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murianette internet

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En ces temps de tournoi de Roland Garros, c'est à un vrai échange de balles auquel on a assisté vendredi dernier lorsque les Murianettois sont venus s'opposer à l'arrêté préfectoral de réquisition de trois hectares supplémentaires dans la zone maraîchère pour accueillir les gens du voyage. « Nous n'avons rien contre les gens du voyage, précise Elisabeth Perrot, porte-parole de l'association de défense des agricuteurs et des terres de Gières, Murianette et Domène. Nous les avons rencontrés et nous avons dialogué avec eux. Mais la Métropole nous a «vendu» à la préfecture pour installer cette aire temporaire, sans concertation avec les élus locaux. Une intercommunalité ne doit pas fonctionner comme cela. L'aire devrait accueillir 300 caravanes, soit plus de 1 000 personnes, alors que le village compte 900 habitants. Que diriez-vous si on vous disait que pendant une semaine, votre commune va doubler de population ? Et nous en avons assez, que chaque fois que les collectivités ont besoin de place, elles se retournent systématiquement vers le foncier agricole exploité. » La jeune femme n'était pas venue seule : une quinzaine de tracteurs, autant de voitures, environ 70 personnes de toutes classes sociales et métiers avaient répondu à l'appel urgent à manifester lancé la veille par l'association. Contactée, la FDSEA de l'Isère s'est associée au mouvement et son président, Pascal Denolly, a assisté aux échanges qui ont eu lieu après « la prise de Verdun » (la place située devant la préfecture de Grenoble) vers 15 heures.

  

  
Mme Coste de Champeron, secrétaire générale adjointe de la préfecture, a reçu une délégation après l'installation du cortège devant les bâtiments de l'Etat. Un peu moins de trois quarts d'heure après, large sourire d'Elisabeth Perrot au sortir de la réunion. « La préfecture s'engage à retirer l'arrêté, s'enthousiasme-t-elle, et attend une proposition de remplacement de la part de la Métro. » Les manifestants, laissant leurs véhicules sur la place de Verdun, ont donc convergé vers le siège de la Métrople situé non loin de là. C'est Françoise Cloteau, vice-présidente de l'intercommunalité, en charge du dossier des gens du voyage qui a reçu la délégation à la place du président Christophe Ferrari, absent. Les échanges ont visiblement été plus tendus si l'on en juge par les attitudes sèches des différents protagonistes à la fin de la réunion. « Il faut trouver un terrain qui fasse consensus au niveau de la métropole », rapporte Lucie Grillo, maire de Murianette. La réponse est venue de Mme Cloteau pour la communauté de communes : « Nous avons une obligation de proposer une terrain de grand passage pour 200 caravanes, explique-t-elle. Un projet a été voté et la déclaration d'utilité publique est en cours d'instruction dans le secteur de Saint-Egrève/Le Fontanil-Cornillon sur lequel nous ne reviendrons pas, puisque nous avons un accord des communes concernées. Mais cette aire ne sera disponible qu'à l'été 2018. Nous n'avons pas d'autres projets dans l'agglomération. Dans ce dossier, nous n'avons fait que répondre à une injonction de la préfecture de proposer une solution pour cette année. Comme nous n'avons pas de solution, le préfet est passé par la voie de la réquisition, qui relève de son pouvoir, pas du nôtre. » Sauf que selon les Murianettois, les terrains situés sur la commune « avaient été fléchés par le président Ferrari comme solution temporaire alors que plusieurs solutions existaient ». Françoise Cloteau a expliqué que le choix d'un terrain est compliqué dans l'agglomération en raison de nombreux risques (éboulements, inondations, chimiques) qui pèsent sur de multiples secteurs.
« Il y a eu un énorme défaut de dialogue, estime Pascal Denolly, témoin des échanges. Trop de choses ont filtré qui validaient qu'il y allait avoir quelque chose à Murianette. Il y a eu beaucoup de maladresses. La préfecture a voulu comblé un manque. L'essentiel est que l'aire de Saint-Egrève est acquise. »
Au final, la préfecture s'engageant à ne pas appliquer l'arrêté, la Métropole n'étant pas maître d'oeuvre et ne faisant qu'obéir à des injonctions, le dossier n'a pas complètement abouti. « Cette année encore ce problème ne sera pas réglé et encadré par l'Administration, confie une source proche des sphères de décision préfectorale, et nous assisterons épisodiquement à des occupations illégales de terrain. » Quoiqu'il en soit, très méfiants par rapport aux agissements de la Métro, les habitants de Murianette restent toujours sur leur garde.

Jean-Marc Emprin

Absent dans l'après-midi, le président de Grenoble Alpes métropole, Christophe Ferrari, a réagi aux événements dans la soirée.
« La problématique de la création d'une aire de grand passage se pose dans notre agglomération depuis de nombreuses années, indique-t-il (...)
un projet sérieux a pu être élaboré avec le soutien des maires concernés, (...) sur le site dit « du Pont Barrage » situé dans les communes du Fontanil-Cornillon et de Saint-Egrève ». Ce projet ne pouvant aboutir rapidement, « la Métropole, a examiné, avec la préfecture de l'Isère, diverses hypothèses de création d'aire temporaire (...) Cet examen a confirmé que seul le site dit « du pont Barrage » s'avère adapté à l'implantation d'une telle aire. En toute logique, la Métropole n'a donc pas entrepris la création d'une aire provisoire, à Murianette ou ailleurs. En dépit de cette analyse, la préfecture de l'Isère a fait le choix, de manière unilatérale, de procéder à une réquisition le 13 mai dernier (...) Après avoir participé à envenimer une situation complexe, mais aussi et surtout, avoir ensuite tenté d'en faire porter la responsabilité à la Métropole, la préfecture semble désormais réaliser son erreur (...) j'appelle les services de l'Etat à confirmer au plus tôt l'abandon de la réquisition du terrain situé dans la commune de Murianette (...) »