« L’enjeu alimentaire doit être l’enjeu essentiel pour l’Union européenne »
Depuis plusieurs mois, les annonces au sujet de la future programmation de la politique agricole commune (Pac) 2028-2034 défraient la chronique. Budget en baisse, renationalisation, disparition du deuxième pilier… le monde agricole tremble. « La Pac est une aide au revenu. Une diminution de budget signifierait une baisse de revenu pour les agriculteurs », harangue Yannick Fialip, président de la commission Économie de la FNSEA.
Alors depuis plusieurs mois, les négociations vont bon train et le syndicalisme majoritaire défend a minima le maintien du budget et demande haut et fort une Pac forte et commune. « À l’automne, une baisse de plus de 22 % était annoncée. Aujourd’hui, la copie a été revue et pour la France, contrairement à d’autres pays communautaires, la baisse est, malheureusement, toujours d’actualité. Elle serait de 13 %. C’est inadmissible pour nous. L’enjeu alimentaire doit être l’enjeu essentiel pour l’Union européenne (UE). Dans le monde, seul le continent européen diminuerait son soutien à l’agriculture. C’est incompréhensible », souligne l’éleveur de Haute-Loire.
Une incompréhension d’autant plus prégnante quand l’UE signe un accord de libre-échange avec les pays du Mercosur. « On nous annonce une diminution de l’aide européenne à l’agriculture et au même moment on signe cet accord. Les producteurs européens ont le sentiment que l’Union européenne accorde davantage de soutien à l’agriculture d’autres pays, souligne Yannick Fialip. À la FNSEA, nous réaffirmons notre volonté d’avoir une véritable politique agricole commune à l’ensemble des pays de l’Union européenne. »
Définir l’actif agricole
Pour le syndicaliste, cette politique agricole commune européenne doit avant tout défendre une agriculture de production. « Lors des deux dernières programmations, l’environnement a pris le dessus sur la production de l’alimentation. Aujourd’hui, l’enjeu économique de production doit prévaloir pour pouvoir relever le défi essentiel de l’alimentation », souligne Yannick Fialip. À ce titre, il est urgent, pour le président de la commission Économie de la FNSEA, de statuer sur la définition d’actif agricole. « Pour nous, un actif agricole est un agriculteur qui détient ses moyens de production ou les loue quand cela concerne le foncier, participe aux travaux agricoles de l’exploitation et est décisionnaire pour son entreprise. Nous devons rapidement, à l’échelle européenne, tomber tous d’accord sur cette définition. »
ICHN, un enjeu de taille
Enfin, Yannick Fialip rappelle haut et fort que le soutien aux territoires notamment soumis aux handicaps naturels doit être réaffirmé. « L’ICHN est un enjeu majeur pour des territoires montagneux comme nous pouvons les connaître en Auvergne-Rhône-Alpes », souffle-t-il. Quant à la renationalisation de la Pac, l’éleveur bovin et ovin le dit sans détour : « Ce n’est pas d’actualité ». En revanche, pour lui, il est certain qu’il est nécessaire de créer ou recréer des liens entre les différentes Régions.
M.-C. S.-B.
Europe / La prochaine politique agricole commune (Pac) devrait rentrer en vigueur en 2028. Les négociations sont en cours. Le président de la commission Économie de la FNSEA, Yannick Fialip, est revenu lors du congrès de la FDSEA 07, sur les enjeux de la future programmation. Décryptage.