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Comité de territoire

Paturin veut mobiliser sur le foncier

Accueillie par le lycée agricole Vallon Bonnevaux à Saint-Jean-de-Bournay, l'assemblée générale de Paturin a longuement abordé la question du foncier, vue sous l'angle de l'engagement réciproque des élus et des agriculteurs.
Paturin veut mobiliser sur le foncier

Avec ses 24 adhérents, le comité de territoire Paturin ne peine pas seulement à mobiliser les agriculteurs. Il a également du mal à se faire entendre des élus locaux. Ce n'est pas faute d'avoir lancé des initiatives, comme la charte du bien vivre ensemble ou ces rencontres au cœur des fermes qui permettent de « montrer les différentes facettes du métier que les élus et les habitants n'appréhendent pas forcément », a rappelé Roland Seigle, lors de l'assemblée générale de Paturin le 30 janvier. Il est pourtant un domaine où le partenariat avec les élus est vital : c'est le foncier, « question centrale de notre territoire, notamment au niveau de la Capi », insiste le président de Paturin. André Coppard, céréalier à Saint-Savin élu à la chambre d'agriculture, estime que les agriculteurs aussi « doivent jouer le jeu » de leur côté. « Si la Capi sent qu'il n'y a pas beaucoup de dynamisme du côté agricole, l'intérêt pour le foncier va s'estomper, analyse-t-il. Sur la zone, d'importantes surfaces sont en jeu. Il faut un outil de protection à long terme pour que des jeunes puissent s'installer. Nous devons faire entendre aux élus qu'ils ne peuvent tenir un double discours, parlant de protection du foncier d'un côté et faisant valoir de l'autre la réserve foncière importante de la Capi pour favoriser le développement du pôle logistique. »

S'investir en amont

Ironie du sort : le président de la Capi entre dans la salle au moment où André Coppard achève sa phrase... « Vous arrivez juste à temps ! » lui lance l'agriculteur. Jean Papadopulo, par ailleurs maire de Four, reconnaît que le manque d'interlocuteur pose souvent problème : « Nous proposons des choses, mais si nous n'avons pas de représentant légitime de la profession agricole auprès de nous, la discussion ne peut pas s'instaurer. La vie avance, et elle avance vite. Nous, collectivités, nous avons une loi qui tombe tous les 15 jours. Si nous n'avons personne en face de nous, nous prenons des décisions et les gens ne sont pas contents. Pour dépasser ça, il faut s'investir en amont. » Aux agriculteurs qui, dans la salle, expliquent qu'ils aimeraient bien, mais n'ont pas le temps, Roland Seigle rétorque en développant le propos de Jean Papadopulo : « Le monde qui gravite autour de nous ne s'arrête pas. Il ne va pas nous attendre. Aujourd'hui, nous travaillons sous pression, mais nous ne sommes pas les seuls ! Il faut participer à ce qui se dit. Après, c'est trop tard. »
Guy Gerin, exploitant à la retraite et maire de Lieudieu, fait alors remarquer que les agriculteurs, même s'ils veulent s'investir, ont toujours l'impression d'avoir un temps de retard sur les dossiers : « Quand le projet est présenté autour d'une table, tout est déjà ficelé... » L'observation fait mouche. Qui n'a pas déjà éprouvé le désagréable sentiment d'arriver après une bataille qui n'a même pas eu lieu ? Le président de la Capi convient que cela peut arriver, mais explique que les élus ne peuvent pas aller chercher toutes les parties prenantes « par la main ». « On est tous dans la tourmente et pris par 36 sujets. Mais si vous n'y allez pas, les choses vont s'imposer à vous, insiste-t-il. Si vous ne vous adaptez pas, vous êtes morts ! Vous êtes en difficulté, mais venez avec nous et réfléchissons ensemble pour trouver des solutions, des compensations. J'incite notamment les jeunes à venir participer. » Un éleveur de Royas souligne un frein majeur du côté des horaires, expliquant qu'il est difficile pour un agriculteur qui est « à la fois éleveur, technicien et comptable », d'assister à des réunions se tenant à des heures de bureau. Un obstacle qui pourrait être levé avec « la création d'une petite cellule d'agriculteurs fonctionnant en réseau », a suggéré Marie-Claude Pichat, présidente du LEAP Vallon Bonnevaux qui accueillait l'AG de Paturin. Reste à établir la connexion.

Marianne Boilève