Union sacrée devant la DDT pour dénoncer les retards dans le versement des aides Pac
Lundi matin, 25 agriculteurs ont mené une « action non-violente » dans les locaux de la direction départementale des territoires (DDT) à Grenoble pour dénoncer les retards de paiement des aides Pac. Regroupés sous les bannières jaunes de la Confédération paysanne et de la Coordination rurale, les manifestants ont exigé de rencontrer la directrice, Marie-Claire Bozonnet, pour lui demander des « solutions très rapides pour aider les fermes aujourd'hui en péril ».
Après une séance de tractations un peu tendue, la patronne de la DDT a fini par accepter de recevoir une délégation. Une heure plus tard, les représentants des deux syndicats sont ressortis, mi-chèvre mi-chou. « La directrice s'est engagée à transmettre nos revendications au préfet et au ministère, a déclaré un délégué de la Coordination rurale. Nous devrions avoir une réponse d'ici la semaine prochaine. Madame Bozonnet va également contacter les banques pour qu'elles prennent des décisions plus douces en faveur des agriculteurs qui sont dans le rouge. »
Dysfonctionnement de l'Etat
Ces annonces n'ont guère calmé la vindicte des manifestants. « Ils se cachent derrière des problèmes techniques, mais on ne peut pas l'entendre, s'emporte Julien Van Ee, de la Confédération paysanne. Nous exigeons des moyens techniques, humains et financiers pour que la DDT puisse traiter nos dossiers. Quand on nous demande de payer un truc au 1er septembre, nous, on paye. Si, au 30 juin, rien n'a bougé, on va continuer nos actions. On a d'autres moyens... » L'exaspération est tangible. De quelque bord qu'ils se revendiquent, militants et sympathisants se disent tous « bloqués » dans leur activité, soit par manque de visibilité, soit parce qu'ils ne peuvent plus honorer leurs échéances. Pour Gilles Arfi, éleveur à Trézanne, ces retards de paiement sont symptomatiques du « dysfonctionnement de l'Etat qui n'est pas capable de mettre un dispositif informatique en place, alors que l'on sait depuis trois ans que la Pac a changé ». Gilet fluo siglé « CR » sur le dos, Thierry Boiron, producteur de tomates industrielles à Ornacieux, attend « environ 12 000 euros de prime Pac » et ne sait toujours pas quand les aides vont être versées, alors que la conjoncture est des plus critiques. Pour tenir, le maraîcher a dû contracter un prêt de trésorerie de 30 000 euros et mettre sa maison en gage... Face à lui, Vincent Gilbert, éleveur bio installé en Chartreuse, expose une situation diamétralement opposée, mais tout aussi dramatique. « Comme je me suis installé en 2014, ma Pac 2015 devait être revalorisée dans une grosse proportion, expose-t-il. Mais à ce jour, je n'ai aucune réponse sur ce que je vais obtenir. J'ai 8 000 euros de factures à payer. Pour l'instant, ce qui me sauve, c'est que je transforme ma production et la commercialise en vente directe. Mais là, les foins démarrent et j'ai un dilemme : est-ce que j'achète du fioul pour pouvoir faucher ou je laisse courir ? Dans ce cas, je n'ai pas de foin pour l'hiver, je ne respecte pas mes engagements Pac et je risque de mettre la clé sous la porte. »
Débloquer la situation
Sur le parvis de la DDT, les discussions vont bon train. Si les drapeaux arborent les mêmes couleurs, les manifestants ont bien conscience que les options divergent radicalement. Qu'importe : les problèmes sont les mêmes. « Moi, je manifeste avec tous les paysans, revendique Thierry Boiron. Avec la Conf', on n'est pas toujours d'accord, mais sur ce combat, on se rejoint. D'ailleurs tout le monde est d'accord, y compris les copains qui ne sont pas syndiqués. » Et son voisin de lancer : « Au fait, où est la FDSEA ? » Convié à se joindre au mouvement, le syndicat majoritaire a décliné l'invitation. Tout en « encourageant la démarche », Pascal Denolly a rappelé que « depuis plusieurs mois, la FNSEA et toutes les FDSEA ont mis la pression sur le ministère, les députés et les DDT pour débloquer la situation ». En vain. « Malgré nos actions, la DDT nous indique qu'il est matériellement impossible d'obtenir un paiement d'ici fin juin, ni même avant la date annoncée du 10 septembre, poursuit le président de la FDSEA. [...] Nous tenons à dire la vérité aux agriculteurs, à ne pas leur faire de « surpromesses » au prétexte qu'une nouvelle manifestation en DDT permettrait d'avancer le solde des paiements 2015 d'ici fin juin. » Le président des JA, Sébastien Poncet, est sur la même ligne : « La DDT ne peut rien, vu que le problème se situe au niveau de l'ASP (agence de services et de paiements, ndlr). Nous avons rencontré le préfet et la DDT vendredi et avons abordé le sujet. Si nous ne nous mobilisons pas aujourd'hui, c'est parce que nous savons que nous n'obtiendrons rien. » François Ferrand, de la Coordination rurale, en convient. « On sait que pour le 30 juin, c'est râpé, souffle-t-il, pragmatique, avant de quitter la DDT. On leur laisse un délai jusqu'au 15 juillet. » Première fissure dans l'unité syndicale affichée avec la Conf'.