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Le remplacement, un atout précieux le jour où il y a un pépin

Jean-Marc Chevallet, éleveur à Charavines, et Hervé Billot, éleveur laitier à Vézeronce-Curtin, co-présidents de la Fédération Isère du service de remplacement. Leur défi : permettre au plus grand nombre de se faire remplacer de temps en temps.
Le remplacement, un atout précieux le jour où il y a un pépin

Vous venez de prendre la présidence de la Fédération Isère du service de remplacement. Pas facile de remplacer un Louis-Michel Petit...

Jean-Marc Chevallet : Quand j'ai accepté de prendre la suite de Louis-Michel Petit, qui partait à la retraite et qui s'occupait un peu tout, c'était à la condition que chacun s'engage. L'idée est venue après que le CA a suivi une formation au cours de laquelle nous avons tout remis à plat pour trouver un nouveau mode de fonctionnement et redessiner les rôles et les fonctions de chacun. C'est comme cela que nous avons décidé d'impliquer plus de monde et de décharger un peu le président.

Ce qui fait que le président est désormais épaulé par un vice-président...

Hervé Billot : Je suis un homme d'engagement et le service de remplacement me tient à cœur : ce sont deux bonnes raisons pour accepter de soulager Jean-Marc qui assume déjà beaucoup de responsabilités. Par ailleurs, en devenant président du service de remplacement dans le Nord-Isère en 2013, je me suis plus impliqué au niveau départemental. A ce titre, je participais déjà aux réunions régionales, il était donc logique que je prenne prenne en charge les relations avec le réseau.

Comment se répartissent les autres rôles au sein de la fédération ?

JMC : Nous fonctionnons par binômes. Chaque binôme est responsable d'un dossier. L'un est en charge de la trésorerie, un autre des relations avec la chambre d'agriculture, un troisième des partenariats avec la MSA et Groupama... Ce système permet de s'assurer qu'il y ait toujours quelqu'un en capacité de se mobiliser. Ça a pas mal fonctionné l'an dernier. Je vais faire en sorte que ça perdure. Et puis ça fait des conseils d'administration plus vivants. C'est une autre dynamique.

Le service de remplacement est très apprécié, mais les agriculteurs ont tendance à moins y recourir, faute de moyens financiers. Comment résoudre cet écueil ?

JMC : C'est la grande question que l'on se pose... Cela fait quatre ans que nous n'avons pas augmenté le coût de journée, mais il reste encore trop cher pour de nombreux agriculteurs en difficulté. Nous avons beau multiplier les démarches pour récupérer des fonds auprès des partenaires pour alléger les coûts, ils demeurent élevés pour des trésoreries dans le rouge. Malgré tout, ce que je vois sur mon secteur [Val-d'Ainan, ndlr], nous avons un salarié super compétent depuis 2011 ; les collègues savent qu'il tient la route et font l'effort de le prendre à tour de rôle. Ça fait du bien et ça permet d'échanger. Et puis c'est important de fidéliser un bon salarié : on en prend conscience le jour où il y a un pépin.

HB : Tant que nous n'aurons pas une agriculture forte, ça continuera de ne pas aller très bien. Quand il n'y a pas trop de sous, on fait des économies de partout, et le service de remplacement est l'un des premiers postes à sauter. On se retrouve de plus en plus noyés sous le boulot. Mais on n'a pas que ça : on a aussi besoin de faire autre chose, de souffler un peu, de s'occuper des enfants.

JMC : Il faudrait que nos prix évoluent pour qu'on puisse payer des gens pour nous remplacer. C'est sûr qu'on aurait du travail à leur donner ! Mais aujourd'hui, on n'a déjà pas de quoi se payer nous-mêmes.

A quel autre chantier la fédération se consacre-t-elle actuellement ?

Nous aimerions fédérer tous les services pour n'avoir qu'une seule et même structure. Aujourd'hui, nous n'en avons plus que trois au lieu de treize il y a quelques années. Il y a le service départemental (SRI), qui a réussi la fusion avec les SR de Roussillon, Bièvre-Liers et Sud-Isère, le service de remplacement du Vercors, qui est à cheval sur deux départements, et le Sarni, dans le Nord Isère, qui travaille beaucoup en relation avec le SRI.

Le Nord Isère ferait-il de la résistance ?

HB : Notre association a participé au projet de fusion. Nous avons organisé un vote, mais personne n'a suivi. Le Sarni voulait rester une petite entité à part, tout en étant solidaire du service de remplacement Isère. Les adhérents ont souhaité conserver leur indépendance et ils ont pu le faire, car nous avons la chance de recevoir une importante subvention de la communauté de communes des Balcons du Dauphiné qui nous permet d'avoir un prix de journée moins élevé que ce qui se pratique au niveau départemental. Mais tout cela va sans doute être amené à évoluer un jour.

Propos recueillis par Marianne Boilève