Les coopératives d’élevage manquent de capacités d’investissement
Un observatoire économique des coopératives du pôle animal de La Coopération agricole, dont les résultats ont été dévoilés lors du Salon international de l’agriculture, fait apparaître des organisations de producteurs sous pression financière. Les différents indicateurs, qui portent sur des données de 2024, « mettent en évidence des niveaux de rentabilité opérationnelle et nette globalement modestes, avec des écarts significatifs selon les filières », observe François Macé, président de la section économique et financière et vice-président du Haut conseil de la coopération agricole (HCCA). Le large échantillon passé au crible (89 coopératives et unions de mise en marché de bovins, ovins, volailles et porcins, dont certaines possèdent leur outil d’abattage, le tout représentant 12 milliards d’euros de chiffre d’affaires) fait apparaitre des marges (Ebitda) stables voire en recul : entre 0,43 et 1 % pour les OP bovines selon leur taille, de - 0,27 à 1,1 % pour les OP porcines, entre 1,48 et 3,25 % pour les OP avicoles et enfin de l’ordre de 1 % pour les OP ovines. Les résultats nets restent également très modestes (entre 0 et 1 %) voire négatifs dans certains cas. La rentabilité (ROCE) met en évidence des écarts très marqués de création de valeur économique entre filières et selon la taille des structures. « Dans un contexte de marché tendu, les coopératives servent d'amortisseur de crise », relève François Macé, qui note que ces structures pâtissent en outre de « l’effet ciseau » induit par la stagnation, voire la baisse, des volumes, tandis que les prix payés aux producteurs augmentent (en bovin et ovin en particulier). Des hausses que les coopératives ont parfois beaucoup de difficultés à répercuter en aval de la filière.
Un effet taille déterminant
« L’effet taille apparaît déterminant dans la capacité des coopératives à absorber les chocs économiques et à créer de la valeur, comme l’illustrent les disparités observées en matière de rentabilité », poursuit François Macé. « Seules certaines catégories parviennent ainsi à rémunérer durablement les capitaux engagés ». La massification des volumes permet de réduire les couts de structure à un moment où nombre de petits abattoirs peinent à faire le plein. Sollicité par le pôle animal dans le cadre des débats sur la reconquête de la souveraineté alimentaire, l’observatoire fait apparaître que les coopératives d’élevage disposent cependant d’une assise financière globalement solide, caractérisée par des niveaux de fonds propres élevés. « Cette solidité leur permet de continuer à jouer un rôle économique et stratégique central, notamment en soutenant la trésorerie des exploitations et le développement de la production, dans un contexte de fragilisation accrue des éleveurs », poursuit-il. Elles se révèlent cependant peu armées pour porter de gros investissements, « ou en tout cas pour ne les porter qu’avec de la dette », souligne-t-il. D'où l'idée évoquée par les filières de constituer des fonds spécialisés permettant d’accompagner les entreprises en fonds propres, ou en complément de fonds propres, afin de négocier de meilleures conditions bancaires pour financer des investissements importants.
Actuagri
FINANCES / Dans un contexte de baisse des volumes et de hausse des prix, les coopératives bétail-viande jouent un rôle d’amortisseurs de crise. Mais pour sécuriser les volumes et recréer de la valeur, elles doivent retrouver des capacités d’investissement.