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« La FNSEA ne renonce jamais, ni à ses valeurs, ni à ses combats »

SYNDICAT / À quelques semaines du 80econgrès de la FNSEA qui se tiendra à Caen (Calvados) les 31 mars, 1er et 2 avril, son président, Arnaud Rousseau, a bien voulu répondre à nos questions.

Par Propos recueillis par Christophe Soulard
« La FNSEA ne renonce jamais, ni à ses valeurs, ni à ses combats »
Arnaud Rousseau, président de la FNSEA.

Le congrès de la FNSEA qui se tient cette année à Caen est un congrès électif. Êtes-vous candidat à votre réélection ?
Arnaud Rousseau : « Après une longue réflexion personnelle et professionnelle, j’ai informé le conseil d’administration et le réseau, il y a quelques jours, que je sollicitais leur confiance pour un nouveau mandat à la tête de la FNSEA. J’ai pris cette décision à l’aune des crises agricoles que nous traversons depuis longtemps déjà et à l’aune des soutiens que j’ai trouvés dans une équipe soudée et solide pour mener des combats en France, en Europe, et pour replacer l’agriculture au cœur des débats. Nous devons affronter les défis qui nous attendent et surtout ne pas refuser l’obstacle. » 

Quel bilan tirez-vous de votre premier mandat à la tête de la FNSEA ?
A.R. : « Je ne pense pas être le mieux placé pour répondre à cette question. Je dirais, avec tout le recul nécessaire, qu’au cours des trois dernières années, j’ai tenté de réaffirmer la vision des hommes et des femmes qui vivent de ce métier et de tracer collectivement un horizon qui nous permette de dégager du revenu, d’investir et de transmettre. Ensemble, nous avons porté nos propositions au Parlement sur les différents projets de loi d’orientation, de finances, de financement de la Sécurité sociale... Nous nous sommes mobilisés avec force et conviction à de nombreuses reprises depuis 2024 pour repositionner l’agriculture en tête des priorités politiques et réussir à pousser la Commission européenne dans ses retranchements sur le dossier du Mercosur, alors même que beaucoup croyaient la bataille perdue. Nous avons également entamé le processus de transformation de la FNSEA pour remettre en adéquation notre fonctionnement, les attentes de nos adhérents et notre ambition pour l’agriculture française. Je reste lucide. Les chantiers sont encore nombreux. Cependant, ces trois dernières années ont renforcé ma certitude que la FNSEA ne renonce jamais, ni à ses valeurs, ni à ses combats et qu’elle demeure plus que jamais un syndicat qui entend la colère et les inquiétudes du terrain pour les transformer en revendications et en solutions. »

Quels seront vos objectifs pour votre prochain mandat de trois ans ? 
A.R. : « Si le conseil d’administration décide de m’accorder sa confiance en renouvelant mon mandat de président de la FNSEA, mon objectif sera clair : continuer à faire de la FNSEA un syndicat utile, influent et tourné vers les solutions, au service concret des agriculteurs. La FNSEA n’a pas vocation à cogérer ou à cogouverner, mais à peser, à proposer et à faire bouger les lignes. C’est notre responsabilité syndicale : porter des solutions réalistes, construites avec le terrain, et mener des combats concrets pour que notre vision de l’agriculture française devienne une réalité. Cette vision repose d’abord sur un pilier fondamental : le revenu. Sans revenu, il n’y aura ni transitions réussies, ni investissements, ni renouvellement des générations. C’est une bataille centrale que nous continuerons à mener avec détermination. Nous savons aussi que le contexte politique est aujourd’hui bloqué et que le changement de logiciel que nous appelons de nos vœux ne se produira pas avant la présidentielle de 2027. Pour autant, nos revendications restent pleinement d’actualité, en France comme en Europe. L’agriculture est la seule politique véritablement intégrée de l’Union européenne : elle mérite d’être traitée comme telle. Les règles et les accords de libre-échange déséquilibrés fragilisent nos agriculteurs, et la réforme de la Pac actuellement sur la table n’est pas acceptable en l’état. Ce sera le combat majeur des semaines et des mois à venir. Enfin, ce mandat devra aussi être celui de la transformation de la FNSEA elle-même. Nous devons accompagner concrètement l’évolution de notre syndicat et de notre réseau pour les armer face aux défis à venir, maintenir notre place de premier syndicat agricole de France et apporter à nos adhérents des réponses et des solutions toujours plus adaptées à leurs réalités. C’est à cette condition que la FNSEA restera forte, légitime et utile. »

Quel sera le thème de votre rapport d’orientation ? 
A.R. : « Travaillé par un groupe d’élus présidé par Yohann Barbe, porte-parole de la FNSEA et par ailleurs président de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), ce rapport regroupe nos propositions pour replacer l’agriculture et l’acte de production au cœur du projet de société de la France, en construisant une agriculture productive, durable et souveraine, fondée sur la juste rémunération et la liberté d’entreprendre. Pour la première fois, ce rapport est issu d’une grande consultation des agriculteurs menée cet été par les fédérations départementales, qui a permis de faire remonter tous les sujets de préoccupations et les propositions du terrain. Sur cette base, nous en avons extrait les mesures à même de faire changer le logiciel de la politique agricole française que nous adressons au prochain président de la République. Ce que nous demandons, c’est un changement profond dans l’approche des sujets agricoles qui doit permettre à la France de retrouver le chemin de la production sur son territoire. Pour cela, nous exigeons une vision, la consolidation du rôle stratégique de l’agriculture avec une réforme constitutionnelle pour la reconnaissance de l’agriculture comme activité d’intérêt général majeur et une ambition européenne et internationale qui repose sur la valorisation de l’acte de production. »

Propos recueillis par Christophe Soulard