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Mobilité

La mobilité de demain sera plurielle

Se déplacer en milieu rural sans voiture relève de la gageure. Mais son utilisation systématique pose de plus en plus question. De nouvelles initiatives voient le jour ici et là en Isère pour tenter de proposer une offre de mobilité alternative cohérente et satisfaisante. S'il n'est pas certain qu'une solution parfaite existe, c'est leur combinaison qui peut s'avérer intéressante. diverses et variées émergent Sans l , les déplacements ne sont pas aisés et renoncer à l'utiliser, à la posséder, relève de la gageure. Mais avant de la bannir complètement, des solutions existent pour la limiter. Aucune n'est parfaite, mais la combinaison de plusieurs peut s'avérer intéressante.

La mobilité de demain sera plurielle

Il s'agit d'un sujet à la croisée des chemins. Les questions relatives à la mobilité font aujourd'hui partie de toutes les discussions. Celles d'ordre privé, quand les citoyens s'interrogent sur leur quotidien, et celles de la sphère publique, quand ce sont les élus qui s'emparent du sujet pour développer de nouvelles pratiques, ou remettre au goût du jour une législation devenue obsolète. L'enjeu, mis en évidence par le projet de loi d'orientation des mobilités (LOM) (1), est de « permettre à tous d'accéder à des offres de transport alternatives à la voiture individuelle, mais pas uniquement orientées vers les transports en commun ». D'autant que, comme l'indique le résultat d'un sondage sur la mobilité en Isère (2), « les disparités entre territoires sont fortes puisque 71 % des Isérois habitant dans la Métropole considèrent être bien desservis contre seulement 53 % sur le reste du territoire ». La problématique n'est donc définitivement pas la même selon que l'on vive en territoire urbain ou en milieu rural. Dans le second cas, la voiture individuelle reste, pour la majorité des personnes, le moyen de déplacement le plus utilisé. Mais la remise en cause de ce modèle dominant guette. Les questionnements à son égard sont de plus en plus nombreux. Son coût, la pollution qu'elle génère, sont autant d'inconvénients mis en avant par ses détracteurs... et même par ses utilisateurs. Car il y en a (beaucoup ?) qui aimerait s'en passer. En réponse à cette envie émergente, des initiatives apparaissent peu à peu et s'organisent de plus en plus. De toute part...

Utilisateurs et ambassadeurs

Citiz est un réseau coopératif d'autopartage qui permet à ses utilisateurs de louer un véhicule pour le temps et la distance dont ils ont besoin. Si l’initiative est urbaine au départ et que la grande majorité de sa flotte reste en ville, le service tend à se développer en milieu rural. A condition que les habitants, les collectivités ou un autre acteur de la vie locale, expriment un besoin et sollicitent le service. « Pour investir dans un territoire, créer une station et équiper une voiture, nous avons besoin d’être assurés qu’elle sera utilisée. Il faut qu’il y ait déjà une dynamique locale autour de ce projet. C'est un critère de réussite », précise Stéphanie Pesenti, responsable  développement chez Citiz.

Elle cite comme exemple la création d'une station en septembre à Mens, commune du Trièves qui compte à peine 1 500 habitants. « Nous avons été interpellés par un habitant, Olivier Dodinot, qui a porté la démarche, mobilisé l'ensemble des acteurs locaux et assuré un important travail de lobbying pour s'assurer que l'opération fonctionne », détaille-t-elle. Le résultat est là. La station existe et l'engouement créé autour du sujet est allé jusqu'à l'investissement financier de la Communauté de communes du Trièves, de la mairie de Mens, de la Cigales du Trièves (3), ainsi que de dix particuliers du territoire qui ont acheté des parts sociales de Citiz. Des investisseurs qui s'engagent aussi à être utilisateurs et ambassadeurs du service. Selon Olivier Dodinot, « il n'est pas possible, pour une famille, de se passer de voiture dans le secteur. Mais avec Citiz, il est envisageable de n'en avoir plus que deux au lieu de trois, ou d'une au lieu de deux. L'idée est de permettre aux gens de mieux planifier leurs trajets, de leur montrer qu'il ne s'agit pas de s'affranchir de l'utilisation de la voiture, mais d'être moins dépendants à son égard ». Lucide, il ne pense pas que l'installation de Citiz va inciter les gens à se séparer de leur véhicule, mais plutôt qu'au moment où celui-ci ne pourra plus rouler à cause d'un résultat au contrôle technique défavorable, ses propriétaires se tourneront vers cette alternative.

