Les céréaliers attendent beaucoup de la génétique
VARIÉTÉS / Les nouvelles variétés de céréales et de pois protéagineux doivent répondre aux multiples attentes des agriculteurs pour relever le défi du climat, des contaminations et de la transition agro-écologique. La « Rencontre filière semences AGPB & Semae » qui s’est tenue à Paris a été l’occasion d’explorer le champ des possibles.
Denis Jamet, céréalier dans le Cher, à la tête d’une exploitation de 400 hectares, « compte sur la génétique pour maximiser les revenus de son exploitation ». Il participait début février à une des trois tables rondes organisées durant la conférence « Rencontre filière semences AGPB & Semae ». Elle portait sur les trois sujets suivants : l’accès au progrès génétique par les céréaliers ; la maitrise de la qualité sanitaire des grains et les impacts des nouvelles réglementations européennes sur les semences.
« Les agriculteurs ne veulent pas de Formule 1 dans leurs champs mais des 4x4 », déclare Denis Jamet. Ils attendent des semences certifiées achetées un retour sur investissement. Les nouvelles variétés de blé doivent avoir les ressources génétiques pour stabiliser les rendements à des niveaux élevés avec des grains de qualité. Selon une enquête réalisée par Adquation Etudes et Data Intelligence (AEDI) »1 ciblant la recherche et l’innovation variétale, les agriculteurs interrogés sont 87 % à être intéressés par les nouvelles variétés de blé d’hiver et d’orge de printemps mises sur le marché. Ils sont aussi satisfaits à plus de 90 % par la gamme de variétés disponibles. À contrario, la principale source d’insatisfaction des céréaliers interrogés est la résistance aux maladies, l’adaptation au climat et leur productivité insatisfaisante.
Normes européennes
« Le progrès génétique permet de gagner près de 0,5 q de blé par hectare et par an de rendement, mais les aléas climatiques en annulent les effets », a défendu Romain Valade, chef de service à l’Institut du végétal Arvalis. « Sans ces progrès génétiques, les rendements stables depuis vingt ans auraient chuté et la campagne 2024 aurait été pire ! » Mais pour créer une nouvelle variété, le pas de temps est de dix ans. Or dans les champs, les agressions évoluent plus vite que les progrès réalisés pour les atténuer. Aussi, le recours aux semences fermières a ses limites. « La sélection variétale a plus de chances de s’adapter à la nouvelle donne climatique et sanitaire que les mutations d’intérêt des semences fermières », soutient Régis Fournier de l’Union française des semenciers (UFS). La recherche génétique ne permet pas seule de parer aux urgences sanitaires. L’ergot, la carie et le charbon se développent et menacent la santé humaine, faute de substances actives pour éradiquer ces contaminations. En conséquence, les normes européennes très strictes portant sur la qualité sanitaire des grains (le taux d’alcaloïdes par exemple), apparaissent de plus en plus déconnectées des moyens de traitement à la disposition des céréaliers pour les respecter.
Brevetabilité des NGT
Autre sujet : le financement de la recherche. « Les agriculteurs partagent l’idée de financer une partie de la recherche variétale », a rapporté Clémence Boulanger, chargée d’étude chez AEDI. Ils sont 40 % à connaître la contribution recherche et innovation variétale (Criv) qui a remplacé la cotisation volontaire obligatoire (CVO). Les professionnels agricoles restent aussi attachés au certificat d’obtention variétale (COV). En effet, le patrimoine génétique de ces variétés certifiées est disponible pour la recherche et les agriculteurs ont la possibilité de produire leurs semences fermières en toute légalité. Mais les céréaliers comptent sur les nouvelles techniques génomiques (NGT/NBT) pour accélérer la sélection variétale et obtenir de nouvelles variétés qui satisfassent leurs besoins dans les champs. La commission de l'environnement du Parlement européen a validé, le 28 janvier dernier, l’accord provisoire instaurant un cadre réglementaire autour de l’usage des NGT. Il reste au Parlement européen d’approuver le texte. Mais rien n’est joué. Toutefois, se pose déjà la question de la brevetabilité des NGT. « Les actes délégués qui découleront du nouveau règlement européen devront aller dans le sens de la loi. Les brevets devront être mis à la disposition des semenciers », défend Laurent Jacquiau de la DGAL (ministère de l’Agriculture).
« Il faut préserver le COV qui garantit un libre accès à la diversité génétique. Alors que le brevet obéit à une logique d’application industrielle. Il est un frein pour les petites entreprises semencières », a déclaré Éric Thirouin, président de l’AGPB. En fait, les deux dispositifs (brevet et COV) « cohabiteront ». Si les brevets prennent le dessus, l’ensemble de l’industrie semencière sera affecté par des opérations de restructurations et de concentrations. Mais les NGT ne seront en aucun cas l’alpha et l’oméga du programme de relance de l’agriculture promu par l’AGPB auprès du ministère de l’Agriculture.
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