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Filière bio

Le Comité bio départemental de l'Isère acte la reprise de la filière

Le Comité bio qui s’est tenu début mars a confirmé la reprise de la bio ressentie par les différents acteurs de la filière après la crise qui l’a fragilisée. L’heure reste néanmoins à la prudence.

Par Isabelle Brenguier
Le Comité bio départemental de l'Isère acte la reprise de la filière
Les membres du Comité bio départemental se sont réunis à Moirans.

Ces dernières années, la bio a connu des hauts… puis des bas. « La période post-covid a été marquée par une grave crise qui a eu des conséquences importantes sur la production », expose Sandrine Gourdain, agricultrice en bio et vice-présidente de la Chambre d’agriculture de l’Isère, en introduction du Comité bio départemental, organisé le 5 mars à Moirans, par l’organisme consulaire et l’Adabio (1).

Si la vague d’inflation qui a eu lieu en 2022-2023 est terminée et qu’une reprise s’amorce depuis l’année dernière, les inquiétudes sur le sujet sont encore importantes.

En présence de nombreux agents de collectivités territoriales, d’opérateurs certificateurs, d’opérateurs économiques de filières, le Comité bio visait à faire un point de conjoncture et à répertorier les besoins des différents acteurs du secteur. 

Encourager les volontés

Engagée depuis longtemps pour développer la bio, la Chambre d’agriculture de l’Isère affiche résolument ses ambitions.

« Nous sommes aux côtés des porteurs de projets et des producteurs qui souhaitent se convertir. Nous produisons des références techniques et économiques pour pérenniser les structures. Nous soutenons les outils structurants et accompagnons les points de vente collectifs, détaille ainsi Sandrine Gourdain. Pour autant, si nous sommes déterminés à encourager les volontés, nous sommes aussi aux côtés de ceux qui rencontrent des difficultés et prêts à les aider à réfléchir à leur exploitation autrement. »

Considérant que « la bio est une des solutions à de nombreux enjeux dans les domaines environnementaux, climatiques et alimentaires, qu’elle contribue à la pérennité des fermes et à l’attractivité du métier », selon Baptiste Barral, maraîcher en Isère et correspondant de l’Adabio, les équipes de la structure œuvrent aussi au quotidien, à son développement.

Nouveaux engagements

En dépit de cette période peu favorable, qui a entraîné de nombreuses déconversions, les chiffres de l’installation indiquent que la production biologique attire encore les nouvelles générations.

« S’il y a eu de nombreuses conversions au sein des fermes iséroises durant les années 2019-2020, désormais, les nouveaux engagements concernent essentiellement des installations ou des créations d’exploitations, dans le secteur des productions végétales, principalement dans le maraîchage », confirme Catherine Venineaux, référente départementale bio pour les productions animales à la Chambre d’agriculture de l’Isère.

Elle présente les résultats d’une étude réalisée par des étudiants de l’Isara (2) en 2025 auprès d’une quinzaine d’agriculteurs récemment désengagés, qui pour autant voyaient des points positifs dans en la bio : elle donnait du sens à leur travail, leur permettait d’acquérir de nouvelles techniques et de nouer des relations humaines particulièrement intéressantes.

Parmi les points négatifs, la technicienne évoque « le prix et la visibilité sur la rentabilité, les soutiens publics qui s’arrêtent, la charge administrative, la comparaison avec les voisins et le manque de soutien local ». 

Des débouchés pour les produits

Au niveau des filières, certaines ont connu des temps particulièrement compliqués. Ce fut le cas des céréales en 2023-2024, à cause d’une diminution très importante de la collecte en raison d’une vague de déconversions d’exploitations, d’une récolte catastrophique, et de prix très bas.

Depuis, la situation s’est assainie au niveau des stocks et des marchés et de nouvelles conversions sur de plus petites structures ont été engagées. 

Dans le secteur de la viande, la situation est plus contrastée. En Isère, grâce aux circuits courts, les producteurs s’en sont mieux sortis. Chez Sicarev, ils ont récupéré de nouveaux marchés qu’ils arrivent à satisfaire. En matière de prix, ceux du bio sont indexés sur ceux du conventionnel, auxquels ils ajoutent une plus-value de 0,40 à 0,50 euros. 

Producteur de lait bio à Thodure et président de l’Union des producteurs laitiers du saint-marcellin (3), Jean-Michel Bouchard a indiqué que 2025 avait été une très bonne année pour la production laitière. Mais 2026 ne s’annonce pas sous les mêmes auspices, en raison d’un excès de lait. Il explique que les ventes de saint-marcellin IGP bio sont en baisse depuis 2022 et que seulement 20 % du lait bio collecté est commercialisé en bio. S’il ne souhaite pas inciter à la déconversion, il est convaincu également qu’il ne faut pas pousser aux conversions. « Il faut trouver des débouchés aux produits », martèle-t-il.

Régulièrement aux côtés des agriculteurs, les différents techniciens ont fait état de leur besoin de conseil et d’accompagnement généralisé. « Ils ont des questions concernant l’approche globale de leur exploitation, le sanitaire et la stratégie d’entreprise, pour optimiser la commercialisation de leur produits, la réduction des charges, les investissements dans le matériel pour l’amortir », ont-ils souligné.

