Charnècles
Les fruits rouges, un marché porteur de l'agriculture biologique
BIO/ Une journée technico-économique sur les fruits rouges a été organisée par Corabio, début avril, à Charnècles, près de Voiron. L'occasion pour les producteurs de faire le point sur la situation de leur filière et d'aborder des questions plus techniques, par le biais notamment de témoignages.
Selon Corabio (coordination Rhône-Alpes de l'agriculture biologique), le marché du bio est en développement de 10% par an. Les fruits rouges n'échappent pas à la tendance, d'autant plus que de nombreuses entreprises de transformation de fruits biologiques sont à la recherche d'approvisionnements régionaux. Une journée technico-économique sur les fruits rouges biologiques était donc organisée par cet organisme, mercredi 7 avril, à Charnècles, près de Voiron. Le but : échanger sur le marché, les techniques, et les expériences. Au total, une trentaine de producteurs, venus de toute la région Rhône-Alpes, avait répondu à l'appel.
Une forte dynamique de conversion régionale
« Rhône-Alpes est la première région française fruitière, avec 23% de la production. Et aujourd'hui, 6,4 % des surfaces fruitières françaises sont cultivées en bio », annonce en premier lieu Sylvaine Lartigaut, d'Appui bio (association pour le partenariat et l'unité interprofessionnelle bio). Un chiffre en progression chaque année, qui démontre l'intérêt grandissant des producteurs pour ce type de production. « Le marché des produits biologiques est évalué à trois milliards d'euros et a progressé de 25% par rapport à 2007, complète-t-elle. Les fruits et légumes bio représentent plus de 17% du marché alimentaire bio. Et ce sont les premiers produits auxquels s'intéressent les consommateurs ».
En Rhône-Alpes, la dynamique de conversion est assez importante : au total, selon Corabio, 639 hectares sur 2 850 sont en conversion. Quant aux fruits rouges, ils représentent 108 hectares, dont 43 % des surfaces se situent en Ardèche.
Ces derniers, en particulier les fraises, doivent faire face à une demande grandissante. « En agriculture conventionnelle, 110 000 tonnes de fraises sont consommées, en moyenne, chaque année en France. Et seul un tiers d'entre elles est produit en France. En Rhône-Alpes, cette culture représente 14% des surfaces. Quant à la production de framboises, notre région se positionne en leader », précise la chargée de développement bio.
Une demande locale en augmentation
Troisième producteur européen de cassis, quatrième pour la framboise et sixième pour la groseille... La France importe pourtant 65% des fruits et légumes bio. « Pour les agrumes et les bananes, c'est inévitable. Mais, il faut savoir qu'en fruits rouges bio, chez nous, on trouve de tout : que ce soit en frais ou en produits transformés. Le bio permet de se différencier, notamment en grandes et moyennes surfaces », constate-t-elle.
Et la demande des principaux metteurs en marché et transformateurs va dans ce sens en s'orientant de plus en plus vers un approvisionnement local. « Cette volonté est de plus en plus marquée. Certains en font même un argument de vente, puisque cela est mentionné sur l'emballage », assure Sylvaine Lartigaut.
Autre débouché évoqué pour écouler les productions : celui de la restauration hors domicile. Les fruits et légumes bio font partie des produits les plus introduits en restauration collective. Les demandes en fruits bio sont en forte expansion avec 96% d'augmentation entre 2005 et 2008.
Lucile Ageron
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« La maîtrise technique est primordiale en bio »
TEMOIGNAGE/ Lors de la journée technico-économique sur les fruits rouges biologiques organisée par Corabio, Dominique Roybon, producteur à Renage en conversion bio, a fait part de son expérience.
