« Phytosanitaire, ce n’est pas un gros mot »
Arboriculture / Réunie le 4 février à Valence à l’initiative de Grégory Chardon, la section régionale fruits Auvergne-Rhône-Alpes a rassemblé responsables professionnels et producteurs. L’occasion pour la filière de passer en revue ses priorités : moyens phytosanitaires, plan de rénovation des vergers, compétitivité, aides européennes et gestion des risques climatiques.
La réunion de la section régionale fruits s’est déroulée en deux temps, avec une matinée de terrain à Alixan, sur l’exploitation d’Anthony Oboussier (EARL des Chambres), puis une après-midi de travaux à la FDSEA de la Drôme à Valence. Une manière de croiser les réalités techniques des exploitations avec les dossiers réglementaires et économiques portés au niveau national par la FNP Fruits (FNPF), afin d’identifier des axes de travail communs pour les sections départementales.
Choix techniques et matériel végétal
Anthony Oboussier est un arboriculteur de 37 ans, dont l’exploitation est située à Alixan. À côté de ses vergers, depuis 2020, il s’est lancé dans la culture sous serre, sur plus de 5000 m², et expérimente des cultures exotiques telles que l’avocat, les kiwis jaune et rouge, les clémentines ainsi que les pomelos. Une visite d’exploitation qui a permis de détailler les systèmes de production, les essais variétaux et les itinéraires techniques de l’arboriculteur. « Il faut être vigilant à l’achat du matériel végétal. J’ai acheté mes plants de kiwis en Italie, ils sont arrivés de très mauvaise qualité, j’ai dû reprendre la plantation l’année suivante », explique-t-il. L’un des constats partagés est celui d’une fragilisation du tissu de pépinières françaises : la dépendance extérieure ferait d’ailleurs peser un risque durable sur la filière, plusieurs intervenants soulignant que perdre les pépiniéristes nationaux reviendrait à se retrouver « pieds et poings liés avec des pépiniéristes étrangers ». La matinée a aussi ouvert le débat sur l’organisation de la recherche appliquée : place des stations expérimentales, plateformes régionales, rôle du CTIFL (Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes) et essais chez les producteurs. Les questions de financement, de ciblage des essais et d’efficacité des investissements ont été largement discutées.
Remettre les outils de production au cœur du débat
L’après-midi s’est déroulé dans les locaux de la FDSEA drômoise. Les travaux se sont appuyés sur la présentation de la FNPF, avec un contexte réglementaire phytosanitaire considéré de plus en plus contraint : « Nous ne pouvons plus produire comme nous le souhaitons en raison des retraits de substances et des refus de dérogations », a lancé l’un des arboriculteurs. De son côté, la fédération soutient la limitation de la concurrence et le maintien des solutions techniques pour la filière arboricole : pour Françoise Roch, présidente de la FNPF, il est nécessaire de réaffirmer la légitimité de la protection des cultures. « Le mot phytosanitaire, ce n’est pas un gros mot. Phyto, c’est la plante. Donc, c’est un produit, un médicament, qui est tout simplement censé améliorer l’état sanitaire du végétal », a-t-elle déclaré. Parmi les demandes portées, figure également celle de la reconnaissance de méthodes d’application innovantes (pulvérisation fixe sur frondaison, micro-injection) ou encore la reconnaissance de l’ozone comme auxiliaire technologique post-récolte pour les fruits et légumes.
Aléas climatiques et recrutement
Autres sujets mis sur la table le 4 février : l’emploi et la gestion des aléas climatiques. La FNPF défend l’extension et la pérennisation du dispositif TODE (travailleurs occasionnels), présenté comme un levier majeur pour limiter l’écart de coût de main-d’œuvre avec les autres pays européens. Selon la FNPF, la masse salariale représente 70 à 80 % du coût de production en fruits et légumes, et la France reste parmi les pays les plus chers sur le travail saisonnier. Autre dossier : la gestion des risques climatiques. Le nouveau dispositif en place depuis 2023, articulant fonds de solidarité nationale et assurance récolte, soulève encore des interrogations en arboriculture : niveau de prime, rendement historique de référence, conditions d’accès. Des travaux sont en cours pour revoir certaines bases de calcul. La question d’une généralisation de l’assurance reste ouverte dans la filière. Enfin, un point de conjoncture a été partagé sur la consommation. Malgré un contexte tendu, des indicateurs récents montrent une légère progression : « La consommation de fruits a progressé de 2 % en volume, ce sont des résultats qui sont vraiment positifs ». Un fait encourageant, mais fragile, qui renforce l’intérêt d’actions collectives sur la valorisation et la communication auprès du consommateur.
Charlotte Bayon