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La santé sur les planches

Théâtre / La pièce Le Battement d’aile du papillon parle de la santé et du bien-être agricole avec un focus sur la crise de la DNC. Elle sera présentée en Isère et dans les deux Savoie les 14, 15 et 16 avril.

Par Isabelle Doucet
La santé sur les planches
ECDO
Le Battement d'aile du Papillon sera présenté le 14 avril aux Abrets-en-Dauphiné.

«C’est une pièce qui est bienvenue car elle parle des enjeux de santé et de bien-être agricole ainsi que de la crise de la DNC que nous avons traversée, annonce René Féchoz, le président de la MSA Alpes du Nord. Avec Le Battement d’aile du papillon, nous espérons toucher un large public pour expliquer ce que nous avons fait durant cette période qui a été très dure pour tous les professionnels du monde agricole. »

Portée par la MSA Alpes du Nord et ses partenaires (1), la pièce de théâtre sera jouée le 14 avril aux Abrets-en-Dauphiné, le 15 avril à La Biolle et le 16 avril à Saint-Ferréol. « Ce spectacle permet d’aborder le quotidien des actifs d’une autre façon », reprend Edmond Decoux, premier vice-président de la MSA.

« Comment arriver à vivre de son métier sans y laisser sa santé… », présente la Compagnie des oliviers qui a créé la pièce. Deux comédiens, une mise en scène mêlant dialogues, témoignages filmés, photos et humour abordent ces sujets de crise que le monde agricole a l’habitude de taire, que les autres ne voient pas.

Retour dans les secteurs touchés

Le choix des trois localités où sera jouée la pièce n’est pas anodin. « Elles sont au cœur de la zone DNC, là où les exploitants ont vu leurs troupeaux dépeuplés, explique Fabien Champarnaud, le directeur de la MSA Alpes du Nord. Nous souhaitons remettre du temps de discussion et d’échange avec la population parce que ces moments ont été particuliers avec la présence des forces de l’ordre et l’abattage des bêtes. Il y avait besoin d’un débriefing. »

La commune des Abrets-en-Dauphiné a été choisie car située au plus près des foyers savoyards. « C’est un secteur où il y a eu des suspicions et de longues heures d’angoisses pour les éleveurs. Nous avons souhaité retourner vers ces personnes car la crise a touché la population agricole et rurale », reprend le directeur.

René Féchoz rappelle le rôle joué par la MSA depuis le 29 juin 2025, jour où le premier cas de DNC a été détecté dans un élevage savoyard. « Nous avons été aux côtés des exploitants tout au long de l’été. Nous avons apporté un soutien psychologique avec la psychologue référente de la MSA Alpes du Nord et des personnes en renfort. En Isère, la situation était différente de celle de la Savoie. Les éleveurs ont été touchés économiquement car étaient surtout concernés des bovins viande qui ne pouvaient pas être commercialisés ce qui a provoqué des tensions dans les trésoreries. Nous avons accompagné le Groupement de défense sanitaire dans les réunions pour donner l’information aux éleveurs si des cas se déclaraient et pour expliquer ce qu’on faisait. En Savoie, où la production est plutôt orientée lait, ceux qui n’étaient pas touchés ont continué à produire et avaient des rentrées d’argent. »

Solidarité et complémentarité

Fabien Champarnaud souligne l’efficience d’un guichet unique dans une telle crise, capable de prendre en charge la situation de l’exploitation dans son ensemble, depuis la présence des agents au moment de l’annonce du dépeuplement, pour aider l’exploitant dans ses choix et l’accompagner dans ses démarches. Un soutien psychologique, social et financier qui a mobilisé l’ensemble des services de la MSA.

« Avec la cellule Réagir, nous avions déjà un socle qui se démarquait par rapport aux autres départements, détaille encore René Féchoz. Comme je suis issu de la FDSEA et des JA, j’ai l’habitude de travailler en réseau. Avec Fabien Champarnaud, nous nous sommes tout de suite mis en ordre de marche et avons mis les choses en place pour que tout le monde ait la même information au même moment. »

Edmond Decoux insiste sur l’exemple de solidarité et de complémentarité mis en œuvre entre la MSA, les collectivités, le GDS et toutes les OPA pour réagir au plus vite et mettre la vaccination en marche dès la mi-juillet. « On se serre les coudes », lance-t-il.

Si bien que les Savoyards ont pu commencer à revacciner leurs bêtes depuis le 18 mars et avant la mise à l’herbe afin d’anticiper tout risque de nouvelle crise dans la zone. Éleveur bovin lait IGP et AOP Beaufort à Mercury, René Féchoz rapporte que ses 160 bêtes, encore en bâtiment, ont été vaccinées en 1 h 30.

« C’est pour ça que nous avons été élus »

Alors que le monde agricole ne cesse d’être traversé par des crises sanitaires, conjoncturelles ou climatiques, celui qui venait tout juste d’être élu à la présidence de la MSA en juin 2025, confie son soulagement qu’aucun agriculteur ou son entourage n’ai commis un acte de désespoir.

« Depuis le 29 juin, dès que le téléphone sonnait, j’avais peur que ce soit parce qu’un éleveur ou une autre personne se soit suicidée. » À chaque fois qu’il y avait un risque, le réseau se mettait en route pour s’assurer que c’était une fausse alerte. « Notre rôle de protection sociale n’est pas de faire l’annonce, mais d’accompagner l’éleveur. C’est pour ça que nous avons été élus. » Beaucoup de terrain et un sacré baptême du feu pour les salariés et les élus de la MSA.

Si la représentation du spectacle Le Battement d’aile du papillon — où un fait qui semble anodin, tel une piqûre d’insecte, peut provoquer des catastrophes – était prévue avant que la crise de la DNC n’éclate, « nous nous en servons aujourd’hui pour aborder les thèmes de la prévention et de la santé en ajoutant une partie DNC, note Fabien Champarnaud. Cela marque la fin de la période et c’est l’occasion d’en parler collectivement dans les territoires. »

D’autant que le rôle de la MSA, en tant qu’animatrice des territoires ruraux, est aussi de produire ce type d’événement.

Isabelle Doucet