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Pastoralisme

Des alpages face à de nouveaux défis

Réunie en assemblée générale le 24 avril à Grenoble, la Fédération des alpages de l'Isère a rappelé les enjeux de son action : contribuer aux économies agro-pastorales tout en appliquant les mesures de la nouvelle Pac. Un exercice difficile, mais indispensable au maintien d'un pastoralisme vivant.
Des alpages face à de nouveaux défis

Appuis et expertises techniques, améliorations pastorales, réflexion sur le métier de berger et les contrats de travail, partenariat avec la fédération de chasse, présence et animations sur les territoires, préparation de la nouvelle Pac... Les chantiers de la Fédération des alpages se suivent, et ne se ressemblent pas. « 2014 sera une année importante pour la mise en place de la nouvelle Pac, a prévenu Denis Rebreyrend, le président de la FAI dans son rapport moral. Les 80 alpages qui bénéficiaient de la PHAE (1) pourront reconduire celle-ci pour cette saison en attendant que les MAEc (2) soient en place. De la pertinence de ces mesures dépendra la survie économique de certains alpages. Restons acteurs et force de propositions auprès des instances (...) pour permettre l'exercice d'un pastoralisme vivant, dynamique, en capacité de répondre aux nouveaux défis. (...) A nous de savoir garder toute notre place en accord et en bonne intelligence avec le monde qui nous côtoie et nous entoure. »

Mise en valeur des patrimoines pastoraux

Ces propos mobilisateurs et consensuels à la fois reflètent le combat délicat que mène pied à pied la fédération tout au long de l'année. Parmi les faits marquants de la campagne 2013, on retiendra le très grand nombre de projets d'améliorations pastorales (200 dossiers traités et 77 demandes de subventions instruites pour un montant total de 1,9 millions d'euros d'investissement), un important travail d'accompagnement pour la mise en valeur des patrimoines pastoraux et la création d'activités en alpage (projet de chambre d'hôte sur l'alpage de Cordéac ou de sentier des bergers en Belledonne, valorisation des produits locaux, et notamment de l'agneau d'alpage, valorisation touristique des alpages de l'Oisans...), ainsi qu'un grand nombre d'animations, d'actions et de sensibilisation (exposition « L'Alpage au pluriel », co-édition de « Domestiquer autrement », agenda de l'économie alpestre...).

Ce travail de fond permet à la FAI de constater la « limitation des conflits d'usage entre pratique de randonnée et activités d'élevage », même s'il reste, dans certains secteurs, « des points de difficultés avec les activités VTT ». La saison des alpages en Belledonne est à ce titre assez emblématique d'une philosophie conciliant enjeux professionnels, économiques et touristiques. Pour sa quatrième édition, l'événement a touché près de 1 000 participants au cours de l'été 2013 (une fréquentation en hausse de 8% par rapport à 2012), mobilisant six groupements pastoraux et leurs bergers, sept refuges et gîtes d'alpage, cinq communes et deux villages de vacances. « Il y a une nouvelle vie et une nouvelle demande à laquelle il faut répondre », a souligné Pierre Ostian, président de la commission tourisme patrimoine culture de la FAI.

Vigilance de rigueur

Autre chantier d'envergure : la préparation de la nouvelle Pac. Profitant de la présence de nombreux éleveurs, les animateurs de la FAI en ont rappelé les enjeux et le calendrier. L'accent a été mis sur les engagements PHAE 2014 et les éventuelles MAEt (3) à l'identique, ainsi que sur la nécessité de vérifier l'éligibilité des surfaces engagées de longue date dans la contractualisation. Valérie Isabelle, de la DDT, a invité les éleveurs à être vigilants sur la notion de surface fourragère : « En cas de contrôle, s'il y a un écart trop grand entre ce qui a été déclaré et la réalité, le redressement est rétroactif : il se fera sur les huit ans de contractualisation. » Ce à quoi les éleveurs ont répondu qu'il faudrait, pour évaluer leurs surfaces, qu'ils soient équipés aussi d'outils performants que ceux des contrôleurs eux-mêmes, et non de photos, souvent anciennes. Bien consciente du problème, la chef de service de la DDT s'est voulue rassurante pour le proche avenir : « Ce qui sera contractualisé en 2015 le sera grâce à d'autres outils graphiques. » Dont acte.

 

Marianne Boilève
 

(1) Prime herbagère agro-environementale.

(2) Mesure agro-environementale climatique.

(3) Mesure agro-environementale territorialisée.

 

Syndicalisme : les bergers de l'Isère créent le (premier) syndicat des gardiens de troupeaux

Jusqu'alors, ils avaient plutôt joué la discrétion. Organisés en association depuis 1984, les bergers salariés de l'Isère ont franchi un cap - et même brisé un tabou - en créant au printemps dernier le syndicat des gardiens de troupeaux de l'Isère (SGT 38). Une première en France. « Les bergers ont peur du syndicalisme, estime Michel Didier, le secrétaire général du tout jeune syndicat. C'est un métier où l'on est assez proche de son employeur et où il est difficile de porter des revendications par crainte de perdre son emploi. Moi, par exemple, je me suis fait virer de mon alpage pour avoir demandé au groupement d'employeurs qui m'embauche depuis 14 ans de requalifier mon CDD saisonnier en CDI intermittent. »
PHOTO ENCADRE SYNDICALISME BERGER

Cécile Dulaurent et Michel Didier, membres fondateurs du tout jeune syndicat des gardiens de troupeaux de l'Isère.
Cette requalification des CDD saisonniers est l'une des doléances des bergers parmi d'autres. « Depuis plus de trente ans, les bergères et les bergers de l'Isère sont embauchés en CDD saisonniers de manière précaire et travaillent dans des conditions que beaucoup estiment illégales », précise le SGT 38, affilié à la CGT. Selon le syndicat, les contrats de travail des bergers, signés dans le cadre de la convention collective des productions et travaux agricoles de l'Isère du 30 novembre 2012, ne prennent pas en compte certaines spécificités du métier (travail isolé et à risques, astreinte permanente, salaire inadapté aux compétences et au savoir-faire professionnels, conditions de logement souvent précaires...). D'où l'ambition du syndicat des bergers de fédérer les « professionnels du pastoralisme » pour négocier en commission mixte paritaire un avenant à la convention collective de 2012 et requalifier les contrats saisonniers en CDI intermittents. Mais dans les alpages, cette « guerre des moutons » n'a pour l'instant reçu que peu d'échos.
MB