Un maraîcher sur la station expérimentale de Jarcieu
Bonnet vissé sur la tête, polaire remontée jusqu'au menton, Jean Nivet a tout de « l'ingénieur de chez ST en RTT » partant pour une balade à vélo. Sauf que là, le vélo s'arrête Derrière la haie, une exploitation maraîchère de deux hectares en conversion bio à Jarcieu. Car Jean Nivet n'est plus ingénieur en informatique, il n'est plus cadre chez ST Microelectronics à Crolles. Depuis un peu plus d'un an, il est producteur de légumes en Isère, où la chambre d'agriculture, la communauté de communes du territoire de Beaurepaire et le comité technique de la Safer ont activement soutenu son dossier pour lui permettre de reprendre l'ancienne station expérimentale de Jarcieu. De sa vie passée, il lui reste le côté méthodique et organisé, sa rigueur d'ingénieur, sa passion pour les aspects techniques du métier. Sur sa parcelle, tout est nickel, propre, tiré au cordeau. Les cagettes, les blettes, les salades, les poireaux : tout le monde se tient à carreau.
Titulaire d'un BPREA option maraîchage obtenu en un an au CFPPA de Saint-Ismier, Jean Nivet n'a aucun regret pour son ancien métier. Le choix de la terre ? « C'est venu peu à peu, explique le néo-maraîcher, 38 ans au compteur. La technique, la science, ça m'a toujours plu, mais je ne voulais plus être ingénieur. Je recherchais du manuel, du technique, du contact... » Le retour sur les bancs de l'école ? Pas de problème : « Il fallait un niveau bac, j'avais bac + 5. J'ai suivi sans difficulté. La seule chose un peu compliquée, ça a été au niveau de l'organisation familiale. »

Après la formation au CFPPA, Jean a suivi plusieurs stages, chez des professionnels et à l'Atelier paysan, où il a appris à fabriquer ses propres outils pour travailler le sol, « culti-butte » et autres « culti-râteaux ». Quant à l'orientation bio, elle s'est faite d'elle-même. « Bio ou pas bio, il n'y a pas beaucoup de différence au niveau du travail, estime le jeune agriculteur. En revanche, il y a de la demande pour le bio et on peut vendre un peu plus cher. »


Auxiliaires
A le voir enfourcher son vieux Massey Ferguson, coiffé de son casque anti-bruit, on comprend vite le plaisir que Jean éprouve à travailler la terre. D'autant que les choses n'ont pas trop mal démarré. Alors que l'année 2014 a été catastrophique pour beaucoup de maraîchers, lui s'en est plutôt bien tiré. La chance du débutant sans doute, mais pas seulement. « Je m'attendais tellement à ce que ce soit pire, sourit l'ex-ingénieur. Je n'ai pas eu de mildiou, pas de mouche sur le poireau, très peu de pucerons... C'est l'avantage de reprendre derrière une prairie et d'avoir une haie de peuplier qui fonctionne comme une réserve d'auxiliaires. » Certes, il ne se paie pas encore. Et même s'il y a des tâches qui lui plaisent moins que d'autres, comme laver les carottes par moins 10 °C ou enlever les plastiques, il se dit que « ça fait partie du job ». Et que, désormais, ces contraintes-là, c'est lui qui les choisit.
Marianne Boilève
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