L'impossible traversée des agriculteurs
Depuis le 1er mai dernier, le pont franchissant l?Isère entre les communes de La Buissière et du Cheylas, dans la vallée du Grésivaudan, est interdit à la circulation. La contrainte est importante pour les riverains et les entreprises locales, mais aussi pour les agriculteurs du secteur, qui cultivent des parcelles de part et d?autre de l?Isère. Car, bien que des déviations aient été mises en place, par Pontcharra au nord et Goncelin au sud, la situation engendre des kilomètres supplémentaires, difficiles à supporter au quotidien. D?autant, que pour l?instant, la durée d?interdiction de circulation de cet axe, qui est emprunté par plus de 2 500 personnes chaque jour, est inconnue. « Des travaux de consolidation du pont ont été engagés dès la fin du mois de mai. Nous espérons pouvoir le réparer, sinon il faudra en construire un nouveau, mais, dans ce cas, la circulation ne pourra pas reprendre avant cinq ans », annonce Charles Bich, vice-président du conseil général de l?Isère, en charge des grandes infrastructures et des routes départementales.
Un surcoût estimé à dix euros la tonne
Stéphane Masset est agriculteur à La Buissière. Céréalier et nuciculteur, il emprunte régulièrement le pont de La Buissière, pour livrer ses céréales au silo de La Dauphinoise du Cheylas. Comme lui, une cinquantaine d?agriculteurs aux livraisons significatives sont concernés par cette situation. Grâce au pont, il n?y a que deux kilomètres à parcourir pour relier les deux communes. Sans lui, les agriculteurs doivent en réaliser 24, ce qui rajoute ½ heure de trajet à l?aller comme au retour. « Le désagrément est d?autant plus important que la route de Pontcharra, au niveau du pont de La Gache, déjà saturée, acceptera difficilement un trafic encore plus dense avec tracteurs et remorques, qui roulent à vitesse réduite », s?inquiète Stéphane Masset. La situation est déjà difficile aujourd?hui, pour les agriculteurs exploitants de parcelles situées sur les deux rives de l?Isère, notamment les arboriculteurs. Elle sera aussi compliquée à l'automne, au moment de la récolte des noix, puisque l'organisation locale du séchage et du transport des fruits à coques reposent aussi sur une liaison rapide entre Le Cheylas et La Buissière. Mais le plus gros problème concerne les céréales collectées par le site du Cheylas, en rive gauche. Sur les 6 500 tonnes qui approvisionnent le silo, 75 % proviennent de parcelles situées sur la rive droite. « Et le surcoût d?exploitation a été estimé à dix euros la tonne », avance Jean-Marc Lapierre, directeur de réseau à La Dauphinoise. Un surcoût qui, dans l?attente d?aides publiques, est à la charge de la profession agricole.
Organisation de nouvelles modalités de transport
Pour envisager des solutions alternatives, une réunion a été organisée avec les producteurs. Deux possibilités ont été examinées : la création d?une nouvelle plateforme sur la rive droite ou l?organisation de moyens de transport des parcelles de production jusqu?au silo. Mais, pour l?instant, il est difficile de choisir. « Cela dépendra du temps où le pont ne sera pas en état de fonctionnement. Le projet de plateforme, d?un coût de 100 000 euros, ne sera pas rentable si la circulation est rétablie d?ici un an. Et l?organisation de transports supplémentaires, estimée à 50 000 euros, deviendra vite onéreuse si la situation perdure », précise Jean-Marc Lapierre. Sous l?impulsion des agriculteurs concernés, La Dauphinoise a interpellé le conseil général de l?Isère, pour connaître les solutions et les délais envisagés.
Isabelle Brenguier
Légende photo " pont de la Buissière ": Depuis le 1er mai dernier, le pont franchissant l?Isère entre les communes de La Buissière et du Cheylas, dans la vallée du Grésivaudan, est interdit à la circulation.
Légende photo " silos du Cheylas " : Sur les 6 500 tonnes qui approvisionnent le silo du Cheylas, 75 % proviennent de parcelles situées sur la rive droite de l'Isère.