C'est en 1983 que Dominique Roybon s'installe en tant qu'agriculteur. « J'ai pris la suite de l'exploitation familiale, en commençant à faire de l'élevage. En 1989, je suis passé à la production fruitière car un réseau d'irrigation collectif a été créé sur le plateau. Rapidement, je me suis lancé dans la production intégrée* », raconte-t-il. Fraises remontantes et de printemps, cerises, pêches, framboises, cassis, groseilles, pommes et noyers sont ses principales productions. Il continue alors à se former, apprend à connaître les maladies, les insectes, à les piéger et comment intervenir. « Mais, il y a quelques années, je n'avais pas trop envie de me convertir à l'agriculture biologique, car lorsque je faisais des essais techniques, parfois, je me prenais des claques », précise-t-il.
Une conversion étape par étape
Finalement, il saute le pas en 2009 : « C'était la suite logique de la production intégrée. Puis le marché évolue et les clients le demandent ». La première production à passer en bio est celle des noix. Suivie des framboises, cassis et groseilles. « Je suis ensuite passé aux pêchers. Mais la conversion a été plus difficile que prévu, car je n'ai quasiment rien récolté suite à quelques problèmes techniques », confie-t-il. Pour autant, il continue la démarche. Objectif suivant : les fraises. « Ensuite, il restera les pommes et les cerises. Mais, pour cette dernière production, je suis un peu sceptique à cause du problème de la mouche de la cerise. Un technicien m'a dit qu'en bio, il n'y avait pas de moyen de lutte et que des filets ne seraient pas forcément efficaces sur de vieilles plantations, détaille l'exploitant. Quant aux pommes, il faudra être sûr de bien maîtriser la tavelure, d'autant que certaines de mes variétés y sont sensibles. Je pense passer en bio en 2012, voire 2013 pour ce fruit ».
Difficile de définir un prix
Sa production est commercialisée principalement en vente directe, sans transformation, « et je suis également présent sur des marchés grenoblois, ainsi que dans quelques supermarchés. Un ou deux primeurs se fournissent chez moi au cours de l'année et j'ouvre au public pour la récolte des fraises », précise-t-il.
Pour cet agriculteur, la conversion en bio n'a pas eu d'impacts sur les rendements « et ne nécessite pas forcément du temps de personnel supplémentaire. Je pense que la maîtrise technique est primordiale. Il faut être encore plus exigeant : quand il faut faire une intervention, il faut la faire tout de suite. Sinon, les conséquences peuvent être terribles ». Financièrement, il avoue « que définir les prix a toujours été un souci. J'ai des collègues qui affichent facilement un prix plus élevé en bio qu'en conventionnel, et ça se passe bien. Mais, j'ai du mal à le faire ».
LA
*Production intégrée : dans ce type de production, selon l'organisation internationale de lutte biologique et intégrée, l'objectif est de minimiser l'utilisation des pesticides, afin d'améliorer la protection de l'environnement et la santé humaine.
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Une forte dynamique de conversion régionale
« Rhône-Alpes est la première région française fruitière, avec 23% de la production. Et aujourd'hui, 6,4 % des surfaces fruitières françaises sont cultivées en bio », annonce en premier lieu Sylvaine Lartigaut, d'Appui bio (association pour le partenariat et l'unité interprofessionnelle bio). Un chiffre en progression chaque année, qui démontre l'intérêt grandissant des producteurs pour ce type de production. « Le marché des produits biologiques est évalué à trois milliards d'euros et a progressé de 25% par rapport à 2007, complète-t-elle. Les fruits et légumes bio représentent plus de 17% du marché alimentaire bio. Et ce sont les premiers produits auxquels s'intéressent les consommateurs ».
En Rhône-Alpes, la dynamique de conversion est assez importante : au total, selon Corabio, 639 hectares sur 2 850 sont en conversion. Quant aux fruits rouges, ils représentent 108 hectares, dont 43 % des surfaces se situent en Ardèche.
Ces derniers, en particulier les fraises, doivent faire face à une demande grandissante. « En agriculture conventionnelle, 110 000 tonnes de fraises sont consommées, en moyenne, chaque année en France. Et seul un tiers d'entre elles est produit en France. En Rhône-Alpes, cette culture représente 14% des surfaces. Quant à la production de framboises, notre région se positionne en leader », précise la chargée de développement bio.
