pour exposer les mesures d'urgence, les aides exceptionnelles et les procédures de déclaration de calamités. « C'est un chantier hors norme, qui atteint tout le monde », déclare Bertrand Dubesset, le directeur-adjoint de la DDT.

Coup de tonnerre aussi dans les élevages laitiers collectés par Danone qui annonce une baisse de sa production de son usine de Saint-Just-Chaleyssin. Philippe Poncet, le nouveau président de l’OP Sud-Est, explique que « des indemnités financières sont proposées par Danone sur la base du volontariat ». « Ce n’est pas acceptable », estime pour sa part Jérôme Crozat, président de la FDSEA de l’Isère. Pas plus que la diversification des productions, « la segmentation n’a pas été prise en compte malgré des propositions de la part des producteurs de construire une offre de lait local Alpes IsHère », souligne encore Jérôme Crozat.

Août

Saint-Chef fait la fête à l'élevage

Le concours départemental d'élevage de l'Isère s'est installé à Saint-Chef, du 23 au 25 août, dans le cadre d'une grande fête de la ruralité. La manifestation a attiré pendant trois jours plusieurs milliers de visiteurs, une affluence qui a même surpris les organisateurs. Les échanges entre le public et le monde agricole sont allés bon train, tant lors du marché des producteurs que durant les deux jours du concours d'élevage où les quatre races bovines iséroises étaient à l'honneur : limousines, charolaises, prim'holstein et montbéliardes se sont disputé les places sur le podium. Les juges ont salué la qualité du travail des éleveurs et la bonne préparation des bêtes présentées.

Pour fêter le 150e anniversaire de la mort du compositeur isérois Hector Berlioz, les organisateurs du festival Berlioz, jamais à court d'idées grandioses, ont imaginé et construit un cheval de Troie dans le cadre d'un chantier participatif. Il fallait bien cela pour illustrer Les Troyens, ce gigantesque opéra en cinq actes, donné à La Côte-Saint-André, lors du festival qui s'est déroulé du 17 août au 1er septembre et dont Terre Dauphinoise est partenaire.

Septembre

La 800e Foire de Beaucroissant

La Patrouille de France, le feu d'artifice, les Manants costumés, les émissions de télévision, le concours charolais, les milliers d'exposants et le beau temps, chaud, très chaud : tous les ingrédients étaient réunis pour que la 800e édition de la Foire de Beaucroissant soit une grande fête. Mais comme la manifestation revendique haut et fort ses attaches agricoles et rurales, les représentants du monde agricole ont profité de cette tribune et des nombreux élus présents - hormis le ministre de l'Agriculture qui avait préféré Tech&Bio la semaine suivante - pour rappeler quelques vérités qui dérangent. « Est-ce qu’on veut encore de l’agriculture en France ? », a ainsi exprimé Jean-Claude Darlet, le président de la chambre d'agriculture, énumérant, dans un discours empreint d'émotion, tous les dossiers qui font mal. Pourtant, l’agriculture française n’a jamais été aussi respectueuse de son environnement et soucieuse de la qualité de l’alimentation. En témoignent ces visages jeunes, innovants, entreprenants, à l'image des 13 lauréats du 2e Prix de l'Excellence agricole et rurale remis par Terre Dauphinoise le vendredi 13 septembre. C'est aussi durant la Foire de beaucroissant que la FDSEA et JA ont signé la charte de bon voisinage avec l'Association des maires de l'Isère et le Crédit agricole. Les syndicats espèrent encore le soutien du préfet et du Département.

Alors qu'est lancé le top départ de la récolte de la noix 2019, les organisations professionnelles nucicoles qui ont tenu leurs assemblées générales dans l'été, tirent toutes le même constat d'une dégradation du marché, concurrencé par les exportations des noix d'Amérique.