L'installation de Citiz dans une commune peut aussi se faire grâce à la mise à disposition au service, d'un véhicule peu utilisé par son propriétaire. Une opération intéressante pour lui financièrement, puisqu'il se trouve délesté de l'ensemble de ses charges fixes. « Quand on sait qu'une voiture coûte plus de 6 500 euros par an à son propriétaire et qu'elle reste souvent plus de 90 % du temps au garage, cela peut faire réfléchir », analyse Stéphanie Pesenti.

Autre initiative mise en place dans ce même territoire depuis 2016, l'achat par la Communauté de communes de 20 vélos à assistance électrique (VAE), qu'elle met à disposition des habitants pour leur permettre de tester ce mode de transport et les inciter à réduire leur utilisation de la voiture. L'idée séduit. Plus d'une cinquantaine de personnes ont déjà bénéficié de ce prêt. Ils sont nombreux à s'être à nouveau porté candidat et une quinzaine à avoir franchi le pas de l'achat d'un vélo pour leur propre utilisation.

Solutions complémentaires

Dans le Grésivaudan aussi les propositions alternatives à la voiture individuelle se multiplient. Pour la Communauté de communes éponyme, qui est aussi Autorité organisatrice de mobilité (AOM), l'enjeu est d'arriver à proposer des solutions de transport à l'ensemble des habitants. Dominique Flandin-Granget, vice présidente aux transports et déplacements, le reconnaît : « Dans la vallée, c'est relativement facile. Il existe déjà un réseau de transports en commun. Mais dès qu'on essaie de desservir la montagne, c'est beaucoup plus compliqué ». Du coup, la collectivité, plutôt que de penser « transports », réfléchit « mobilité », en cherchant et proposant des solutions complémentaires les unes aux autres. « Nous travaillons déjà avec Rezopouce, l'application permettant l'auto-stop organisé et sécurisé, Mov'ici, le site Internet de co-voiturage développé par la Région, Citiz, et avons en projet une collaboration avec Ecov, une start-up qui travaille avec les collectivités pour mettre en place des lignes de co-voiturage instantané. Même si son coût est assez élevé - heureusement qu'elle est actuellement bien subventionnée - , je trouve cette dernière initiative particulièrement porteuse et j'aimerais pouvoir l'essaimer dans des territoires où la population est moins dense », indique Dominique Flandin-Granget, pleinement consciente « qu'il s'agit d'un travail de longue haleine, qu'il faut beaucoup communiquer pour rendre ces démarches visibles afin qu'elles deviennent effectives pour tous ».

Cette offre alternative est aussi présente dans le Nord-Isère (4). L'Ageden (Association pour une gestion durable de l'énergie) et la Capi (Communauté d'agglomération Porte de l'Isère) travaillent d'ailleurs de concert sur le sujet. Des actions envers les salariés via des PDIE (Plans de déplacement inter-établissements), vers les scolaires et les particuliers pour une plus large pratique du vélo sont aussi mises en place depuis quelques années. Orélie Guillot, chargée de mission mobilité à l'Ageden l'admet: « Il n'est pas évident de changer ses habitudes ».¨Pour Stéphanie Pesenti, « il faut se dégourdir les jambes et l'esprit. Il n'y a pas de leçon de morale à donner, il faut seulement montrer les autres possibilités ».

 

(1) adopté en nouvelle lecture par l’Assemblée nationale le 17 septembre

(2) commandé par le Département de l'Isère et présenté le 2 octobre lors de la conférence des EPCI

(3) Clubs d'Investisseurs pour une Gestion Alternative et Locale de l'Epargne Solidaire

(4) On retrouve « Lane » à la place d'Ecov

Isabelle Brenguier