Les jeunes de l'Ecole de la deuxième chance découvrent le milieu équestre
A priori, rien ne les destinaient à cette rencontre. L'environnement des jeunes admis à l'Ecole de la deuxième chance(1) (E2C) se rapproche davantage du béton que de la verdure, et le contact avec les animaux est plutôt rare.
Mais justement, l'ensemble du travail réalisé grâce au partenariat entre cette école et l'association Isère cheval vert va à l'encontre des a priori et des idées reçues.
Ils ont entre 18 et 25 ans. Ils ont quitté le système scolaire sans diplôme ni qualification. Ils sont décrocheurs ou à la limite du handicap et ils ont intégré l'Ecole de la deuxième chance, une école qui apparaît comme un tremplin pour accéder à l'emploi ou à une formation qualifiante.
« Durant leurs six à huit mois de formation à l'E2C, ils profitent d'une remise à niveau dans les matières de base, de stages en milieu professionnel, tous secteurs confondus, et d'une participation à différentes activités pédagogiques telles que du sport ou des sorties culturelles », explique Madjid Boubaaya, directeur adjoint de l'école.

Le cheval, comme outil et allié
Depuis deux ans que l'école entretient un lien étroit avec Isère Cheval vert, des journées de découverte de l'animal, de la filière et de ses métiers (palefrenier, maréchal-ferrant, animateur poney, bourrelier...) sont organisées dans différents centres équestres du département.
Ce printemps, les jeunes (une majorité de jeunes filles) de l'E2C de Voiron ont visité le centre équestre La cavalcade à Saint-Vérand, ceux de Vienne sont allés à la ferme équestre Les chevaliers à Penol et ceux de Grenoble se sont rendus à Chichilianne à la ferme équestre des quatre chemins.
Car, pour ces jeunes qui sont parfois en manque de repères et de cadre, qui ont parfois des savoir-être éloignés des pré-requis nécessaires pour une insertion sociale et professionnelle durable, il est apparu intéressant d'intégrer le cheval dans le cursus de l'E2C.
Le milieu équestre, avec comme outil et allié le cheval, constitue un médiateur pour des jeunes à la recherche de cadres et de règles qui leur permettront de reprendre confiance en eux et en leurs capacités.
Un travail épuisant
« On ne se rend pas compte de tout ce que l'on peut faire avec les chevaux », indique Marie-Noëlle Ode, chargée de mission à Isère cheval vert.
Le cheval n'a pas de préjugés par rapport à l'individu mais, en revanche, il impose ses règles et répond toujours à une situation donnée.
La rencontre avec l'animal doit permettre au jeune d'instaurer un mode de communication adaptée et de le modifier en fonction des situations dans lesquelles il va se retrouver.
« L'idée est de créer, entre le cheval et le jeune, une relation de confiance et de respect. Cela prend du temps. Cela passe par une étape de soin de l'animal puis par une phase de connexion. Le cheval pèse 500 kilos. C'est un animal impressionnant. Quant on arrive à lui demander quelque chose et qu'il est dans l'acceptation, cela donne satisfaction et confiance. Mais c'est un travail épuisant », estime la chargée de mission.
Tristan et Yossri qui ont passé une journée au centre équestre de Penol en témoignent : « nous ne pensions pas que ça nous amènerait autant d'émotions ».
« Avec les chevaux, naturellement, les jeunes ne font pas n'importe quoi, les consignes sont respectées. Il n'y a pas besoin de recadrage. L'objectif est qu'ils transposent cette façon de se comporter avec les autres », souligne Madjid Boubaaya.
Leçon de vie
Après plusieurs de ces journées, les différents intervenants témoignent d'un même ressenti. Même si l'initiative ne semble pas gagnée au début, les résultats sont « impressionnants ».
« Quand j'ai vu arriver ces jeunes, plutôt citadins, branchés sur leur smartphone, avec une tenue pas des plus adaptée à une journée en centre équestre, je me suis dit que les chevaux allaient difficilement les intéresser. En fait, j'ai été bluffée par leur attitude, leur implication et leur curiosité. Ils ont fait tomber mes préjugés en moins d'une heure. Je l'ai vécu comme une leçon de vie », rapporte Marie-Noëlle Ode.
Selon Madjid Boubaaya aussi, « ces journées payent. Je reconnais qu'en début de journée, c'est souvent assez difficile, mais à la fin, les jeunes ne veulent plus partir ».
Pour l'instant, les dirigeants de l'Ecole de la deuxième chance ne misent pas forcément sur des embauches, mais si ces journées peuvent susciter des vocations dans ce secteur encore confidentiel ou des envies de stages ou de formations, ce serait un vrai bénéfice.
(1) En Isère, l'Ecole de la deuxième chance dispose de trois lieux de formation à Vienne, Voiron et Grenoble.
(2) Isère cheval vert est l'association en charge du développement durable de la filière cheval dans le département, et d'un projet « cheval et insertion sociale ».
Isabelle Brenguier
TémoignageTravailler avec un cheval, c'est un travail sur soiA la Ferme des quatre chemins, à Chichilianne, l'accueil fait partie du quotidien.« La mixité et la possibilité pour des personnes de différents horizons de se rencontrer font d'ailleurs partie de notre projet pédagogique », affirme Berthie Jay, monitrice, animatrice et fille des propriétaires de cette entreprise familiale.« Nous avons la chance d'habiter à la montagne, d'avoir un cadre de vie agréable et serein. Nous savons que le contact avec les animaux apporte beaucoup et nous aimons le partager. Cela peut aider des urbains à renouer avec le monde rural et permettre à des jeunes en rupture de rompre avec un quotidien difficile. Après, les chevaux font le reste du boulot », explique la jeune femme.Miroir de nos émotionsQuand les jeunes de l'Ecole de la deuxième chance de Grenoble sont venus, ils ont pratiqué l'équitation éthologique, c'est-à-dire la prise en compte du comportement et de la nature du cheval pour mieux communiquer avec lui.Après une visite de l'exploitation, les jeunes ont réalisé, au fil de la journée, différents exercices pour travailler sur la confiance et le respect. « Il faut être très concentré et canaliser son énergie. C'est un vrai travail sur soi, car le cheval est comme un « miroir de nos émotions ». Il nous renvoie à ce qu'on est, à ce qu'on fait », soutient Berthie Jay. « Certains jeunes ont été très marqués par cette expérience. Au début, ils avaient peur. Ils ont du faire preuve de courage et, au final, ils étaient très contents d'avoir franchi le pas. Ils avaient les larmes aux yeux ! »IB


