La Côte-Saint-André
Le difficile échange entre l'amont et l'aval
Table ronde / L'obligation de contractualiser dans les domaines du lait ainsi que des fruits et légumes souligne la nécessité d'assainir les relations entre producteurs, transformateurs et distributeurs. La FDSEA a posé les bases de la discussion en organisant un débat entre le président de la FNSEA, celui de l'association régionale des industries alimentaires et un représentant de la fédération des entreprises du commerce et de la distribution lors de son dernier congrès.
« Nous avons changé de registre, a souligné Xavier Beulin, le président de la FNSEA, au début de la table ronde sur la contractualisation organisée dans le cadre du congrès de la FDSEA, le 18 mars à La Côte-Saint-André. Au cours d'une même campagne, les variations de prix peuvent désormais atteindre 100 % de la valeur des productions, contre 10 à 20 % maximum il y a encore quelques années ». « Ne nous leurrons pas, a également enjoint Roland Primat, le président du groupe Dauphinoise. Les agriculteurs sont de petits pions sur l'échiquier mondial et la conclusion de contrats entre producteurs et acheteurs n'aura d'effet sur les revenus des exploitants agricoles que si ces derniers s'organisent ».
« Au-delà de la contractualisation, le fait que les droits à paiement unique ne constituent plus un élément de régulation, ni même un outil de gestion des crises, et le déséquilibre de la relation entre le producteur et son premier acheteur, nous obligent à réfléchir aux moyens de renforcer les interprofessions et aux nouvelles formes d'organisation que nous pouvons adopter », a renchéri Xavier Beulin, pour qui « la contractualisation doit être poussée jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'au consommateur final, car ce dernier aussi a intérêt à une plus grande stabilité des prix ».
Négocier des contrats, oui mais...
« Contrairement à ce que l'on croit, la contractualisation est également positive pour les industriels, a embrayé Bernard Gaud, le directeur des salaisons Deparis (Rhône) et président de l'association régionale des industries alimentaires (Aria). Le plus important pour un transformateur, quand il va négocier son prix de vente pour un an, est en effet de savoir à quel tarif il va pouvoir s'approvisionner. C'est pourquoi les deux parties doivent s'engager à respecter l'accord : l'industriel doit acheter les volumes qu'il s'est engagé à transformer, mais l'agriculteur doit aussi lui vendre la marchandise qu'il s'est engagé à produire. Il doit y avoir réciprocité. Or, j'ai pu constater que ce n'était pas toujours le cas. Il y a dix ans, par exemple, j'ai été le premier à lancer une gamme de charcuterie bio. Tant que le prix sur lequel nous nous étions mis d'accord avec mes fournisseurs était au-dessus des cadrans, j'avais la matière première. Mais, dès que l'inverse s'est produit, j'ai eu du mal à me faire livrer la marchandise promise ».
Bien qu'il soit lui aussi intéressé par les garanties sur les volumes qu'offre la contractualisation, le représentant de la fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD), Bernard Lavaure, par ailleurs directeur de l'hypermarché Carrefour de Vaulx-en-Velin, a affiché la même circonspection. « La contractualisation, sur la durée, sur des volumes, oui ; sur des prix également, mais comme on l'a déjà fait : sur des bonus qualité, car il serait problématique d'oublier que nous sommes sur des marchés mondiaux et que l'institution du hypermarché est en crise. Il ne faut pas rêver, ce dernier n'est pas une usine à cash. De nombreux éleveurs allaitants traversent des difficultés financières, mais il faut qu'ils soient conscients que le rayon viandes aujourd'hui, chez Carrefour, c'est un rayon qui perd du pognon. Même si, globalement, l'enseigne se porte bien, dans ce rayon, avec une marge de 14 %, mais aussi 8,5 % de charges salariales et 4 % de produits jetés, on voit qu'on ne gagne pas d'argent sans avoir besoin de détailler les autres charges ».
La transparence, mission impossible ?
