"On peut faire évoluer les choses"
A Chapareillan, une trentaine de viticulteurs isérois font partie de l'AOC vins de Savoie. « Nous sommes les mal aimés de la Savoie, et les oubliés de l'Isère », plaisante Jean-Marc Portaz, viticulteur à Chapareillan, dont les 10 ha de vignes sont situés à moitié en Savoie et à moitié en Isère. « Nous sommes dans la plus grande commune viticole de l'Isère en nombre d'exploitants », poursuit-il.
Vigneron indépendant, il a l'engagement chevillé au corps. « Cette marque est reconnue par les consommateurs et fait la promotion des vignerons qui vendent leur vin dans leur cave. Jean-Marc Portaz travaille seul les vignes familiales plantées par son père dans les années 80, à l'époque du renouveau des vins de Savoie. Il produit de l'abyme et de l'apremont en AOC - cépage jacquère - et de la roussette de Savoie, ainsi que du rosé à base de persan et du crémant.
Une vendange belle, saine et précoce
Au pied du mont Granier, le terroir façonné par les éboulis argilo-calcaires donne aux vins leurs caractéristiques : une robe cristalline, légèrement perlants, minéraux avec une légère acidité pour les abymes qui se marient si bien avec le beaufort, plus fruité pour l'apremont qui accompagne les poissons comme l'omble chevalier ou sont servis en apéritifs. « La roussette est un vin un peu plus structuré, plus alcoolisé et plus rond en bouche », ajoute le vigneron.
Les vignes sont récoltées mécaniquement, excepté dans les coteaux, les bouts de rangs et les crémants ou le raisin est vendangé à la main. « En 2019, nous avons vendangé sur une période de 15 jours, c'est l'avantage de la machine, qui nous permet de récolter comme on veut, en fonction de la météo et d'attendre que les parcelles soient arrivées à maturité », commente Jean-Marc Portaz. La vendange 2020 s'annonce belle, saine et précoce. « Le problème, c'est la canicule avec des coups de soleil sur certaines parcelles. On risque d'avoir une récolte plus faible que prévu. » Un phénomène qui peut faire écho aux préconisations de l'AOC de Savoie de baisser les rendements en 2020. En effet, la crise du Covid 19 a laissé aux vignerons de nombreux stocks de vin qu'il convient d'écouler pour laisser la place à la cuvée 2020. « J'ai beaucoup de 2019 en cave, confirme le vigneron de Chapareillan. Le marché de la restauration s'est arrêté et j'ai beaucoup d'inquiétudes pour la saison d'hiver en station, ce qui représente mes plus grosses ventes avec les grandes surfaces. »
Une qualité reconnue
Cette année, le vignoble de Jean-Marc Portaz a obtenu la certification HVE (pour haute qualité environnementale ou niveau 3 de la certification). Il est engagé dans cette démarche avec une douzaine de viticulteurs du cru. Ils sont accompagnés par l'ex-coopérative Dauphinoise devenue Oxyane. « Cela fait longtemps que je suis dans une démarche de réduction des traitements. Cela coûte cher et il y a une pression sociétale, donc on évolue. Mais il ne faut pas oublier que les premiers concernés, c'est nous ». Le plus compliqué, reconnaît-il, ce sont les formalités administratives.
La qualité des vins de Jean-Marc Portaz a été reconnue à plusieurs reprises, lors des concours qu'il a l'habitude de fréquenter : le concours général de Paris, Mâcon - annulé cette année -, ou encore le concours des vins de l'Isère qui se déroulera à l'automne. « Le guide Hachette est aussi un bon fil de communication, il apporte beaucoup », commente le viticulteur. Dans ce précieux sésame pour la vente directe, c'est surtout l'abyme qui est mise en avant, pour son côté local, typique et aromatique.
Isabelle Doucet
MSA / Pour Jean-Marc Portaz, l'investissement dans les institutions est une condition du fonctionnement démocratique.Un habitué des instances
« C'est la première fois que je me présente comme délégué MSA », explique Jean-Marc Portaz. Mais l'homme est un habitué des instances. Il a été président de caisse locale Casra, conseiller municipal, élu communautaire, élu à la chambre d'agriculture et conseiller prud'homal. « C'est prenant, assure-t-il. Au début, on cherche du temps pour son mandat puis il faut en trouver pour faire tourner son exploitation. Mais c'est une aventure humaine. On apprend beaucoup de choses. Et si on ne s'investit pas, la démocratie ne fonctionne pas. On est venu me solliciter. J'ai réfléchi et j'ai accepté. » Il ajoute : « En étant présent, on peut faire évoluer les choses, même si elles évoluent lentement. » A la MSA, il veut découvrir « l'autre face du miroir ». Il se dit séduit par le programme défendu par la FDSEA et Thierry Blanchet « pour remettre la MSA au cœur des territoires, et recréer du lien humain, parce que la digitalisation ne fait pas tout et complique parfois la tâche. »Le viticulteur défend ce système « exceptionnel, qui simplifie la vie des agriculteurs et des salariés agricoles ». Pour lui, la crise du Covid a fini de démontrer que seule la gestion comptable d'une institution ne suffit pas et que la vision de la Cour des comptes ne s'intéresse pas aux enjeux de territoires. Il sait que les dossiers en attente sont nombreux, notamment celui de l'allègement des charges en raison de la crise sanitaire, mais aussi l'emploi, la revalorisation du métier ou la mise en place du document unique.ID