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« Faire évoluer les esprits »

Pour le président Jean-Claude Darlet, la chambre d'agriculture doit aider les agriculteurs à évoluer... dans tous les sens du terme.
« Faire évoluer les esprits »

L'année 2013 a été calamiteuse pour les agriculteurs. Quel rôle peut jouer la chambre d'agriculture dans un contexte aussi morose ?

Elle doit conseiller les agriculteurs dans leurs choix stratégiques. Ce qui signifie travailler avec eux sur l'économie des charges, réfléchir aux démarches collectives, aux regroupements d'exploitations, à l'emploi partagé de salarié, au renouvellement, à l'installation... Mais rappelons qu'aujourd'hui tout le monde est en difficulté. L'agriculture ne l'est pas plus que les autres. Mais les agriculteurs ont de l'avenir parce qu'il faudra bien qu'ils nourrissent les populations demain. Là aussi, la chambre d'agriculture a un rôle à jouer.

La chambre d'agriculture connaît de son côté de sérieuses difficultés. Elle doit faire face à un plan de restructuration, dont la particularité est de préserver l'opérationnel...

Tout-à-fait. L'opérationnel avait déjà été réduit avec sept départs entre 2012 et 2013. Il fallait, pour maintenir les recettes, conserver les équipes sur le terrain. Voilà pourquoi nous avons préféré réorganiser l'encadrement et revoir à la baisse tous les postes d'assistance, de logistique et de support.

Sur le plan humain, comment se sont déroulées les négociations ?

Nous travaillons depuis l'été avec l'ambition d'être très clairs dans nos orientations. Nous avons eu plusieurs séances de travail, puis nous avons régulièrement partagé ces orientations avec les délégués du personnel. A chaque fois, nous avions un temps d'échanges que ce soit au sujet du plan d'organisation, du plan d'accompagnement ou du plan de licenciement. Nous avons également élaboré le plan de restructuration en y intégrant un plan de départs volontaires qui a fonctionné pratiquement à 80 %. Au final il faudra malgré tout licencier deux assistantes. Nous avons essayé de limiter la casse, mais c'est toujours trop. Il faut cependant comprendre que ce sont des choix qui sont fait dans la durée. Mais si jamais on a un coup de Trafalgar, législatif ou autre, si on nous dit par exemple qu'en 2015, la taxe foncière non bâti baisse de 10%, cela signifie pour nous 400 000 euros de perte. Là, on ne saura plus faire...

Yves Borel, en session, a évoqué les prestations payantes... Il paraît que ça renâcle dans les campagnes...

Les agriculteurs n'ont pas l'habitude de payer les prestations de la chambre d'agriculture. Historiquement, nos prestations étaient souvent gratuites. Aujourd'hui, il faut changer de façon de faire : nous sommes obligés de passer par de la prestation payante, parce que nous n'avons plus les fonds publics que nous avions par le passé. Cela veut dire aussi que si on demande une prestation payante, il faut voir quel retour économique effectif il y a pour l'exploitation. Ça se passe bien avec certains agriculteurs. C'est plus difficile avec d'autres. Mais si la prestation est de qualité, l'agriculteur, même s'il trouve qu'il a payé cher, finit par le reconnaître. C'est un état d'esprit à faire évoluer.

Propos recueillis par M.B.