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Caprins

Chez les caprins, le changement, c'est maintenant

Changement d'équipe et d'époque chez les éleveurs caprins. Avec le départ de la technicienne Marie-Annick Dye, les professionnels sont en train de repenser leur organisation. Réuni en assemblé générale fin janvier, le syndicat caprin appelle également les plus jeunes à se mobiliser.
Chez les caprins, le changement, c'est maintenant

C'est la fin d'une époque. Marie-Annick Dye part à la retraite. Après plus de vingt ans de bons et loyaux services, la technicienne caprine passe le relais. La nouvelle n'en est pas une, mais les éleveurs caprins, qui tenaient leur assemblée générale fin janvier au Mottier, en ont profité pour réfléchir à la refonte de leur fonctionnement. Car avec le départ de Marie-Annick, c'est toute l'architecture de l'organisation qu'il faut repenser. « Les structures existent si quelqu'un les fait vivre », explique Frédéric Blanchard, président du syndicat caprin. Trois personnes remplaceront désormais la technicienne : Véronique Gitton sera chargée de la partie animation et du suivi de la production fromagère, Gilles Testanière, de l'appui à la transformation viande, et Benoît Desanlis, du contrôle laitier, des dossiers techniques (installation, JA, éleveurs en difficulté...).

Cette réorganisation n'a rien d'anodin. Il témoigne de la dynamique du syndicat caprin isérois. « Nous avons pu garder un technicien, ce qui n'est pas forcément le cas dans d'autres départements, comme l'Ardèche, où il y a pourtant plus de chèvres », se félicite le président. Mais pour assurer le dynamisme de la filière, il faut du sang neuf. « Les gens qui s'occupent du syndicat vieillissent : on a besoin de jeunes », lance Frédéric Blanchard. Or, de l'avis général, « il faut que ça continue ».

«L'administration ne lit pas les notes de service»

Les éleveurs ont en mémoire les premières actions du syndicat, l'aventure de « Chèvre Isère » ou de belles initiatives comme le lancement de la pépinière ou de la création de l'Apfi (association des producteurs fermiers de l'Isère). Chacun reconnaît les avancées significatives dues aux « luttes pied à pied » de l'Apfi, notamment en matière d'assouplissement dans l'application des textes. « L'administration se cantonne au texte de base : elle ne lit pas les notes de service », s'amuse le président du syndicat caprin.

Autant d'actions qui ont abouti grâce à la mobilisation collective. Mais aujourd'hui, là comme ailleurs, les chevriers font face à la désaffection de leurs troupes. Les raisons sont multiples : pression économique, avalanches de contraintes réglementaires, le surcroît de travail dû aux contrôles administratifs ... Didier Villard, vice-président de la chambre d'agriculture évoque également le nouveau rapport à la vie de famille : sans doute les jeunes éleveurs sont-ils moins prêts à la « sacrifier » qu'autrefois...

Le combat syndical n'en nécessite pas moins des forces vives et des gens prêts à s'engager. Où les trouver ? Comment les motiver ? En évoquant les bons moments du passé, les « anciens » espèrent susciter des vocations chez les jeunes. Pour y parvenir, les chevriers proposent de définir les axes prioritaires du syndicat et de recenser quelques dossiers concrets afin d'être plus « opérationnels ». Sont listés ainsi trois chantiers stratégiques : le transport des animaux et les problèmes liés au fameux Captav (certificat d'aptitude professionnelle pour le transport d'animaux vivants), la mise en place d'un groupe d'achat en commun, notamment pour les matières protéiques et le soutien aux futurs ou nouveaux installés.

Un métier qui fait trop rêver?

En ce qui concerne l'installation, il est question d'inventorier les exploitations acceptant la visite de jeunes ayant un projet et de trouver les moyens de guider concrètement les candidats à l'installation. Avec la pépinière, située sur le site de la ferme expérimentale de La Côte-Saint-André, le syndicat caprin présente déjà est un bel atout, puisqu'elle n'offre que des lots de qualité (chevrettes, femelles, mâles reproducteurs) à un prix raisonnable. Mais cela ne suffit pas. « Notre métier fait rêver, parfois un peu trop, analyse Frédéric Blanchard. Les gens ne se rendent pas toujours compte de la difficulté du métier. Beaucoup s'installent et s'arrêtent au bout de dix ans. Pas nécessairement pour des raisons économiques : ce qui pèse le plus, ce sont les charges de travail administratif et le manque de souplesse de l'administration. Nous sommes souvent confrontés à des attitudes très rigides qui représentent une vraie difficulté pour la survie de nos exploitations. » D'où l'idée d'un accompagnement adapté. Il a d'abord été question de parrainage, mais celui-ci risque de s'avérer plus contraignant qu'efficace. Aussi les chevriers s'orientent-ils vers la constitution d'un répertoire des exploitations prêtes à accueillir un jeune avec la spécificité de chacune (système de traite, pâturage, transformation fromagère...). L'idée étant que le futur installé puisse visiter plusieurs chèvreries et découvrir l'intérêt de chaque système, afin de faire son choix en toute connaissance de cause. Et éviter de devenir chèvre trop rapidement...

Marianne Boilève

Captav, sésame pour transport caprin

Le « dossier Captav » illustre bien les aberrations auxquelles peuvent conduire une administration scrupuleuse, mais aussi l'intérêt de la mobilisation syndicale. Depuis 2008 en effet, les éleveurs caprins, comme tous les professionnels effectuant « un transport d'animaux vivants vertébrés », doivent être titulaires d'une autorisation. Celle-ci est constituée d'un Captav (certificat d'aptitude professionnelle pour le transport d'animaux vivants) et d'un moyen d'un véhicule agréé. Si le transport se fait sur une distance inférieure à 65 km, pas besoin de Captav, mais la bétaillère doit être déclarée conforme par les services vétérinaires). En revanche, si l'éleveur doit transporter ses chevrettes d'Uriage à la pépinière du syndicat caprin, située à La Côte-Saint-André, (70 km), il doit avoir le fameux Captav. Jusqu'en janvier 2010, ce certificat était délivré à tous les éleveurs justifiant d'au moins cinq ans d'expérience professionnelle. Mais depuis, agrément du véhicule et agrément de la personne sont liés. « Le problème, c'est que chez les éleveurs caprins, personne n'a de véhicule spécialisé... ni de Captav », explique Frédéric Blanchard. Et aujourd'hui la DDPP (direction départementale de la protection des populations) exige que, conformément à la réglementation, les éleveurs caprins aient un véhicule conforme (avec certificat d'étanchéité de moins de trois mois) et suivent une formation dans un centre spécialisé. Or la formation (payante) est prévue pour la manipulation des bovins, des équins ou des porcins... mais pas des caprins ! Les éleveurs caprins font régulièrement des demandes de dérogation : sans résultat. Les responsables syndicaux se battent pour « s'en sortir par le haut », autrement dit obtenir soit le prolongement de la dérogation initialement prévue pour les éleveurs professionnels, soit la possibilité de suivre une formation courte... qui ne coûte pas 500 euros.
MB