Hécatombe sur l'alpage
« Il fallait que ça sorte ! » Sans justifier le déchargement de cadavres de brebis devant la préfecture iséroise lundi matin, Denis Rebreyend, président de la Fédération des alpages de l'Isère (FAI), comprend l'exaspération des éleveurs. Quelques jours plus tôt, Collin Orand, éleveur, a perdu 364 bêtes sur l'alpage de Plancol, à une encablure de l'Alpe du Grand Serre (Isère). Un alpage difficile, tout en vernes et en barres rocheuses, auquel le précédent berger avait justement fini par renoncer. Trop de risque, trop de loups.
Le témoignage de Collin Orand en vidéo
Dans la nuit du 3 au 4 juillet, Collin Orand est réveillé par ses chiens de protection. Il sort dans la nuit noire. Le berger entend du « ramdam » au dessus de sa cabane. Il est loin de se douter que ce sont ses brebis qui sont en train de descendre dans la barre rocheuse et de se jeter dans le vide... Fébrile, il attend que le jour se lève pour aller voir ce qui a pu se passer. Il croise une partie du troupeau qui revient vers la cabane. Il trouvera le reste, « empilé » sous la barre rocheuse. Un vrai carnage. Sur les 900 brebis de son troupeau, plus du tiers a déroché.
Suspicion de loup confirmée
Sous le choc, Collin Orand prévient la FAI, qui est rapidement chargée par la DDPP (1) d'organiser l'évacuation des cadavres. Solidaires, les éleveurs du coin, de Lavaldens, de La Mure, viennent en renfort. Des gardes de l'ONF et de l'ONCFS sont réquisitionnés pour les premiers constats. Dépêché sur les lieux, Philippe Cornet, chef du service départemental de l'ONCFS, contient mal son émotion : « C'était très impressionnant, tant visuellement qu'au niveau de l'odeur... Il y avait des bêtes en tas, certaines littéralement explosées par la chute et le poids des autres. C'est très atypique. C'est la première fois que je vois un phénomène dans de telles proportions. » Commence alors un long et fastidieux travail d'identification. « Nous avons examiné les animaux, notamment dès qu'il avait suspicion de blessure ou de morsure au cou », explique le fonctionnaire. Le constat est sans appel, et la « suspicion loup » vite confirmée.

L'évacuation des cadavres s'organise. Outre le charnier, il faut aller chercher des quantités de bêtes disséminées dans le combes, les rapporter et les lier par paquets de dix pour que l'hélicoptère puisse les transporter jusqu'au parking de Moulin-Vieux, où un camion les attend pour les conduire à l'équarrissage. Un travail pénible, harassant. Pendant près de dix heures, l'équipe de la FAI et les éleveurs venus des vallées alentour continuent sans relâche leur sinistre besogne, arpentant l'alpage à la recherche de nouvelles victimes.
Indeminsation confirmée
A la fin de la journée, choqué mais pas abattu, Collin Orand, lui, parle déjà de repartir. Ce qu'il veut, c'est qu'on l'indemnise, bien sûr, mais surtout que l'on procède à « l'abattage de ces p... de loups ». Lundi matin, soutenus par la FAI et FDSEA, le jeune éleveur et ses collègues ont rencontré le préfet de l'Isère pour lui demander de mettre en œuvre les « modalités de prélèvements de loups », conformément aux arrêtés récemment publiés au Journal officiel (2). Richard Samuel, après avoir entendu les arguments des éleveurs et des représentants syndicaux, a confirmé l'indemnisation de l'éleveur (3) et s'est engagé à faire tout ce qui était en son pouvoir au regard des outils juridiques actuellement disponibles. Pour pouvoir aller plus loin et autoriser des « prélèvements à l'occasion de battues au grand gibier ou de chasse à l'approche ou à l'affût d'espèces de grand gibier », le préfet a expliqué aux professionnels qu'il comptait sur la publication d'un nouvel arrêté qui, selon les déclarations de Ségolène Royal lors de son déplacement dans les Hautes-Alpes samedi 5 juillet, « sera publié avant le 15 juillet ». Aux dires de la ministre de l'écologie, cet arrêté donnera la possibilité aux préfets de « déclencher des opérations de chasse aux loups dans les territoires où l'intensité et la récurrence des dommages à l'élevage le justifient ». La ministre a également précisé que le nombre de 24 prélèvements de loup actuellement autorisés pourrait passer à 36 : « Avec ces décisions, je ne vais pas me faire que des amis, mais le loup est trop protégé et ça crée des déséquilibre dans la chaîne de vie. La priorité, c'est de protéger les éleveurs. » Qui ne bénéficient pas, eux, de la convention de Berne.
(1) Direction départementale de la protection des populations.
(2) Arrêtés du 30 juin 2014 fixant le nombre de spécimens « dont la destruction pourra être autorisée pour la période 2014-2015 » ainsi que la liste des départements dans lesquels des dérogations aux interdictions de destruction peuvent être accordées.
(3) Outre l'indemnisation des 364 brebis, Collin Orand va percevoir un forfait « animaux disparus » (soit 20 % du montant des animaux constatés et indemnisés) ainsi qu'un forfait « perte indirecte » soit 80 centimes par animal constituant le troupeau attaqué pour les 300 premières bêtes, et 40 centimes par tête au-delà.
