Sortir des logiques de facilité
« La première fois que j'ai entendu qu'on mettant mes vaches en cause, ça m'a carrément énervé. Pour moi, c'était encore une manière de démanteler l'élevage. Nos vaches, elles ont toujours existé. Alors pourquoi les rendre responsable du changement climatique ? » Depuis ce premier réflexe d'indignation, Didier Villard a beaucoup discuté, s'est interrogé, informé, ce qui l'a fait pas mal évoluer. Il raisonne désormais en tant que citoyen, habitant un territoire. « L'agricolo-agricole, ça ne fonctionne plus depuis longtemps, il faut savoir entendre la demande sociétale, explique cet éleveur laitier des Vals du Dauphiné (Isère), devenu délégué régional du Pôle biomasse énergies de Rhône-Alpes (1). Aujourd'hui la problématique se pose à l'échelle planétaire. Comment nous, agriculteurs, en devient-on acteurs ? »
Travail en réseau
Loin de faire acte de contrition, Didier Villard reconnaît que, pendant des années, le monde agricole s'est laissé tenté par « des logiques de facilité, très consommatrices d'énergie » : « Nous aussi, nous avons notre part de responsabilité : à partir du moment où on vit et où on travaille, on pollue. » Ou plus exactement, on émet des gaz à effet de serre, ces fameux GES dont l'accumulation accroît les risques environnementaux encourus par nos sociétés. Responsable de près d'un quart des émissions totales, l'agriculture est aussi source de solutions. « Il existe plusieurs entrées, estime l'éleveur. Nous pouvons déjà économiser l'énergie de nos tracteurs et de nos machines, en les réglant au mieux et en les utilisant différemment. De même pour nos maisons : quand on voit le fuel qu'on dépense pour se chauffer, alors qu'il y a des kilomètres de haies qui ne demandent qu'à être taillées et déchiquetées pour être valorisées en énergie ! » L'éleveur évoque également les unités de méthanisation que l'on voit fleurir un peu partout sur le territoire, et prochainement dans les Vals du Dauphiné. A ce titre, il insiste sur l'importance du travail en réseau, en lien avec les collectivités, les élus, les politiques : « Tout seul, on ne peut avoir une action qu'à l'échelle de son entreprise. Pour aller plus loin, il faut travailler dans la concertation, comme cela se fait par exemple dans les Territoires à énergie positive. » Des Tepos (2) auxquels appartiennent les Vals du Dauphiné et la communauté d'agglomération limitrophe, la Capi. A n'en pas douter, ces Tepos seront comptabilisés parmi les contributions nationales de la France dans le cadre de la COP 21. Mais Didier Villard prévient : « La conférence de Paris, c'est bien. Mais il ne faudrait pas que nous soyons les seuls à être bons élèves, ni que ce soit l'occasion de nous pondre un nouveau décret qui serait catastrophique pour notre quotidien. Il faut aussi que les Chinois s'y mettent... »
Marianne Boilève
(1) Réseau d'expertise sur l'énergie en agriculture.
(2) Un territoire à énergie positive vise l'objectif de réduire ses besoins d'énergie au maximum, par la sobriété et l'efficacité énergétiques, et de les couvrir par les énergies renouvelables locales.