Constantes mutations
Trente ans. Ce n'est pas son âge, mais le nombre d'années que Patrick Bouchet, régisseur de la foire, vient de passer au sein de la commune de Beaucroissant. Avec pour préoccupation essentielle, mais suffisante, d'organiser les deux foires, celle d'avril et surtout celle de septembre. L'occasion de l'interroger sur l'évolution de cet évènement, et toute l'implication humaine que cela demande.
Beaucroissant, foire traditionnelle, n'est-elle pas en perte de vitesse au sein d'une société en constante évolution ?
En 30 ans, nous avons créé cinq ou six allées supplémentaires, dont une récemment à la foire d'avril. Nous avons ajouté 3 500 mètres carrés (par un achat de terrain) derrière le service foire, dédiés à l'agriculture. Il n'y a donc pas d'étiolement. Nous privilégions la partie agricole, car c'est la vocation première de notre foire. Sans cette activité, la foire péricliterait à coup sûr. Le nombre d'exposants est même étonnament en augmentation. Avril marquait déjà cette tendance, septembre la confirme. La plupart sont des nouveaux, mais j'ai aussi d'anciens clients qui reviennent ou des exposants qui demandent des agrandissement ou deux surfaces dans la foire. En discutant avec les uns ou les autres, il semblerait que les années soient correctes dans plusieurs filières, les investissements suivent.
Au sein de la foire, seule la partie bétail a beaucoup évolué. A mes débuts, beaucoup de transactions avaient lieu pendant la foire. Aujourd'hui, en bovins, seule une dizaine d'éleveurs est encore présente. Au bénéfice des chevaux, qui voient un public plus varié dans les exposants : des éleveurs, de petits propriétaires, des négociants... La montée en puissance de la présence des petits ruminants nous intéresse.
L'arrivée de nouvelles foire comme le Sommet de l'élevage de Cournon (63) ou Tech and bio (26) ne vous porte-t-elle pas préjudice quand à la présence des exposants ?
Avec Cournon, on ne joue pas dans la même cour. C'est vraiment un beau salon agricole professionnel et les forains présents au début n'y sont plus. Je ne sais pas encore pour le salon technique drômois. Mais le Space de Rennes peut nous gêner suivant la date où il se déroule. Cela a été le cas l'an dernier, où certains gros exposants ont fait le choix breton plutôt qu'isérois.
En trente ans, Beaucroissant, foire traditionnelle, a-t-elle vu une approche différente de son organisation ?
Certainement, car les méthodes ne sont plus les mêmes. Une avancée majeure a été d'améliorer la rentabilité de la foire de 50%. Cela ne veut pas dire que l'on a eu beaucoup plus d'exposants - leur nombre a augmenté, mais pas dans ces proportions - mais nous sommes passés à un encaissement à l'avance. Avant mon arrivée, sans dénigrer le travail de mon prédécesseur, les locations de places étaient encaissées le jour-même. Un travail énorme, source de nombreuses difficultés et qui engendrait des manques à gagner. L'encaissement à l'avance, quasi généralisé, est bien plus confortable. Il reste des perceptions à l'arrivée pour les retardataires. C'est un rôle dévolu aux élus municipaux, mais cela demande caractère et fermeté par rapport aux forains. La tâche n'est pas toujours facile.
Y-a-t-il eu des avancées techniques ?
La plus fondamentale est l'arrivée de l'informatique. Pensez : pendant plusieurs années, j'étais obligé d'écrire sept fois le nom d'un exposant : pour l'inscription, les confirmations, les emplacements, les encaissement de chèques... La révolution informatique est arrivée en 1995. Tout ce travail a été simplifié, la tenue comptable également. Un gain de temps considérable qui a permis de nous consacrer à d'autres tâches importantes. Sur le terrain, par exemple, nous avons goudronné des allées. Alors, là où on passait trois semaines à marquer les emplacements à cinq personnes, nous le faisons désormais à deux, en 10 jours, parce que beaucoup d'emplacements sont marqués définitivement sur le goudron.
Propos recueillis par Jean-Marc Emprin