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Sébastien Poncet ou le sens commun

Le jeune éleveur de la Bâtie-Montgascon a été élu président des JA en mars. Optimiste, il estime que l'imagination et l'action collective sont des éléments-clés pour dessiner un avenir aux agriculteurs de l'Isère.
Sébastien Poncet ou le sens commun

Difficile pour le nouveau président des JA de se départir de son sourire. A 32 ans, Sébastien Poncet sait pourtant que l'heure est grave : c'est justement pour cela qu'il a franchi le pas. Ses proches se sont demandé s'il n'était pas un peu dingue de se lancer ainsi dans l'arène. Mais non : Sébastien n'est ni fou, ni masochiste. « J'ai eu envie de m'investir dans le métier pour ne pas subir, pouvoir prendre des décisions et être acteur de mon destin, confie-t-il avec simplicité. On nous a dit trop longtemps : « Vous, les agriculteurs, produisez : ne vous occupez pas du reste. » Mais on voit ce que ça donne... Aujourd'hui il faut reprendre la main sur la production et les débouchés. »
Le discours est simple, sans envolée lyrique ni idéologie. Du concret avant tout. Sur sa page facebook, peu d'infos personnelles, mais un logo, celui des JA, avec ce slogan : « Partagez vos marges, sauvez l'élevage ! » Sébastien sait de quoi il parle : depuis des mois, il est de tous les combats, les actions de l'été dernier, le blocage de Socara en février comme le coup de pression chez Leclerc en janvier. Les résultats sont maigres, il le reconnaît, mais ne s'avoue pas vaincu pour autant. La cause de l'élevage, il l'a chevillée au corps. Petit-fils et fils d'éleveurs laitiers, le jeune homme s'est installé hors cadre familial en 2005, reprenant une exploitation à La Bâtie-Montgascon, à deux pas de celle de ses parents. Il a commencé par engraisser des veaux de lait, puis complété son cheptel avec des génisses laitières. Depuis peu, Sébastien a lâché les veaux pour élever des taurillons : « C'est plus valorisant. Et puis, trouver des débouchés avec les veaux de lait, ce n'est pas évident. Les coûts de production ne sont pas les mêmes non plus. »

Avancer ensemble

Calculette en tête, le président des JA a bien conscience que son engagement syndical ne sera crédible que si la gestion de son exploitation tient la route. Ses premiers pas remontent à 2008, lorsqu'il a rejoint le comité de territoire TerraVald. Puis il y a eu son élection à la chambre d'agriculture. Peu à peu, Sébastien a pris des responsabilités et s'est investi dans des projets de plus en plus ambitieux. Il y a deux ans, avec les agriculteurs de son secteur, il a monté Aoste Méthaterre, une association créée pour permettre aux exploitants de garder la main sur la production agricole dans le dossier du futur méthaniseur d'Aoste. L'une de ses fiertés. Et même s'il dit qu'il a « la chance d'être sur un territoire assez dynamique », avec « un bon groupe » et « des gens qui ont envie d'avancer ensemble », il sait que rien n'est jamais gagné. Car pour mobiliser des troupes aujourd'hui, il faut des actes. Des choses qui se voient et qui parlent.
Son programme ? Comme ses prédécesseurs, Sébastien Poncet veut aider les agriculteurs - à commencer par les jeunes - à sortir du marasme. Pas facile. « Dans nos territoires, nos exploitations, avec leur parcellaire morcelé, les petites surfaces et d'importantes charges de structure, ne doivent pas chercher à rivaliser avec d'autres régions plus performantes, analyse-t-il. Il faut se tourner vers des productions à haute valeur ajoutée, même en grande filière, inventer de nouveaux produits, spécifiques à l'Isère, qu'on ne peut produire qu'ici. » Et d'évoquer des pistes, de nouveaux labels de qualité, la relocalisation des réseaux ou de certaines productions, comme le soja, et des productions de niche. « De toute façon, nous n'avons pas les structures pour faire des millions d'hectares... » Parmi les chantiers pour lesquels Sébastien se montre confiant, il y a le pôle alimentaire départemental : « Avec la viande, on peut faire quelque chose de rapide... si les élus sont motivés. » Et si les agriculteurs acceptent de coopérer : « Aujourd'hui, on n'a pas le choix : il faut travailler ensemble et mettre des choses en commun pour mutualiser les coûts au maximum. Mais il faut se battre. Si on laisse faire et qu'on ne participe pas, d'autres prendront les décisions pour nous. Ensuite, il sera trop tard pour protester. »

Marianne Boilève