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Politique

L'entretien de l'espace a un coût

L'ajournement de la candidature du PNR de Chartreuse pour un PAEC remet en cause l'équilibre financier des exploitations et des alpages.
L'entretien de l'espace a un coût

Pour les éleveurs chartrousins, la pilule ne passe pas. L'ajournement de la candidature du parc naturel régional de Chartreuse (PNR) pour un projet agro-environnemental et climatique (PAEC), qui devait permettre aux agriculteurs et acteurs pastoraux du territoire de contractualiser les prochaines mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC) à partir de 2015, mécontente et inquiète. « Pour cette année, nous nous retrouvons donc sans prime herbagère agro-environnementale (PHAE) et sans MAEC pour prendre le relais, comment allons-nous faire ? », s'interroge Gisèle Eldin, présidente de l'alpage de la Grande-Sure. « Ces fonds, issus de la Pac (Politique agricole commune), participent au fonctionnement des alpages collectifs. Ils sont indispensables pour établir un coût de pension acceptable. Sans eux, les alpages de Chartreuse sont clairement menacés », ajoute-t-elle.

Une continuité

La candidature du territoire, portée par le PNR, avait ciblé l'enjeu de préservation des systèmes herbagers. « Nous avions inscrits une surface importante de prairies naturelles dans l'objectif d'étendre les bonnes pratiques des éleveurs. Mais la commission régionale a estimé que notre demande était trop élevée par rapport au potentiel budgétaire dont elle disposait. Nous regrettons que la totalité de notre candidature ait été ainsi ajournée. Une partie aurait pu être retenue pour continuer d'aider les agriculteurs dans leur démarche », déplore Brigitte Bienassis, vice-présidente du Parc en charge de l'agriculture. Car les conséquences pour les éleveurs sont  « dramatiques ». D'autant que la décision a été rendue tardivement, alors même qu'ils avaient commencé l'organisation de la montée en alpage. Selon Brigitte Bienassis, « les pratiques vertueuses d'entretien de l'espace qu'ont mis en place les éleveurs et dont tout le monde profite, ont un coût. On ne peut pas les interrompre puis les reprendre. Il faut une continuité ». Et, de l'avis de tous les acteurs concernés : sans aide, le fonctionnement des alpages, l'embauche des bergers, le positionnement des troupeaux au bon endroit au bon moment pour favoriser la préservation de la biodiversité, sont remis en question.

Pas vaincus

Ce nouveau mode d'attribution des aides de la Pac, sous forme d'appels à projets portés par des opérateurs extérieurs à leurs exploitations, interroge. Il est difficile pour les agriculteurs de ne plus avoir la maîtrise de leur demandes. Et de nombreux territoires aux caractéristiques et aux enjeux différents sont directement mis en concurrence. Pour Brigitte Bienassis, « il faut arriver à distinguer ce qu'il est nécessaire de mettre en place dans les vallées, dans les zones de grande proximité des centres urbains, et dans les zones d'altitude. Il en va de la qualité de la biodiversité et des paysages et de la sauvegarde des emplois qu'ils génèrent ».

Aujourd'hui, les acteurs du territoire ne s'avouent pas vaincus. Sans attendre la nouvelle candidature de PAEC, que le parc déposera en juin avec des surfaces et des enjeux mieux ciblés, une demande d'aide exceptionnelle pour l'année 2015 est en cours. Dans le département, sept candidatures avaient été remises auprès du conseil régional, six ont été retenus. Dans la région Rhône-Alpes, sur les 33 demandes qui ont été faites, six ont été ajournées.

Isabelle Brenguier