Octobre

Les agriculteurs manifestent

Deux journées de manifestation des agriculteurs ont eu lieu durant le mois d'octobre à l'appel de la FNSEA et des JA. Le 8 octobre, Une cinquantaine d'agriculteurs a bloqué le rond-point à la sortie de l'autoroute A43, à La Tour-du-Pin. Le 22 octobre, Lyon a été le point de convergence des délégations venues des département de Rhône-Alpes. Plus de 200 tracteurs et 500 manifestants ont rejoint en fin de matinée la préfecture de région. Cette mobilisation portait plusieurs messages : les agriculteurs dénonçaient le dénigrement systématique dont ils font l'objet, les distorsions de concurrence et les accords commerciaux internationaux. Ils attendaient une parole de soutien de la part d'Emmanuel Macron.

Le 18 octobre, l'inauguration du méthaniseur d'Apprieu est plus qu'un symbole. Le dénouement de ce dossier, qui a bénéficié de l'appui de la FDSEA et de la chambre d'agriculture, a libéré les autres projets de méthanisation en Isère. L'année 2020 devrait voir la mise en route de nombreux équipements.

La huitième édition du concours des vins de l’Isère, le 14 octobre, marque sans doute un tournant tant la participation des vignerons de l’Isère est à la hausse. Avec 21 inscrits qui ont soumis une soixantaine d’échantillons, ils étaient presque tous représentés, de la Savoie au Rhône, du Trièves aux Balmes en passant par toute la vallée du Grésivaudan. Le concours s'est calé sur le calendrier du festival Le Millésime afin de gagner en notoriété. Mais cette édition a été assombrie par le décés du créateur du festival, Alain Gatheron, dans un accident de moto, le 27 octobre.

 

Novembre

Incendies en série

Jamais deux sans trois, la noyeraie, mais aussi les autres productions comme les pépinières ont été une nouvelle fois touchées par un épisode climatique hors du commun. La neige lourde qui, le 15 novembre, a recouvert la vallée du Sud-Grésivaudan et la Bièvre a fait casser les branches, coucher et fendre en deux les noyers qui avaient résisté aux précédentes intempéries. Certains tout juste redressés et tutorés n'ont pas résisté. Double, triple peine : la profession ne cache pas son découragement.

Et puis, il y a aussi ces incendies survenus dans les exploitations. Ces actes malveillants perpétrés dans la Drôme et à Saint-Antoine-l'Abbaye le week-end des 23 et 24 novembre, ont provoqué la mort de 23 génisses et dévastés les outils de production, bâtiments et fourrages. Un incendie a également détruit une exploitation et tué plusieurs vaches à La Côte-saint-Abdré début décembre, sans que l'origine du sinistre soit identifiée. Au niveau national, une cellule spécifique a été mise en place pour identifier et poursuivre les auteurs d'intrusions ou d'agressions chez les agriculteurs. En région, les dispositifs anticipatifs et de coordination ont aussi été réactivés par les préfets.

Sur le front de la mobilisation, les agriculteurs maintiennent la pression avec une troisième journée d'action, le 27 novembre à Lyon, au cours de laquelle un agriculteur isérois a été blessé par un chauffard. Le 3 décembre, les élus de la FNSEA étaient reçus par le Premier ministre.

Décembre

Le loup ne s'arrête jamais

Encore le loup. En Matheysine, le loup a attaqué le troupeau de brebis de Marie-Laure Mauny à deux reprises début décembre. Bilan 58 brebis tuées. Depuis le mois de juin, elle a perdu une centaine de brebis. Entre colère et dépit, les éleveurs se demandent si cela vaut encore la peine de continuer le métier.  En 2020, le plafond de prélèvement de loups restera fixé à 17 % de la population. Au lendemain d'une nouvelle réunion du groupe national loup, les syndicats agricoles essaient d'obtenir de nouvelles avancées.

De l'autre côté du département, en Pays viennois, les syndicats FDSEA, JA et la chambre d'agriculture ont invité le sous-préfet à visiter des exploitations et à assister à une réunion en présence de la députée Cendra Motin et de nombreux agriculteurs. Le changement climatique touche fortement le couloir rhodanien, de sorte que la problématique de l'eau y est saillante afin de pérenniser les cultures, les exploitations agricoles et de répondre à la demande de produits locaux. Dans ce secteur où la pression urbaine et industrielle est très forte, il a également été question de préservation du foncier agricole.

Rubrique réalisée par Isabelle Doucet