« La culture appartient à tout le monde »
Les Arts allumés ouvrent la saison culturelle 2016 en Bièvre Isère. Pourquoi ce nouveau festival ?
Pour faire circuler le spectacle vivant dans les communes du territoire. En tant qu'élus du milieu rural, nous pensons que nous devons proposer aux habitants des rendez-vous de qualité qui soient fédérateurs et permettent de tisser du lien entre les gens. Les Arts allumés sont emblématiques de cette démarche qui consiste à proposer des spectacles ou des actions tout en faisant participer les habitants, les scolaires et les publics dits « empêchés ».
Cet événement est-il destiné à remplacer la traditionnelle « saison culturelle » ?
Pas du tout. Cela fait des années que la communauté de communes met en place une saison culturelle et nous allons continuer. La fusion avec le Pays Saint-Jeannais nous a cependant conduits à faire autrement. Nous pilotons désormais un territoire de 55 000 habitants. Pour conserver la lisibilité de la saison, nous avons partagé l'intercommunalité en quatre secteurs qui, tous les ans, accueilleront les Arts allumés chacun à leur tour. A côté de cela, nous programmons plusieurs autres événements, comme les'arts en herbe, un festival jeune public initié par le Pays Saint-Jeannais qui se déroule à l'automne. Nous sommes également partenaires de manifestations comme les Détours de Babel, les Allées chantent ou bien sûr le festival Berlioz. Mais notre action ne s'arrête pas là. Nous menons aussi un gros travail tout au long de l'année à travers le réseau de nos médiathèques, de nos bibliothèques et de notre école de musique. Ce sont des lieux ouverts, qui accueillent des conférences, des rencontres, des expositions, des concerts, autant d'actions qui permettent aux gens de rencontrer des artistes. En ce début d'année, les Apprentis d'Auteuil ont par exemple travaillé à une œuvre commune avec le peintre plasticien Nordine Hemada, ce qui leur a permis de partager une autre vision du monde...
Pourquoi une collectivité territoriale comme Bièvre Isère communauté se doit-elle de conduire une politique culturelle ?
Les gens issus du milieu rural ont parfois l'impression que la culture, c'est pour les urbains. L'éloignement, les difficultés de transports font qu'ils hésitent à se déplacer à Lyon ou à Grenoble pour voir des spectacles. D'où l'idée de faire venir les artistes jusqu'à eux. Dans notre territoire, c'est une volonté politique ancienne, qui remonte au début des années 90 et qui a tout de suite rencontré un énorme succès. Aujourd'hui, cette préoccupation est d'autant plus forte que la culture - et la lecture, car notre action ne se résume pas à la programmation de spectacles - est un vecteur d'ouverture et de réflexion. Elle permet de rappeler qu'il existe autre chose que les horreurs que l'on voit à la télévision et que l'on peut se rassembler pour créer quelque chose ensemble plutôt que de se déchirer.
D'où la dimension participative des Arts allumés...
Oui, c'est une manière de démontrer que la culture s'adresse à tous, qu'elle appartient à tout le monde. En invitant les habitants à participer au montage technique des spectacles, à des projets artistiques, comme la grande parade de clôture, ou à la construction de décors, nous favorisons le brassage. Des quantités de gens de tous les milieux, de tous les horizons se retrouvent, échangent, travaillent ensemble sur un même projet. Une complicité réelle se noue. Ça me fait d'ailleurs sourire parfois, car j'en connais certains qui ne partagent pas les mêmes idées mais qui, le temps du festival, prennent plaisir à faire œuvre commune.
Mais tout cela a un coût...
Notre budget culture global s'élève en effet à 1,3 millions d'euros (1). Cela peut paraître beaucoup, mais la majeure partie est consacrée à la rémunération des agents qui animent le réseau. Pour le reste, nous nous essayons de faire avec ce que nous avons (115 000 euros pour l'animation culturelle). Cela tient parfois du funambulisme, mais on y arrive.
Propos recueillis par Marianne Boilève
(1) Sur un budget total de plus de 76 millions d'euros.
Programme à retrouver en page 22