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SYNDICAT

Pac, Mercosur : l’avertissement de la FRSEA au président

À la veille de décisions stratégiques sur le Mercosur et la Pac, Jean-Luc Perrin, le secrétaire général de la FRSEA Auvergne-Rhône-Alpes, rappelle quelques fondamentaux dont le chef de l'État ferait bien de s'emparer…et vite.

 Pac, Mercosur : l’avertissement de la FRSEA au président
Jean-Luc Perrin, le secrétaire général de la FRSEA Auvergne-Rhône-Alpes.

Le président de la République se prête actuellement à un tour de France. Il y a quinze jours, il était à Toulouse, il est annoncé ce jeudi 27 novembre en Isère et le 2 décembre dans le Puy-de-Dôme. Pourquoi ne le rencontrerez-vous pas ?

Jean-Luc Perrin : « Les agricultrices et les agriculteurs de notre région en ont soupé des promesses. Nous ne supportons plus qu'Emmanuel Macron adapte son discours en fonction de ses interlocuteurs. Devant le président brésilien Lula, il se dit prêt à signer l'accord avec le Mercosur, et devant les agriculteurs, il certifie qu'il ne signera pas l'accord en l'état. Depuis des mois, il connaît les enjeux pour l'agriculture française, les périls d'un accord apte à déverser sur le sol européen des produits qui ne respectent aucun standard de nos productions. Tout cela, le président le sait. L'agriculture ne doit pas servir de monnaie d'échange. Emmanuel Macron est un grand communicant. Il serait prêt à nous rencontrer. Mais nous ne le rencontrerons pas, car nous serons dans une démarche de contestation. »

En quoi les mesures de sauvegarde annoncées par le chef de l'État pour faire passer l'accord ne fonctionnent pas ?

J.L.P. : « Le président annonce des mesures de sauvegarde, mais c'est de la fumisterie. Quand elles se déclencheront, ce sera trop tard pour l'élevage. On nous parle de 2,60 euros pour les broutards, mais de qui se moque-t-on ? Par ailleurs, les conditions ne sont pas réunies pour certifier le respect des clauses miroirs. Il est temps qu'Emmanuel Macron mesure à quel point cet accord serait suicidaire pour l'agriculture française au moment même où nous sommes déjà en difficulté. C'est la première année que la balance commerciale française est déficitaire sur l'agriculture. »

Le 18 décembre, pourquoi est-ce important de se mobiliser à Bruxelles ?

J.L.P. : « Tous les agriculteurs européens seront au rendez-vous pour défendre l'agriculture. Je compte sur les agricultrices et agriculteurs de notre région pour se mobiliser. On va organiser des minibus et des voitures pour faciliter les choses. L'enjeu est énorme. Il s'agit de redire stop au Mercosur, d'exiger une Pac ambitieuse et de dénoncer les taxes carbone aux frontières et la déforestation. Envisager une baisse de 20 % du budget de la Pac, c'est inacceptable. On nous explique que c'est pour financer la défense. On n'est pas contre la défense européenne, mais cela ne doit pas se faire au détriment de la Pac. Rappelons que la première des armes est alimentaire. »

Sur la Pac, il y a la question du budget, mais aussi de l'orientation ?

J.L.P. : « Non seulement le budget doit être maintenu en tenant compte de l'inflation, mais la Pac doit rester une politique agricole et de production. Les agriculteurs ont besoin de se projeter, et face au manque de lisibilité sur la vente de leurs produits, la Pac sécurise. Enfin, nous sommes attachés au "C" de Pac, on veut une Pac véritablement commune. En effet, toute tentative de renationalisation de cette politique fragiliserait le principe d'équité entre les États. Beaucoup de réformes de la Pac sont nées d'accords franco-allemands. Aujourd'hui, l'Allemagne avance seule, preuve du désaveu de la France. »

L'annonce de la taxe carbone aux frontières sur les produits azotés est un coup de massue supplémentaire pour les agriculteurs ?

J.L.P. : « Tous les agriculteurs sont touchés, cela va à l'encontre des messages diffusés lors des grandes manifestations en faveur de prix rémunérateurs. En effet, quels choix vont avoir les agriculteurs demain : moins fertiliser leur culture ou leur prairie au risque de pénaliser leur rendement ou rogner sur leurs marges déjà faibles. À la fin, c'est notre capacité à produire qui va être altérée et, dans ces conditions, on ne peut pas en même temps plaider pour la souveraineté alimentaire. On est vulnérable par rapport à la production d'engrais minéral, on a laissé produire l'engrais par d'autres pays, notamment la Russie. Nous, on a laissé tomber nos outils et nos savoir-faire. On fait encore les frais de la situation géopolitique. Il faut à tout prix se remettre à produire des engrais en Europe. C'est aussi ce message sur la souveraineté alimentaire que nous allons porter le 18 décembre à Bruxelles.

Propos recueillis par Sophie Chatenet