L'horticulture iséroise sort ses épines
Pas fleur bleue pour un sou. Face à la concurrence, l'Union des producteurs horticoles de l'Isère (Uphi) sort ses épines. Réuni vendredi dernier en assemblée générale, le syndicat a dressé le bilan de ses actions ces derniers mois : promotion de la charte des produits horticoles rhônalpins, opérations en faveur du fleurissement et de l'utilisation des plantes à fleurs dans le département, journées de formation pour les jardiniers des collectivités, participation aux tournées de classement des villes et villages fleuris... Le « lobbying » horticole se déploie tous azimut. Revenant sur le combat syndical et la manifestation contre la hausse de la TVA, à Lyon, fin novembre, le rosiériste François Felix, délégué à la FNPHP (Fédération nationale des producteurs de l'horticulture et des pépinières), a reconnu que « la bataille de la TVA » avait été perdue : c'est bien le taux intermédiaire de 10% qui est désormais appliqué. « Nous avons tout de même reçu des compensations, comme des aides à la filière, notamment aux investissements, ainsi que la modification des temps partiels, qui vont passer à 7 heures hebdomadaires pour nos professions, a souligné le syndicaliste. La FNSEA a signé un accord de branche en ce sens, mais celui-ci ne sera applicable qu'à compter de son extension. Or la procédure d'extension est en cours. Nous avons également obtenu que le taux intermédiaire de 10 % continue de s'appliquer pour nos produits horticoles au niveau européen, alors que les nouveaux adhérents de l'Union, comme la Hongrie, sont à 25%. »
Ne pas brader les prix
Au-delà des questions de fiscalité, les horticulteurs se mobilisent sur la qualité. « Il faut conserver notre orientation qualitative et ne pas brader nos prix, insiste Raphaël Serre, de la pépinière de l'Ambre. A nous d'expliquer aux clients que nos plantes sont issues d'un savoir-faire et que ça se paye. Valoriser ce métier, c'est une manière de lutter contre la baisse des prix. On ne peut pas se contenter de vivre de subventions. » Murmures dans la salle : « Un géranium, ça reste un géranium, rappelle une horticultrice. Qu'il soit isérois ou espagnol, ce n'est pas facile à valoriser. » Et un autre de rétorquer : « Innovez ! Proposez de nouvelles variétés ! » Raphaël Serre temporise : « L'avenir est dans notre cohésion et dans le partenariat pour arriver à concurrencer l'offre étrangère. A nous de sensibiliser la clientèle, et notamment les collectivités. Rabâchez qu'acheter local, c'est préserver de l'emploi en milieu rural. »
L'enquête d'opinion réalisée par les élèves de licence pro du lycée horticole de Saint-Ismier auprès des collectivités du département montre qu'il y a encore du pain sur la planche... Menée au printemps dernier, l'étude a permis de déterminer les systèmes d'approvisionnement en végétaux auprès de 225 collectivités et d'évaluer leur degré de connaissance de la charte pour la promotion des produits horticoles rhônalpins. Le bilan est maigre... Si nombreux sont les décideurs qui voient l'intérêt de recourir à des végétaux produits localement (chaîne courte, soutien à l'économie locale, végétaux déjà acclimatés, coût de transport réduit...), rares sont ceux qui connaissent la charte et exigent dans les appels d'offre que les végétaux soient de production locale... sauf dans les communes rurales. Plus paradoxal encore, la plupart des donneurs d'ordre connaissent des producteurs locaux, sans pour autant se fournir chez eux. «Ils jouent les bons élèves "zéro phyto", mais n'achètent pas local!», moque un horticulteur.
Promouvoir la charte
Face à ces résultats, les producteurs souhaitent relancer la promotion de la charte. Signée en 2012 par le préfet de la région Rhône-Alpes, les entrepreneurs du paysage et les professionnels horticoles, celle-ci vise à faire connaître aux maires le savoir-faire horticole régional et donne des exemples de critères techniques pouvant être intégrés aux marchés publics... histoire de favoriser la production locale (préservation de l'environnement, adaptation pédoclimatique des végétaux, garantie de reprise...). « Il faut que nous produisions un document de deux pages synthétisant tout ce qui est légal et que nous nous donnions les moyens de le transmettre aux élus », préconise Dominique Bonnardon, le président de l'Uphi. François Félix propose de s'appuyer sur le nouveau programme de développement rural (PDR) régional, présenté par Eric Thebault, directeur de la Frsea, pour financer une campagne de promotion de la charte au niveau régional. Et Franck Reuter, secrétaire général de l'Union, de rebondir : « Ils [les pouvoirs publics et de l'Europe] sont prêts à nous aider. C'est à nous maintenant de dire comment. » Dans la salle, un pépiniériste rappelle que «les Italiens ont récupéré des millions de l'Europe. A nous de faire pareil ! » La messe n'est pas encore dite, mais les sécateurs sont brandis.
Marianne Boilève