Prudence et vigilance

Directeur du Cluster bio Auvergne-Rhône-Alpes, Adrien Petit, a présenté les dernières évolutions concernant la consommation. Il explique qu’après ces années de crise, le marché reprend un peu de vitalité avec un nouvel engouement pour les labels mettant en avant la qualité des produits dont le bio profite.

La baisse de consommation s’est arrêtée dans les grandes et moyennes surfaces -qui représentent 47,7 % des parts de marché- et les magasins spécialisés repartent grâce à une fréquentation et un panier moyen à la hausse. « Ils ont retravaillé leurs concepts, optimisé les offres et affiné les stratégies de prix. Et avec une croissance de 100 %, le rayon des fruits et légumes reste le booster du réseau », précise le responsable.  

Les nombreux témoignages qui se sont succédé ont confirmé la reprise de la dynamique bio, avec des installations, des projets, des personnes motivées et l’existence de parts de marché à prendre. Mais comme l’a souligné Sandrine Gourdain, elle a aussi montré qu’« il fallait rester prudent et vigilant. S’il ne faut pas pousser les producteurs à la déconversion, si les initiatives de créer des territoires bio sont intéressantes, il faut veiller à ne pas engendrer une nouvelle crise. Beaucoup ne s’en relèveraient pas, assure-t-elle.

Pragmatique, elle enjoint les opérateurs « à faire avec ce qu’on a. Les agriculteurs ne cessent de s’adapter aux besoins, mais il faut aussi que le consommateur consomme ce qui est disponible ». L’occasion de rappeler qu’il existe des stocks de légumes secs isérois dans les exploitations en attente de débouchés.

Isabelle Brenguier

(1)   Association pour le développement de l’agriculture biologique dans les départements de l’Ain, l’Isère, la Savoie et la Haute-Savoie

(2)   L’école d’ingénieurs en agronomie, alimentation et environnement

(3)   L’Union des producteurs laitiers du saint-marcellin rassemble 19 producteurs qui livrent leur lait à la Fromagerie alpine et 56 à l’Etoile du Vercors.

Circuits courts

Les collectivités en première ligne

Le rôle des collectivités locales dans le développement de la bio a été mis en avant lors du dernier comité départemental.

Les collectivités en première ligne
Geoffrey Lafosse est le directeur du Pôle agroalimentaire de l'Isère.

Les responsables de l’association RéColTer (1), et de Mangez Bio Isère (2), ont profité du dernier Comité bio départemental organisé le 5 mars à Moirans, pour rappeler à quel point le rôle des collectivités locales est important en matière de restauration hors domicile (RHD) et plus largement pour le développement de la bio. « Le problème, c’est qu’elles sont versatiles », déclare Gérard Toucheboeuf, le président de RéColTer.

Tanguy Le Maître, responsable approvisionnements et achats chez Mangez Bio Isère, reconnaît aussi le lien étroit qui les unit. « Nous sommes dépendants des politiques et des commandes publiques. Quand nous les avons, c’est bien. Quand nous les perdons, c’est compliqué. »

A l’image de l’année 2025, marquée par un recul de 9 % des ventes, au sein d’un environnement où les scolaires en représentent les 2/3 du portefeuille client. « Il n’y a pas eu une seule cause, mais le climat politique général, le manque de visibilité pour voter un budget, quelques difficultés d’approvisionnement sur la filière viande, des prix en hausse… cela nous a pénalisé. En outre, nous ressentons une concurrence accrue des différents acteurs de la bio, souvent au détriment des prix payés aux producteurs », explique-t-il.

Les représentants de ces deux structures et de la légumerie AB Epluche (3) ont également tiré parti de la rencontre pour présenter leurs besoins en matière de tomates et autres fruits et légumes.

200 références bio

A l’image du Département de l’Isère, des communautés de communes et autres communautés d’agglomération, les collectivités -qui interviennent dans de nombreux domaines tels le foncier, les outils structurant les filières (abattoirs, légumerie…), l’alimentation- sont conscientes du rôle qu’elles peuvent jouer en faveur du développement de l’agriculture biologique.

Geoffrey Lafosse, le directeur du Pôle agroalimentaire de l’Isère (PAA) créé par le Département et la chambre d’agriculture, est venu témoigner de son action. Si les produits référencés par le PAA ne sont pas forcément biologiques, il en compte tout de même plus de 200. Ainsi, sa mission, qui est de développer la part de marchés des produits locaux à un juste prix pour les agriculteurs, concerne aussi les produits bio.

IB

(1)   Association basée à Vienne, qui met en relation des producteurs locaux du territoire avec des restaurations collectives et scolaires

(2)   Coopérative basée à Grenoble, qui distribue des produits auprès de la restauration collective, des restaurateurs et des commerçants du territoire Isérois.

(3)   La SCIC AB Epluche est une légumerie née en 2012 pour permettre à la restauration collective de se fournir auprès de producteurs locaux ou bio du département de l'Isère.

La bio en Isère

Le département de l’Isère compte 30 500 hectares de surfaces cultivées en agriculture biologique. Cela représente 13 % de la SAU totale et 19 % des fermes.

949 exploitations ont au moins un atelier bio, quand 743 le sont totalement.

En 2025, 59 % des installations ont été en bio.