Accès au contenu
Pratiques culturales

Les cultures ont de l’énergie à revendre

Pour alimenter un méthaniseur, il est possible de valoriser les effluents d’élevage mais également les cultures intermédiaires à vocation énergétique. La chambre d’agriculture de l’Isère a mené des essais à Estrablin.
Les cultures ont de l’énergie à revendre

Pascal Jullien fait partie des 31 agriculteurs du projet du méthaniseur d'Eyzin-Pinet. En attendant le lancement du projet, il expérimente les cultures intermédiaires à vocation énergétique (Cive) avec l'aide la chambre d'agriculture de l'Isère. Présentés le 24 octobre dernier, les essais, semés le 25 juillet dernier, semblent avoir bien fonctionné. « Le but est d'analyser la fonction et la teneur de chaque couvert pour savoir s'il y en a un qui présente plus d'intérêts agronomiques que d'autres », explique Audrey Tabone, conseillère à la chambre d'agriculture de l'Isère.
Six mélanges ont été testés. Le premier, fertilisé, est composé de sorgho, tournesol et nyger. « Il y a 33 pieds au m2 et 9 tonnes de matière sèche à l'hectare. C'est celui qui a le plus de matière sèche mais aussi le plus d'adventices », détaille-t-elle. Le second a la même composition que le premier mais sans fertilisation. Il y a pour celui-ci 20 pieds au m2 et 8 tonnes de matière sèche.
Les deux suivants sont composés de moha, tournesol et nyger. La bande fertilisée affiche 44 pieds au m2 et 8 tonnes de matière sèche à l'hectare et son homologue, en non fertilisé, affiche 47 pieds au m2 et 7 tonnes de matière sèche à l'hectare. Les deux derniers mélanges, en fertilisé et en non fertilisé sont composés de moha et de trèfle d'Alexandrie. Leurs résultats sont assez similaires également : entre 43 et 45 pieds au m2 et 6 tonnes de matière sèche. « Il n'y a pas de grande différence entre les mélanges fertilisés et les non fertilisés. Mais la parcelle pouvait déjà avoir une bonne dose d'azote donc il faudra refaire des essais pour confirmer », explique Audrey Tabone.

Pas de concurrence

Les résultats, encourageants, sont toutefois spécifiques à cette parcelle et aux conditions météo exceptionnelles. « C'est une parcelle située à proximité d'un captage d'eau et c'est de la bonne terre », confirme Pascal Jullien. « Ce sont des espèces gélives donc elles ont aussi profité de l'automne particulièrement doux », ajoute Audrey Tabone. Toute la difficulté des Cive relève de leur insertion entre deux cultures alimentaires obligeant souvent à récolter précocement. Si les Cive d'été marchent bien, les mélanges de Cive d'hiver, à base de légumineuses poseraient actuellement plus de questions. D'autres essais devraient être menés.
Puisque le méthaniseur n'est pas encore construit, Pascal Jullien a utilisé une partie des Cive en fourrage pour les animaux. Le reste sera broyé. « Il faut éviter une mise en concurrence des cultures donc s'il y a un besoin en fourrage, on y répond et le reste sera valorisé en Cive », explique Jean-Paul Sauzet, conseiller énergie et climat à la chambre d'agriculture de l'Isère. Mais une autre concurrence se fait dans le méthaniseur : les Cive ont un potentiel méthanogène presque quatre fois plus élevé, à tonnage équivalent, que les effluents d'élevage. Ces cultures présentent aussi l'avantage de demander peu d'azote et de couvrir le sol entre deux cultures. Elles permettent, en sus du gaz, d'obtenir du digestat à la sortie du méthaniseur, pour épandre. Ce produit est encore au stade de l'expérimentation. « Des tests de digestat sont menés depuis quelques années seulement, c'est difficile d'avoir un recul sur l'impact du sol », explique Jean-Paul Sauzet.

Equilibre économique

Selon le décret entré en vigueur en janvier 2017, seulement 15% du tonnage brut total des intrants par année civile peut être valorisé en unités de méthanisation dans les cultures principales. «Les cultures intermédiaires, elles, ne sont pas limitées », détaille le conseiller. Il faut tout de même surveiller les coûts de production. « Il faut être cohérent dans sa démarche. Si c'est pour irriguer et ajouter de l'azote, il faut pouvoir le justifier dans une démarche énergétique et écologique », explique-t-il.
Si le débouché est clair, à savoir fournir le méthaniseur, il faut quand même réfléchir l'aval. Selon une étude menée par GRDF, l'Ademe et GRTgaz, il devrait y avoir un mix de gaz 100% renouvelable dans les réseaux urbains en 2050. Cet avenir est loin d'être utopique en termes de production, mais le prix en revanche... «Il faut réfléchir au prix de la matière brute livrée car entre les coûts de transport, de machinisme, d'azote...ça monte vite. Jusqu'à 10-12 kilomètres pour les cultures ensilées, c'est encore intéressant mais au-delà c'est coûteux », confirme le conseiller énergie-climat.

 

Virginie Montmartin