Une demande locale en augmentation
Troisième producteur européen de cassis, quatrième pour la framboise et sixième pour la groseille... La France importe pourtant 65% des fruits et légumes bio. « Pour les agrumes et les bananes, c'est inévitable. Mais, il faut savoir qu'en fruits rouges bio, chez nous, on trouve de tout : que ce soit en frais ou en produits transformés. Le bio permet de se différencier, notamment en grandes et moyennes surfaces », constate-t-elle.
Et la demande des principaux metteurs en marché et transformateurs va dans ce sens en s'orientant de plus en plus vers un approvisionnement local. « Cette volonté est de plus en plus marquée. Certains en font même un argument de vente, puisque cela est mentionné sur l'emballage », assure Sylvaine Lartigaut.
Autre débouché évoqué pour écouler les productions : celui de la restauration hors domicile. Les fruits et légumes bio font partie des produits les plus introduits en restauration collective. Les demandes en fruits bio sont en forte expansion avec 96% d'augmentation entre 2005 et 2008.
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C'est en 1983 que Dominique Roybon s'installe en tant qu'agriculteur. « J'ai pris la suite de l'exploitation familiale, en commençant à faire de l'élevage. En 1989, je suis passé à la production fruitière car un réseau d'irrigation collectif a été créé sur le plateau. Rapidement, je me suis lancé dans la production intégrée* », raconte-t-il. Fraises remontantes et de printemps, cerises, pêches, framboises, cassis, groseilles, pommes et noyers sont ses principales productions. Il continue alors à se former, apprend à connaître les maladies, les insectes, à les piéger et comment intervenir. « Mais, il y a quelques années, je n'avais pas trop envie de me convertir à l'agriculture biologique, car lorsque je faisais des essais techniques, parfois, je me prenais des claques », précise-t-il.
Une conversion étape par étape
Finalement, il saute le pas en 2009 : « C'était la suite logique de la production intégrée. Puis le marché évolue et les clients le demandent ». La première production à passer en bio est celle des noix. Suivie des framboises, cassis et groseilles. « Je suis ensuite passé aux pêchers. Mais la conversion a été plus difficile que prévu, car je n'ai quasiment rien récolté suite à quelques problèmes techniques », confie-t-il. Pour autant, il continue la démarche. Objectif suivant : les fraises. « Ensuite, il restera les pommes et les cerises. Mais, pour cette dernière production, je suis un peu sceptique à cause du problème de la mouche de la cerise. Un technicien m'a dit qu'en bio, il n'y avait pas de moyen de lutte et que des filets ne seraient pas forcément efficaces sur de vieilles plantations, détaille l'exploitant. Quant aux pommes, il faudra être sûr de bien maîtriser la tavelure, d'autant que certaines de mes variétés y sont sensibles. Je pense passer en bio en 2012, voire 2013 pour ce fruit ».
Difficile de définir un prix
Sa production est commercialisée principalement en vente directe, sans transformation, « et je suis également présent sur des marchés grenoblois, ainsi que dans quelques supermarchés. Un ou deux primeurs se fournissent chez moi au cours de l'année et j'ouvre au public pour la récolte des fraises », précise-t-il.
Pour cet agriculteur, la conversion en bio n'a pas eu d'impacts sur les rendements « et ne nécessite pas forcément du temps de personnel supplémentaire. Je pense que la maîtrise technique est primordiale. Il faut être encore plus exigeant : quand il faut faire une intervention, il faut la faire tout de suite. Sinon, les conséquences peuvent être terribles ». Financièrement, il avoue « que définir les prix a toujours été un souci. J'ai des collègues qui affichent facilement un prix plus élevé en bio qu'en conventionnel, et ça se passe bien. Mais, j'ai du mal à le faire ».
*Production intégrée : dans ce type de production, selon l'organisation internationale de lutte biologique et intégrée, l'objectif est de minimiser l'utilisation des pesticides, afin d'améliorer la protection de l'environnement et la santé humaine.
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