Un projet coopératif nourri par le terrain
La Dauphinoise est un beau navire. Une trentaine de filiales, plus de 1 200 collaborateurs et 5 500 adhérents actifs. Ça fait du monde. Et de gros volumes d'activité, répartis sur cinq départements : l'Isère, la Savoie, la Drôme, le Rhône et la Loire. Dans un tel contexte, comment la coopérative peut-elle entretenir une relation de proximité avec les agriculteurs qui constituent sa raison d'être ? La question fait sourire Jean-Yves Colomb. Pour le vice-président de La Dauphinoise, par ailleurs exploitant en grandes cultures orientées semences à Creys-Mépieu, « la coopérative est d'abord une aventure humaine ». Et qui dit aventure humaine, dit proximité et partage. CQFD. Au delà des mots, le lien de proximité se tisse au quotidien, avec les outils et les personnels mis à disposition des agriculteurs (collecte, conseillers techniques, travail à façon...). Il se lit dans les paysages, avec les silos ou les enseignes. Il est présent aussi dans la gouvernance de la coopérative elle-même.
Adéquation avec le terrain
A la barre du navire, bien sûr, le conseil d'administration, avec son bureau de 25 administrateurs qui s'appuient sur les travaux des comités de pilotage métiers pour établir la stratégie du groupe. Ces comités de pilotage ont des antennes dans tous les territoires : les onze comités de section. C'est là, au cœur de ces instances d'échange et de consultation, qu'émergent les « considérations pratico-pratiques », les idées, les besoins des agriculteurs qui remonteront ensuite aux comités de pilotage. On y débat de sujets locaux, très concrets (l'implantation d'un silo, l'organisation d'une collecte, les amplitudes d'ouverture d'un magasin...) qui animent la vie de la coopérative et celle des territoires, y compris les plus difficiles d'accès, mais on y suggère aussi des orientations stratégiques. Il y a peu, les adhérents bio du conseil de section Nord-Isère ont ainsi exprimé leur souhait de voir La dauphinoise créer une commission dédiée à la filière bio. Inversement, les projets nés dans les « hautes sphères » - une charte qualité par exemple - peuvent être soumis aux conseils de section pour vérifier qu'ils sont bien en adéquation avec les attentes du terrain. « C'est une organisation un peu lourde, un peu compliquée, mais c'est le prix à payer que prendre les décisions les plus abouties et réduire les possibilités d'erreur », explique Jean-Yves Colomb.
Les comités de section jouent également le rôle de vivier. La Dauphinoise y puise ses forces vives, elle y repère les jeunes pousses qui seront - peut-être - ses administrateurs demain. Ces « graines d'avenir » sont des jeunes exploitants, ouverts d'esprit, fidèles à la coopérative et reconnus par leurs pairs sur le plan technique et économique. A l'ère de l'individualisme triomphant, le recrutement de nouveaux administrateurs n'est-il pas ardu ? « Il y a vingt ou trente ans en arrière, être administrateur était une vraie reconnaissance sociale. Ça l'est moins aujourd'hui, convient Jean-Yves Colomb. Mais cela n'empêche pas de motiver les jeunes. Car être administrateur, cela permet d'évoluer, d'accéder au parcours de formation « Coop'pilote » (1), de côtoyer le monde de l'entreprise, de rencontrer d'autres coopérateurs, d'autres territoires... » En un mot, de s'ouvrir au monde.
(1) Ce parcours est destiné à professionnaliser le métier d'administrateur. Il livre les fondamentaux du métier (comptabilité, gestion, gouvernance, communication, marketing...)