A ce stade de la table ronde, bien que Bernard Lavaure ait commencé à avancer des chiffres, l'un des vice-présidents de la FDSEA, Pascal Denolly, a demandé comment producteurs, transformateurs et distributeurs pouvaient nouer des relations transparentes. Pour Bernard Lavaure, cela passe avant tout par une représentation efficace des producteurs. « Nous pouvons négocier des contrats avec un interlocuteur, pas avec 1200 ». Selon lui, « la contractualisation pourra fonctionner pour les produits transformables, même si les cours varient parfois de plusieurs dizaines de points en quelques mois. Un certain nombre d'accords n'ont pas pu se faire, a reconnu le représentant de la grande distribution, mais nous avons commencé à faire nos preuves, même si nous ne pouvons pas fixer les prix d'achat très longtemps à l'avance ».
Bernard Gaud a, quant à lui, avancé l'idée que « producteurs, transformateurs et distributeurs ont un combat commun à livrer. Ensemble, ils doivent dire : « Stop, arrêtez de taper sur l'alimentation ! » On dit sans cesse aux Français que leur alimentation est trop chère, quand on ne leur dit pas qu'elle les empoisonne. C'est assez, il faut clairement dire aux Français, et d'abord à leur premier représentant, le président de la République, que ce n'est pas le budget nourriture qui plombe leurs finances. La part relative de ce dernier dans les dépenses ne cesse de baisser et le prix du yaourt nature a baissé d'au moins 20 % en vingt ans ». Ces propos ont fait réagir la présidente de l'association voironnaise de l'union fédérale des consommateurs (UFC-Que choisir) présente dans la salle, qui a demandé à ce que l'on « ne prenne pas les consommateurs pour des imbéciles » en mentionnant des relevés de prix menés par l'association et montrant des hausses de plus de 40 % du prix payé par le consommateur tandis que, dans le même temps, les cours de la viande de porc perdaient 5 %.
Des outils à la disposition des producteurs
La plupart des participants à la table ronde se sont alors accordés à dénoncer les manques de la loi de modernisation de l'économie. Votée en 2008, cette dernière était censée accroître le pouvoir d'achat en augmentant les possibilités laissées aux fournisseurs et distributeurs de négocier les tarifs d'achat des produits. « Nous demandons clairement de pouvoir rouvrir ce dossier, car la loi est mauvaise pour l'amont comme pour les transformateurs, a ainsi déclaré Xavier Beulin. La commission d'examen des pratiques commerciales révèle ces dysfonctionnements et montre que l'observatoire des prix et des marges n'a pas été ajouté à la dernière loi de modernisation de l'agriculture pour faire plaisir à la FNSEA, mais parce qu'il doit permettre d'y voir clair tout au long de la chaîne, où il y a peut-être des marges excessives ».
Cécile Fandos
« Au-delà de la contractualisation, le fait que les droits à paiement unique ne constituent plus un élément de régulation, ni même un outil de gestion des crises, et le déséquilibre de la relation entre le producteur et son premier acheteur, nous obligent à réfléchir aux moyens de renforcer les interprofessions et aux nouvelles formes d'organisation que nous pouvons adopter », a renchéri Xavier Beulin, pour qui « la contractualisation doit être poussée jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'au consommateur final, car ce dernier aussi a intérêt à une plus grande stabilité des prix ».
Négocier des contrats, oui mais...
« Contrairement à ce que l'on croit, la contractualisation est également positive pour les industriels, a embrayé Bernard Gaud, le directeur des salaisons Deparis (Rhône) et président de l'association régionale des industries alimentaires (Aria). Le plus important pour un transformateur, quand il va négocier son prix de vente pour un an, est en effet de savoir à quel tarif il va pouvoir s'approvisionner. C'est pourquoi les deux parties doivent s'engager à respecter l'accord : l'industriel doit acheter les volumes qu'il s'est engagé à transformer, mais l'agriculteur doit aussi lui vendre la marchandise qu'il s'est engagé à produire. Il doit y avoir réciprocité. Or, j'ai pu constater que ce n'était pas toujours le cas. Il y a dix ans, par exemple, j'ai été le premier à lancer une gamme de charcuterie bio. Tant que le prix sur lequel nous nous étions mis d'accord avec mes fournisseurs était au-dessus des cadrans, j'avais la matière première. Mais, dès que l'inverse s'est produit, j'ai eu du mal à me faire livrer la marchandise promise ».
