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Sylviculture

Prendre le problème à la racine

Les résineux se concurrencent dans le sol et pas par le houppier. C'est de cette base que part une méthode pour gérer les parcelles en futaie irrégulière.
Prendre le problème à la racine

Bousculer les habitudes, c'est un peu ce qu'a cherché à faire l'association forestière Beaumont Trièves Matheysine (AFTBM) présidée par Patrick Chion, lorsqu'elle a fait intervenir une personne comme Gérard Claudet, lors d'une rencontre forestière à Saint-Martin-de-Clelles le 17 juillet. Passionné de gestion forestière, ce retraité a élaboré une méthode de gestion d'une forêt de résineux basée sur la mesure de la vitalité des arbres d'une parcelle.

Mesurer la croissance

« Si une futaie de feuillus se jauge à l'œil au regard de l'accroissement des houppiers, il n'en est pas de même des résineux pour lesquels il faut tenir compte de l'accroissement des racines, car c'est là qu'il y aura une concurrence », explique-t-il avec certitude. Il faut donc effectuer une photographie d'une parcelle à un moment T, en mesurant les diamètres de tous les résineux présents supérieurs à 15 cm (en dessous, c'est la population de renouvellement que l'on ne prend en compte que lorsqu'elle atteint cette taille). Puis tous les ans, on mesure l'accroissement du diamètre de ces mêmes arbres. Objectifs : gérer et assurer un bon étagement des diamètres (donc des âges) des plants présents et ne conserver que ceux qui se développent le plus rapidement, sachant que l'on est en forêt et donc sur des échelles de temps de 150 ans. « Les résineux commencent par fabriquer leur pivot, ce n'est que dans la deuxième partie de leur vie qu'ils commencent à renforcer leurs charpentières dans le sol. Elles s'étalent autant que la hauteur de l'arbre, il peut donc y avoir une sacrée concurrence sous terre. C'est ce que l'on cherche à mesurer par l'accroissement du diamètre de l'arbre. Ce sont les sujets bien implantés qu'il faut conserver. » Cependant une parcelle de résineux doit comporter 25% de feuillus en nombre, selon Gérard Claudet, bien répartis, qui permettront la régénération du peuplement. « Les feuillus apportent de l'humus par les feuilles qu'ils renouvèlent et de la lumière qui permet aux graines de germer », rappelle-t-il.

Horloge

La mesure des troncs prend, d'après lui, un jour par hectare et par opérateur. Le premier passage ne sert qu'à prendre date, le deuxième permet de voir la vitesse d'accroissement des différents sujets. Pour cela, il préconise de marquer directement l'arbre selon la méthode de l'horloge : un petit trait représente la petite aiguille et indique les dizaines. La grande aiguille donne les unités (3h30 = 36 cm de diamètre). Le marquage peut être un coup de griffe ou un coup de peinture. Le report des accroissements dans des tableaux permettra en deux ou trois passages de dresser une carte théorique et prévisionnelles de l'accroissement et donc de la production potentielle d'une parcelle. L'objectif pour Gérard Claudet étant d'avoir de gros arbres au moment de la coupe et de garder comme axe de visée un volume de 150 à 180m3/ha* pour l'ensemble de la parcelle. Ce chiffre permet d'obtenir une production annuelle durable de 5 à 7 m3/ha et invite à équilibrer les différents diamètres présents dans la parcelle.
La méthode ne convainc apparemment pas l'ONF, dont quelques membres présents lors de la rencontre de Saint-Martin-de-Clelles rejettent le temps passé au marquage. Ils avancent également le désintérêt des scieries pour les gros diamètres. « Mais ce sont les gros diamètres qui sont les plus rentables pour les propriétaires, donc qui les incitent à gérer. Les diamètres souhaités par les scieries n'encourageant aucun effort de la part des sylviculteurs car trop peu payés. On voit en Belledonne ce que cela peut donner : absence d'entretien ou coupes à blanc non replantées », répond Gérard Claudet. Les habitudes sont lourdes de conséquences et difficiles à bouger.

*Volume écorcé entrée scierie

Jean-Marc Emprin

Bon à savoir

Les résineux développent des pivots et des racines charpentières dans le sol en deux temps.
En futaie régulière, ce chevelu ne va pas forcément loin et provoque un mauvais ancrage au sol.
Les résineux en pépinières sont volontairement traumatisés pour forcer le chevelu, mais là aussi avec un mauvais ancrage à terme.
En futaie régulière, il est facile de savoir quel individu se développe plus vite, puisque les âges et les plantations sont identiques.
Il faut viser environ 270 tiges par hectare réparties entre 45 à 50 sujets en catégorie 15 cm pour aller progressivement vers une vingtaine de tiges de catégorie 60.