Le Center Parcs attend la décision du tribunal administratif
« Vive Center Parcs », « Roybon dit oui au Center Parcs », « Center Parcs, un avenir pour notre territoire ». Les banderoles affichées dans le village ne laissent pas vraiment planer d'ambiguïté sur le positionnement des Roybonnais quant au projet de création de village de vacances par la société Pierre & Vacances. « Même si la commune compte des opposants, leurs écriteaux ne restent jamais bien longtemps installés », témoigne une habitante. A Roybon, et dans les environs, le Center Parcs, c'est le sujet qui focalise l'attention depuis 2007. Pourquoi ? Parce que le territoire peine à vivre, qu'il n'a pas de moyens, qu'il subit une telle déprise au niveau de ses commerces, de ses services et de sa population, qu'habitants et élus locaux, de droite comme de gauche, espèrent l'arrivée d'une nouvelle dynamique pour redonner du souffle au territoire. C'est la raison pour laquelle la majorité d'entre eux est favorable à l'arrivée du Center Parcs. Mais pas tous. Car, pour certains, il s'agit, entre autres, d'une aberration environnementale et d'un gaspillage d'argent public.
468 équivalents temps plein
Même si le maire de la commune, Serge Perraud, s'enthousiasme pour le projet « qui permettra à Roybon de retrouver sa beauté originelle, et de garder, et même développer une activité économique (commerces, restaurants, gîtes...) et des services à la population (gendarmerie, caserne de pompiers, poste, établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes...) », les attentes des uns et des autres sont souvent plus modérées. Le Center Parcs n'est pas vu comme le messie qui va révolutionner le secteur. « C'est un plus qui s'ajoutera à d'autres petites choses », estime Bernard Gillet, maire de Viriville. Mais il suscite de l'espoir. D'abord en terme d'emploi. « 697 emplois de services, non délocalisables, représentant 468 équivalents temps plein, avec 80 % de contrat à durée indéterminée. 140 emplois induits par l'activité du centre de vacances et 1 500 qui travailleront pendant la phase de chantier », précise Yannick Neuder, le président de Bièvre Isère Communauté. « Dans la période de difficulté économique que nous connaissons, ce n'est pas rien ». Et aux esprits chagrins qui déplorent qu'il s'agisse d'emplois précaires, nombreuses sont les personnes à répondre être intéressées par des emplois à temps partiel en complément de revenu et d'activités. « En milieu rural, ce type d'emploi n'effraie personne. Cela peut être une opportunité pour des conjointes d'exploitant, ou même pour des agriculteurs qui n'y arrivent plus... Ce serait toujours appréciable », estime Bernard Germain, agriculteur à Roybon. Au-delà de cette question, comme le maire de Roybon, les habitants du secteur espèrent que la présence du village vacances contribuera au maintien de leurs pairs et donc des commerces et des services, qui se meurent peu à peu. Ils espèrent aussi qu'ils pourront en profiter pour développer de nouveaux projets. Tel un point de vente de produits agricoles. « La démarche a été lancée, mais elle n'a pas été menée à son terme. Nous avons été gagnés par la lassitude au fil des différents recours qui empêchent le projet de voir le jour », explique Bernard Germain.
Une vitrine du territoire
Car l'implantation du Center Parcs ne fait pas l'unanimité. Et les recours des opposants se sont multipliés. Pour Jean-Luc Point, agriculteur à Pajay : « Les promesses d'emplois précaires ne doivent pas cacher le reste ». Les points de crispation sont nombreux, comme le sentiment que l'enquête publique n'ait pas été suffisamment reprise ou que le système de compensation des zones humides n'est pas satisfaisant. Pascal Denolly, président de la FDSEA et responsable du comité d'orientation économie, service aux exploitations à la chambre d'agriculture de l'Isère, est plus partagé. « C'est un territoire qui, en terme d'économie globale, est très pauvre. Alors que, pour vivre au pays, il faut pouvoir y travailler. La zone des Chambaran aurait des possibilités de tourisme « slow », mais elle manque d'un pôle d'attractivité. Alors, il faut voir... Il faut faire le tour des potentialités des lieux, de ses sites touristiques, de ses gîtes, de ses auberges, évaluer ces richesses et quantifier ce qu'elles peuvent générer. Mais il ne faut pas se faire d'illusions, elles n'arrivent certainement pas à la hauteur des 468 ETP promis par Pierre & Vacances. C'est la raison pour laquelle, plutôt que de s'opposer, il faut marier tourisme industriel et tourisme diffus et réfléchir à la façon dont le groupe de village vacances peut s'investir pour améliorer le tourisme et l'agriculture du territoire. Cela pourrait prendre la forme d'un magasin de producteurs et d'artisans situé dans le centre qui serve de vitrine au territoire. Il y a un enjeu économique pour admettre ce projet, mais il ne faut pas s'en contenter. Les élus ne doivent pas uniquement accueillir le Center Parcs, ils doivent aussi organiser le rapprochement des différents acteurs qui peuvent aussi faire vivre les Chambaran ».
Isabelle Brenguier
Le projet
Le tribunal administratif de Grenoble examine aujourd'hui 2 juillet les recours des opposants contre deux arrêtés préfectoraux autorisant le projet. Si le tribunal administratif décide finalement de les valider, l'État et le groupe Pierre & Vacances devront alors demander à la justice l'autorisation de recourir à la force publique pour expulser les militants hostiles au projet. Car, ces derniers ont fait du chantier de Pierre & Vacances une ZAD, une « zone à défendre ». Ils occupent donc depuis début décembre une maison appartenant à l'Office national des forêts (ONF) à proximité du chantier du Center Parcs, dont ils bloquent l'avancement. Le village de vacances, avec 990 cottages prévus autour d'une bulle tropicale, pouvant accueillir plus de 5 600 personnes doit s'étendre sur 202 hectares dans le bois des Avenières, au coeur de la forêt de Chambaran. Environ 40 hectares de forêt ont déjà été défrichés sur les 80 prévus.Source : AFP