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Sécurité routière

Vieillir et conduire à l'heure du choix

La conduite des séniors est une vraie question sociétale que la MSA Alpes du Nord a traité avec douceur et efficacité lors du forum organisé mi-novembre à Vinay.
Vieillir et conduire à l'heure du choix

« La conduite, c'est la liberté », déclare le docteur Geneviève Samson, directrice du Centre de prévention bien-vieillir des caisses Agric-Arrco Aura. Elle intervenait dans le cadre du forum sur la mobilité des séniors organisé par la MSA à Vinay mi-novembre.

Et la sécurité au volant, ce n'est pas une mince affaire quand les artères commencent à vieillir. Mais la médecin n'a pas un discours culpabilisateur. D'autant que l'accidentologie relève plus des 18-28 ans que des personnes âgées. « Quand on est accroché à la voiture, comment envisager de ne plus conduire autant ? » interroge-t-elle. La médecin gériatre délivre quelques pistes tenant compte des effets du vieillissement sur la conduite. Baisse de la vue, rétrécissement du champ de vision, TMS, sensibilisation accrue au stress : la liste des petits tracas est longue. « Lorsqu'on est physiologiquement stressé, on utilise beaucoup de protéines pour lutter contre cette situation et on n'a plus autant de force pour réagir », explique par exemple Geneviève Samson. Quant à la perte de l'audition, elle insiste : « Si vous pouviez avoir le même enthousiasme pour des aides auditives que pour des lunettes ! ». Non seulement la perte auditive isole, mais en plus elle fatigue car réclame une plus grande attention, notamment au volant. Elle conseille de faire un bilan, et si la note est salée, de ne pas hésiter à solliciter tous les organismes de santé, les caisses de retraite etc.

Adapter son comportement

Avec l'âge vient aussi tout le cortège des arthroses, fonte musculaire, diverses douleurs et pertes de réflexe. A cela, une seule parade : l'activité physique. Le conducteur âgé doit aussi savoir s'écouter lorsque surviennent des signes de fatigue comme les bâillements, la somnolence et l'apnée du sommeil et ses conséquences sur le fonctionnement du cœur, du cerveau, des reins... Gare aussi aux médicaments. Le docteur Geneviève Samson rappelle la lecture des pictogrammes triangulaires sur les boîtes : jaune = prudence, orange = grande prudence et rouge = ne pas conduire, danger.
Deux grandes causes d'accidentologie chez les personnes vieillissantes sont les maladies neurodégénératives - principalement à leur démarrage lorsque les gens n'en n'ont pas conscience - et la prise d'alcool, qui ralentit les réflexes et allonge la distance d'arrêt. « Alors vieillir et conduire, il faut adapter son comportement, conseille la médecin. C'est-à-dire prendre conscience de ses forces et de ses limites, adapter ses déplacements, faire des pauses, ralentir sans devenir un escargot, penser aux transports en commun. C'est aussi être à l'écoute des remarques des autres, entendre de façon objective ce que dit l'entourage, pour sa sécurité. Les signes annonciateurs sont les incidents à répétition. »

Elle porte un autre message pétri de prudence  « vieillir sans conduire, c'est possible ». Mais repenser son mode de vie réclame un peu d'anticipation « avant que cela ne devienne nécessaire ». Pour y aller doucement, on peut commencer par acheter une voiture plus petite et puis glisser vers des alternatives comme l'entraide, le voisinage, le covoiturage, le taxi, les transports en commun, les chèques Sortir + ou la livraison des courses à domicile.

Les giratoires

Cesser de conduire « c'est une petite mort si on habite à la campagne », reconnaît Gérard Colas, de l'association générale des intervenants retraités (Agir abcd), dont une des missions est l'autonomie des personnes âgées. « Plus on vieillit et plus on est dépendant de la voiture pour se déplacer. » Première solution avancée avec humour par le formateur : « Messieurs, laissez conduire vos femmes ! » Plus sérieusement, mieux vaut songer à arrêter de conduire avant 70 ans, quand la conduite « perd son côté source de plaisir pour devenir source de stress ». D'autant que le code de la route a fortement changé : il y avait 60 panneaux en 1936 contre 600 aujourd'hui. Gérard Colas en profite pour rappeler les grands principes : rectangle = danger, rond = ordre, carré = indication. Quant à la forme octogonale, c'est le stop et rien d'autre. Les giratoires étant arrivés en France en 1983, peu de séniors ont appris à les négocier. « C'est un coup des socialistes, la priorité à gauche », lance avec malice un auditeur dans la salle. « La priorité est à ceux qui sont sur l'anneau », insiste le formateur. Il rappelle quelques gestes de bon sens : un pare-brise propre et des phares biens réglés contribuent à une meilleure visibilité d'autant que « la vue donne 90% des informations pour la conduite ». Il insiste aussi sur la vigilance pour les personnes diabétiques qui doivent éviter l'hypoglycémie ou bien sur la résistance à l'éblouissement, qui décroît avec l'âge.
« A un moment, il faudra envisager d'arrêter de conduire. » Gérard Colas conseiller de « préparer la transition » pour éviter « la coupure brutale ». « Il faut être conscient que l'on vieillit, reprend-il. A commencer par adapter sa conduite à ce qu'on est capable de faire, comme ne plus conduire la nuit. Le risque d'accident est plus lié au comportement qu'à l'âge. » Il indique ainsi qu'un projet de contrôle pour les personnes de plus de 75 ans est à l'étude et confirme que les nouveaux permis de conduire sont valable 15 ans, après quoi la visite médicale est obligatoire, de même que la réactualisation de la photo du titulaire et de son adresse. Les anciens permis restent valables de façon permanente.

Isabelle Doucet

Qui sont les accidentés de la route ?

La France déplore encore 12 morts et 300 blessés par jour sur la route. La consommation d'alcool est responsable de 3 décès, de même que la vitesse. La ceinture non attachée, l'utilisation du téléphone, la fatigue, l'usage de stupéfiant, les chocs frontal et latéral représentent un accident sur 12. (Source : Agir abcd)

 

 

Prévention

Les jeunes aussi

La prévention routière était le thème d'un des ateliers organisés lors du forum de territoire MSA Sud-Isère, qui s'est déroulé début novembre à la MFR de Vif. L'accent était porté sur l'alcool, le public cible étant celui des jeunes conducteurs. « Lorsqu'on est alcoolisé, il n'y a pas que la vue qui est perturbée », a rappelé la formatrice. Son propos s'est attaché à la compréhension des phénomènes d'alcoolisation et de désalcoolisation, égratignant quelques préjugés. Par exemple, le corps supporte mieux de boire et manger, plutôt que seulement boire, mais le taux d'alcool reste le même. En revanche manger décale le pic d'alcoolémie qui intervient au bout d'une heure plutôt qu'une demie heure. « Laissez tomber les trucs et astuces comme les bonbons à la menthe qui ne servent à rien. On ne peut pas tromper l'alcool comme ça. » Elle rappelle que la question ne tient pas au nombre de verres bus, mais à leur contenu.
Le seuil d'alcool dans le sang sanctionné par une contravention en France est de 0,5 g/litre de sang. Pour les jeunes conducteurs, il tombe à 0,2 g/l. Le délit intervient à partir de 0,8 g/l. Mais les organismes humains n'éliminent pas l'alcool de la même manière. Plusieurs heures sont nécessaires et la masse corporelle joue, si bien qu'un écart d'une trentaine de kg, c'est plusieurs dizaines de minutes supplémentaires à attendre que se dissipent les effets de l'alcool.