Bien qu'il soit lui aussi intéressé par les garanties sur les volumes qu'offre la contractualisation, le représentant de la fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD), Bernard Lavaure, par ailleurs directeur de l'hypermarché Carrefour de Vaulx-en-Velin, a affiché la même circonspection. « La contractualisation, sur la durée, sur des volumes, oui ; sur des prix également, mais comme on l'a déjà fait : sur des bonus qualité, car il serait problématique d'oublier que nous sommes sur des marchés mondiaux et que l'institution du hypermarché est en crise. Il ne faut pas rêver, ce dernier n'est pas une usine à cash. De nombreux éleveurs allaitants traversent des difficultés financières, mais il faut qu'ils soient conscients que le rayon viandes aujourd'hui, chez Carrefour, c'est un rayon qui perd du pognon. Même si, globalement, l'enseigne se porte bien, dans ce rayon, avec une marge de 14 %, mais aussi 8,5 % de charges salariales et 4 % de produits jetés, on voit qu'on ne gagne pas d'argent sans avoir besoin de détailler les autres charges ».La transparence, mission impossible ?
A ce stade de la table ronde, bien que Bernard Lavaure ait commencé à avancer des chiffres, l'un des vice-présidents de la FDSEA, Pascal Denolly, a demandé comment producteurs, transformateurs et distributeurs pouvaient nouer des relations transparentes. Pour Bernard Lavaure, cela passe avant tout par une représentation efficace des producteurs. « Nous pouvons négocier des contrats avec un interlocuteur, pas avec 1200 ». Selon lui, « la contractualisation pourra fonctionner pour les produits transformables, même si les cours varient parfois de plusieurs dizaines de points en quelques mois. Un certain nombre d'accords n'ont pas pu se faire, a reconnu le représentant de la grande distribution, mais nous avons commencé à faire nos preuves, même si nous ne pouvons pas fixer les prix d'achat très longtemps à l'avance ».
Bernard Gaud a, quant à lui, avancé l'idée que « producteurs, transformateurs et distributeurs ont un combat commun à livrer. Ensemble, ils doivent dire : « Stop, arrêtez de taper sur l'alimentation ! » On dit sans cesse aux Français que leur alimentation est trop chère, quand on ne leur dit pas qu'elle les empoisonne. C'est assez, il faut clairement dire aux Français, et d'abord à leur premier représentant, le président de la République, que ce n'est pas le budget nourriture qui plombe leurs finances. La part relative de ce dernier dans les dépenses ne cesse de baisser et le prix du yaourt nature a baissé d'au moins 20 % en vingt ans ». Ces propos ont fait réagir la présidente de l'association voironnaise de l'union fédérale des consommateurs (UFC-Que choisir) présente dans la salle, qui a demandé à ce que l'on « ne prenne pas les consommateurs pour des imbéciles » en mentionnant des relevés de prix menés par l'association et montrant des hausses de plus de 40 % du prix payé par le consommateur tandis que, dans le même temps, les cours de la viande de porc perdaient 5 %.

Des outils à la disposition des producteurs
La plupart des participants à la table ronde se sont alors accordés à dénoncer les manques de la loi de modernisation de l'économie. Votée en 2008, cette dernière était censée accroître le pouvoir d'achat en augmentant les possibilités laissées aux fournisseurs et distributeurs de négocier les tarifs d'achat des produits. « Nous demandons clairement de pouvoir rouvrir ce dossier, car la loi est mauvaise pour l'amont comme pour les transformateurs, a ainsi déclaré Xavier Beulin. La commission d'examen des pratiques commerciales révèle ces dysfonctionnements et montre que l'observatoire des prix et des marges n'a pas été ajouté à la dernière loi de modernisation de l'agriculture pour faire plaisir à la FNSEA, mais parce qu'il doit permettre d'y voir clair tout au long de la chaîne, où il y a peut-être des marges excessives ».